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Interview avec Olivier Darné, graphiculteur







Etes-vous le premier apiculteur urbain?
Non, il y a des ruches sur le toit de l'opéra, sur des balcons, environ une cinquantaine d'apiculteurs en région parisienne. Ce qui me différencie, c'est sans doute le besoin de faire partager mes découvertes. Les gens se méfient souvent, au premier abord, des abeilles, ces insectes qui piquent. Mais la curiosité succède assez vite à la crainte. Je place les ruches à vue sur les trottoirs, et non plus cachées. Je redonne à l'abeille une place qu'elle n'avait plus, sur un territoire qu'elle habite pourtant depuis si longtemps. Car l'abeille a 40 millions d'années. Elle existait déjà au temps des dinosaures, tout à fait identique à celle d'aujourd'hui. La moindre des choses est donc de lui laisser un petit peu de place et d'entendre les questions qu'elle nous pose. Car les abeilles nous permettent de nous regarder vivre. Leur société est un peu la métaphore de la nôtre.
Comment fonctionnent vos butineurs ?
Les ruches vitrées étaient prêtes 45 jours avant la mise en place sur les lieux de festival. Ainsi, les abeilles adultes ont pu naître dans les butineurs. Les 250 000 abeilles sont donc habituées à ces ruches claires composées dans leur partie supérieure d'une dizaine de cadres (rayons à alvéoles). En dessous de ce grenier à miel, se trouve la plus grande partie du butineur : la chambre à couver, là où les reines pondent.
Qu'est-ce que la graphiculture ?
C'est une farce sérieuse qui m'évite de choisir entre graphisme et apiculture : j'associe les deux. J'en invente aussi les règles. Comme il n'y a pas de précédent, je peux donc faire du hors-piste, personne ne s'en aperçoit.
La graphiculture cultive les signes aussi bien que les abeilles. Elle permet, par la diffusion des tracts, des affiches, qu'il y ait contamination et essaimage (essai + image). Mais elle n'apporte pas de réponse. Elle agit sur le paysage en imprimant des questions détournées. Un décalage qui s'offre à lire et interroge le partage de l'information, la répartition des flux et des tâches... Nous butinons en permanence des informations, des livres, etc. Et à quelle fin ? Pour quel miel ? Quelle substance en retirons-nous ?
L'abeille est dans la même logique que nous : elle produit à outrance. De janvier à janvier une centaine de kilos de miel. Elle va jusqu'à se tuer au travail. C'est une stakhanoviste sans dictateur. Car qui régente la ruche ? La question est aussi complexe que dans notre société. C'est pourquoi je diffuse souvent cette question : Qui est le patron ? Faites-vous du chiffre ?
La graphiculture invente un butin visuel qui se moissonne en butinant la ville.
Qu'est-ce que la B.I.G. (Brigade d'intervention en Graphiculture) ?
La B.I.G. permet de passer du butinage au butinage artistique. C'est la dernière étape de l'aventure. La première rencontre est celle du butineur installé dans l'espace public. La seconde est la « sieste sous les abeilles ». Elle est l'occasion de se rendre totalement disponible, de manière chronométrée — parce qu'il ne faut pas oublier qu'on est en ville —, et de laisser venir les questions sur les abeilles. Ensuite les plus curieux peuvent s'inscrire à la B.I.G.
Chaque jour, en alternance autour d'un des trois butineurs, une équipe de graphiculteurs va proposer des actions à un groupe de quinze personnes dans le rayon de butinage des abeilles. Ils pourront, par exemple, participer à l'enfumage d'un commissariat à la propolis, ou apprendre les rudiments du langage dansé des abeilles, transposé pour les citadins. Do you speak bizz ? (Parlez-vous abeille ?)
Il y aura aussi des expériences avec des marquages d'abeilles, et puis on imprimera des mots non pas avec de l'encre, mais avec du miel — des sérigraphies mellifères — que les abeilles vont venir butiner. On leur restituera ainsi leur butin. Un butin inouï que l'homme n'a jamais réussi à fabriquer.




Source Texte : Paris Quartier d'été (http://www.quartierdete.com)

Genre : propos recueillis
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Olivier DARNE (graphiculteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Paris Quartier d'été - http://www.quartierdete.com

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