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Points de vue


Source : Paris Quartier d'été (http://www.quartierdete.com)

Genre : Revue de presse (Mots-clés : )

Texte : •(...) C'est pour cette raison que la notion de réforme est si bête et hypocrite. Ou bien la réforme est élaborée par des gens qui se prétendent représentatifs, et qui font profession de parler pour les autres, au nom des autres, et c'est un aménagement du pouvoir, une distribution du pouvoir qui se double d'une répression accrue. Ou bien c'est une réforme, réclamée, exigée par ceux qu'elle concerne, et elle cesse d'être une réforme, c'est une action révolutionnaire qui, du fond de son caractère partiel, est déterminée à mettre en cause la totalité du pouvoir et de sa hiérarchie. (extrait d'un entretien avec de Deleuze avec Foucault, paru dans « L'Arc » n° 39, 1972)

•En réalité, n'est-ce pas le spectateur qui est le seul véritable intermittent du spectacle ? En effet, alors que l'artiste et le technicien travaillent tout le temps (doutent, imaginent, inventent, préparent, cherchent des distributeurs, transportent leur matière...), seul le spectateur ne perçoit le résultat de ce travail que par intermittence. (Mathias Youchenko)

•Tout artiste et technicien du cinéma, de l'audiovisuel et du spectacle vivant, justifiant d'un nombre minimal de 43 cachets ou de 507 heures de travail dans l'année écoulée, a accès au statut d'intermittent. Depuis 1969, selon les annexes 8 et 10 du régime général de l'allocation chômage, l'intermittent bénéficie d'une indemnisation quand il ne travaille pas. Elle est calculée en fonction de son salaire journalier moyen. Cette indemnisation permet aux artistes et techniciens d'assumer la précarité de leur emploi. Elle est le garant de la vitalité artistique de notre pays. (J, tentative de définition)

•J'ai l'impression que la population ne se sent pas assez concernée par le problème actuel alors que ses répercussions sont très importantes, non seulement sur le secteur culturel mais sur la société en général. Ceci est peut-être dû aux médias qui ressassent les conséquences néfastes de la grève au lieu de s'attacher à expliquer le fond du problème. Le festival devient alors un lieu d'échange pour pallier au manque d'information et rallier l'opinion publique. L'important est que les actions envisagées (débats...) ne soient pas ressenties comme des agressions. Dans le souci de garder la population à nos coté, je pense que la grève reconduite n'est peut-être pas l'action la plus efficace à mener (mais elle est peut-être incontournable: la situation est complexe, il est difficile de la comprendre, même au sein de l'équipe). Que le festival ait lieu ou non, une réflexion sur de nouveaux moyens pour pérenniser l'exception culturelle peut être envisagée au sein du festival et avec ses contacts (coordination, politiques...) afin de déterminer une solution possible. Il est évident qu'une réforme du régime des intermittent est nécessaire et qu'elle implique une réflexion globale sur la place de la culture dans la société. N'y a-t-il vraiment pas d'autres moyens que la grève pour se faire entendre ? Peut-être des actions qui visent les politiques plus directement... je ne sais pas. (L, stagiaire aux relations publique, le 15 juillet 2003)

•Je suis intermittente. On a proposé à la ratification un protocole que nous refusons. Pour le contrer, les intermittents sont entrés en lutte. Nous avons réussi un coup d'éclat : annuler le plus emblématique et le plus prestigieux de nos festivals. Le Festival d'Avignon. Et alors ? Et alors, le bilan est triste : hier, Jacques Chirac, dans son intervention du 14 juillet, n'a pas annoncé le moratoire escompté. Le gouvernement, fidèle à lui-même, trahissant l'essence de la démocratie, n'a pas répondu à notre appel. Il a biaisé, il biaise, il tente aussi de renverser l'opinion, de faire passer notre colère pour de la rage.
C'est pourquoi aujourd'hui la lutte doit continuer.
Mais je ne crois pas qu'il faille empêcher les manifestations culturelles de se tenir. Il me semble qu'il faut utiliser l'énergie et la mobilisation dégagées par le déchirement des gens du spectacle pour convaincre l'opinion publique de la nécessité vitale de soutenir ses artistes et donc de réformer le statut des intermittents dans le bon sens, le seul possible pour que les artistes aient la possibilité d'assumer la précarité de leur emploi.
Et cela je ne le vois qu'en prenant appui sur une structure forte telle qu'un festival.
Je souhaiterais qu'au lieu de se mettre en grève, nous organisions en plus des discussions, que nous parlions et que laissions les artistes libres de jouer ou de ne pas jouer, d'écrire des textes que nous diffuserons ou de convaincre en quelques phrases, justes, proclamées en exergue de leur travail.
Je propose donc une autre forme de lutte : la suractivité et l'exacerbation des talents pour faire la preuve magistrale de notre souci d'exigence en même temps que de nos rêves. (J, équipe de communication du festival)

•« Je respecte la colère des intermittents, mais je ne partage plus leurs choix d'actions. Je crois qu'il ne faut pas se tromper de cible, et pointer du doigt le Festival Paris quartier d'été en le qualifiant à demi mots de traître parce que l'équipe décide de ne pas l'annuler, ça me rend triste et révoltée. Mon constat est un peu amer, je déplore actuellement le manque de discours derrière le radicalisme des « engagements ». À qui s'adresse-t-on ? Si c'est au public ne serait-il pas intéressant de lui expliquer de manière concrète le montage et la réalisation d'un spectacle, le rôle fondamental d'un technicien ? Croyons-nous sincèrement que le grand, le large public sait précisément le nombre de techniciens dont un festival a besoin pour son montage, quel est le rôle de chacun et que si l'on se dispense ne serait ce que d'une personne cette équipe, tout est déséquilibré ? Personnellement, avant de m'impliquer dans l'organisation de manifestations culturelles je ne m'en serais jamais doutée ; je ne me serais même jamais posé la question. Alors comment appréhender correctement une situation catastrophique dont les fondements mêmes nous échappent ? N'y a t il aucune autre alternative que la grève pour expliquer tout ce fonctionnement ? Si c'est au gouvernement que l'on adresse, l'intérêt m'échappe puisque de toute façon on sait à qui on a à faire non ? Je ne dis pas de rien faire, je demande juste un peu plus de réflexion. Je pense que l'on est plus dans la même situation d'urgence que lors de l'annulation des premiers festivals et qu'il faudrait peut être réfléchir ensemble, artistes, techniciens et organisation, à de nouveaux moyens d'intervention. Faire la grève pour faire comme les autres, je ne suis pas d'accord, faire la grève parce qu'il n'y a pas de raison que le Festival Paris quartier d'été ne soit pas annulé lui aussi, je ne suis pas d'accord, quel en est le sens ? Édifions dès maintenant un monument aux morts et inscrivons-y nos noms, on saura où se recueillir. J'ai l'impression que l'on ne s'adresse plus à personne, qu'il n'y a plus le discours justifiant les actes. Pourquoi faire mal là où les plaies sont déjà suffisamment douloureuses ? La plupart de mes amis sont musiciens, danseurs et techniciens, précaires voire Rmistes ils sont les premiers touchés par ce pacte avec le diable, ils ont choisi de lutter, mais pas par la grève parce qu'ils savent où sont leurs ennemis, et ce ne sont pas les festivals. On donne la liberté de faire grève, laissez-nous celle de ne pas la faire. » (E., stagiaire en communication au Festival Paris quartier d'été, le 14 juillet 2003)


Date de publication : 01/01/2003


Inséré le : 15/07/2003 00:00