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Le point de vue subjectif d'Emmanuel Serafini
Chapeau : Les participants du 2 août
Laure Bonicel, chorégraphe et danseuse
Pascal Contet, compositeur et interprète
Xavier Lazarini, régisseur et éclairagiste
Renaud-Marie Leblanc, metteur en scène et comédien
Source : Paris Quartier d'été (
http://www.quartierdete.com)
Genre : Propos recueillis (Mots-clés : )
Texte : QUELQUES RÉACTIONS
La tente immaculée est dressée. L'immense table est posée là. Les invités sont à l'heure. Tant mieux. Cela permet de simuler une petite mise en scène : moi à un bout de la table et les quatre invités en rang d'oignon, à ma droite, près de moi à cause du micro qui circule d'un bout à l'autre de la table sur un fil, comme un vol oblique. Il ne manque plus que quelques nuages pour avoir une vraie gloire dans la pure tradition du décor théâtral...
Le public nous rejoint. Assis sur les bancs placés tout autour de la table, ils sont là bien avant 19h00. Je me décide donc à commencer quelques minutes avant l'heure. Le débat est lancé...
Pas moins de dix rapports ont été commandés ces dernières années, sans compter les contributions spontanées ou non des conseils d'État, Économique et Social ou autre Cour des Comptes... Comment faire tenir en une heure tant de réflexions et de points de vue sur l'indemnisation des professionnels du spectacle sans emploi ? Comment, finalement parler simplement du financement de la culture en France et de ce dispositif venu pallier une carence. D'où vient-elle, cette carence : de l'État, des autres collectivités publiques, du public ?
On remonte le temps au 26 juin 2003. En un rapide tour d'horizon, les invités se présentent, décrivent leurs activités et leur mode de subsistance (en compagnie ou non), racontent s'ils sont intermittents et comment ils vivent "personnellement" la réforme. Un bref "revival" pour rouvrir une blessure vieille d'un an déjà. Où étaient-ils lorsque le couperet est tombé ?
J'ai le sentiment que les invités n'ont pas envie de raviver ces épisodes ni même de se projeter trop dans un avenir si incertain. Ils donnent l'impression de vivre dans un présent organisé autour de leur travail de création et de recherche. De temps en temps des propositions pointent mais face à l'ampleur du problème, elles sont bien timides.
On reconnaît l'habileté du Ministre. On le trouve très politique, presque trop... Comment va-t-il négocier le prochain virage et la répartition du fonds de 20 millions d'euros dégagé pour aider certaines personnes exclues du système d'indemnisation ?
Xavier Lazarini décrit simplement la situation : ceux qui travaillaient déjà bien et régulièrement ont été obligés de diminuer leurs exigences financières auprès de leurs employeurs qui avaient déjà de toute façon revues les salaires à la baisse ; il constate en revanche que, avec le nouveau système d'indemnisation des demandeurs d'emploi, la prise en charge des ASSEDIC a augmenté, ce qui compense quasiment la baisse de salaire... Où sont donc les économies, demande-t-il ?
On est déjà en mesure de l'évaluer, près de 22 000 personnes ont été exclues du système, c'est-à-dire qu'elles ne peuvent plus compter sur l'indemnisation des ASSEDIC... Vont-elles l'être au régime général ? On ne le sait pas vraiment, mais ce chiffre correspond aux prévisions des professionnels et des syndicats... En tout cas, une chose est sûre : c'est tout un secteur économique – qui tout en n'étant pas « rentable » fait vivre bien au-delà de son propre pré carré -, qui se retrouve désorganisé, fragilisé... (cf. la révolte des commerçants d'Aix qui se plaignaient que la grève avait fait chuter leur chiffre d'affaire...). N'était-il pas possible pour un pays qui revendique l'exception culturelle de « sauvegarder » un secteur culturel vif et dynamique sans s'en remettre à la seule solidarité interprofessionnelle ?
On reprend le tout récent rapport de Bernard Latarjet. Les invités comme le public s'inquiètent de la philosophie qui sous-tend ce rapport sous le doux nom de « régulation » de l'emploi. Dans le fond, est-ce une crise de l'emploi ou une crise du financement de la culture ?
On reprend les chiffres et surtout ceux commandés par Jean-Jacques Aillagon à KPMG et on lit que : « La marge de manoeuvre sur le budget du Ministère de la Culture est nulle, l'évolution des dépenses "attribuées" réelles, le volume des engagements juridiques contractés aussi. Dès 2006, le fatidique 1% du budget de l'État consacré à la culture ne suffira plus à assurer les dépenses du Ministère... » . Inquiétant. Où va-ton prendre les moyens de financer le secteur culturel si par ailleurs on persiste à baisser les impôts et donc à ne plus fournir de moyens à l'Etat pour assumer son rôle ?
L'heure tourne et l'on aborde rapidement quelques préconisations du rapport Latarjet, par exemple le principe d'une carte professionnelle. De l'avis de tous, ce serait un véritable frein à toute émergence et à tout renouvellement. De plus, nos invités redoutent la nécessité de critères impliquée par cette proposition et Renaud-Marie Leblanc de rappeler qu'en suivant ce principe des autodidactes tels que Vitez ou Chéreau n'auraient pas accédé à cette carrière... On peut en déduire un manque à gagner pour l'histoire de l'art...
Pour finir, on reprend aussi quelques phrases sur le thème de « Faire mieux avant de faire plus », extraite du rapport Latarjet : objectivement, cela inquiète.
Pour ou contre une loi d'orientation ? Aucune proposition ne survient, nos interlocuteurs semblent abattus à la simple perspective de la seconde phase du nouveau protocole qui va entrer en vigueur dès 2005... Alors, une loi cadre, programme ou autre... ?Aucune position tangible n'émerge à la fin de cet échange...
Le public intervient. On aurait envie de dire à la dame en rouge, à qui le régime de l'intermittence semble un tel anachronisme, que préservant tout le secteur de la création artistique, on aurait pu le maintenir grâce à des mesures simples et en faire profiter davantage les nécessiteux... Les partenaires sociaux, appuyés par l'État, ne l'ont pas voulu...
On se quitte sur le slogan proposé pour ces passions à table : « instituer le nouveau et propager l'existant, promouvoir l'inédit et transmettre le commun ». Il est 20h00. Le public retourne à ses occupations ou bavarde avec les invités.
Aujourd'hui, un autre sujet : Les Friches, nouveaux territoires de l'art ?
Emmanuel Serafini
Inséré le : 03/08/2004 00:00