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Entretien avec FRANCOIS RANCILLAC
Chapeau : "Modeste proposition ..."
Source : Paris Quartier d'été (
http://www.quartierdete.com)
Genre : Propos recueillis (Mots-clés : )
François RANCILLAC metteur en scène
Texte : François Rancillac, comment l'idée de ce spectacle a-t-elle germée ?Au début du début, il y a moult rendez-vous, causeries, éclats de rire partagés entre sieur David Gabison et moi-même, d'où est née l'envie réciproque de se retrouver de concert dans une salle de répétition pour un projet commun... David m'a fait lire pas mal de curiosités littéraires (normal, il est curieux !), et puis m'a sorti sa botte secrète. Il avait déjà travaillé, voici plusieurs années, sur Modeste proposition... de Swift, le spectacle avait d'ailleurs déjà eu une belle vie. Mais il restait insatisfait de ce travail fait en solitaire, et avait envie d'approfondir ce texte qui lui tient tellement à cœur (pour des raisons aussi esthétiques que politiques). Je ne connaissais cette œuvre que de nom : j'ai été stupéfait de l'actualité du propos, de cette logique qu'on appellerait aujourd'hui néo-libérale poussée jusque dans ses derniers retranchements, sous couvert de respectabilité, de rationalité, d'humanisme aussi (alors que l'être humain n'est plus qu'un chiffre dans l'addition !) Voilà, c'est aussi simple que cela : le plaisir de travailler avec un acteur pour faire partager au plus grand nombre une parole d'écrivain engagé qui, de 1729 à 2004, tape dans le mille...
Quels images, quelles scènes de la vie politique contemporaine vous ont inspiré pendant le travail de répétition ?À vrai dire, aucune scène en particulier. Par contre, tous les discours politiques que nous avions pu voir à la télé, depuis des années. Fascination par l'art de la rhétorique, du mensonge, de la mauvaise foi de nos chers hommes politiques (j'ai vu d'ailleurs il y a quelques mois un documentaire sur Kissinger, assez confondant...). David Gabison a beaucoup fréquenté dans sa vie la haute administration (famille de préfet...) : son goût pour le compliment qui tue, le regard qui assassine, le sourire qui vous condamne — en toute délicatesse !
Certaines réactions de spectateurs stéphanois vous ont-elles surpris ?On a eu de tout : des rires qui finissent pas se glacer, au fur et à mesure du spectacle ; des spectateurs qui, ne faisant pas le rapprochement avec Les voyages de Gulliver, sortaient persuadés que l'auteur était un vrai économiste qui avait pondu cet essai il y a quelques mois ; d'autres qui (n'ayant pas senti une seconde le second degré...) sont sortis choqués qu'on puisse donner la parole à un auteur « fasciste » ; d'autres (des adolescents, notamment) dérangés parce qu'avouant avoir au début pris pour argent comptant les propositions de notre conférencier, ne découvrant que plus tard l'horreur qui se cachaient derrière (« mais alors, à la télé, on peut aussi se faire avoir par ce qu'on nous dit... »), etc. etc.
Inséré le : 28/07/2004 00:00