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Interview avec Hervé Lelardoux, metteur en scène de Walk Man 3, petite rumeur







Comment est née l'envie de faire des spectacles qui soient des parcours sonores ?
Le son cinéma évoque tout de suite notre quotidien, et l'entendre dans un endroit inattendu déclenche un imaginaire. Diffuser une bande enregistrée fait nécessairement ressurgir du passé. Travailler avec des bandes-son très réalistes, c'est donc, forcément travailler sur la mémoire. Tandis que travailler hors salle, c'est s'inscrire dans le présent des lieux. Depuis 20 ans, j'utilise des bandes-son réalistes dans mes spectacles en salle, je crée d'autre part des spectacles-parcours en extérieur, mais je les ai associés pour la première fois en 2002.

Comment est né la série de spectacles Walk Man ?
Walk Man s'inscrit dans un ensemble de travaux menés depuis 1998 à partir d'un premier spectacle intitulé Ville invisible. Il m'a fallu huit ans pour en trouver le principe. Je voulais réussir à faire coïncider la ville et l'intime, car depuis que je me suis colleté aux textes de Jean Genet sur Giacometti cette question de l'intime au théâtre m'est essentielle. La lecture, la relecture du livre d'Italo Calvino, Villes invisibles, qui décrit les liens subjectifs, intimes, secrets, imaginaires que ses personnages tissent avec leur ville a joué un rôle essentiel en ce sens.
J'ai pensé ce projet, dès son origine comme un triptyque. Le premier volet se passait dans la journée, à la fois dans la ville et hors de la ville, — dans les jardins ouvriers de Rennes. Le second volet était immobile : les spectateurs dans le noir, assis dans une salle, écoutaient une version enregistrée par des non-voyants de cette même ville, Rennes en l'occurrence. Le troisième volet était un parcours de nuit dans le centre ville. Je n'ai pas pu le réaliser, il manquait au projet, c'est celui que je réalise cet été à Paris et à Rennes.

Comment avez-vous eu l'idée d'utiliser le baladeur ?
Nous avons édité un livre, écrit par nos spectateurs, à la suite du spectacle Ville invisible. Ce livre s'appelle Le Guide de la ville invisible de Rennes. Il ressemble à un guide touristique, mais induit une lecture singulière de la ville, basée sur des récits rapportés par des gens. La présentation du guide — sept parcours à thèmes — permet d'aller lire les histoires aux endroits où elles ont été vécues. C'est ce guide qui m'a donné l'idée d'un spectacle pour un seul spectateur. Quelqu'un qui, dans sa propre ville, se ballade avec un guide touristique porte un nouveau regard sur sa propre ville. Pour moi, ce livre est déjà un objet théâtral. Ce rapport solitaire à la ville et au livre m'a inspiré un autre projet qui ne consisterait plus seulement à lire ou dire les textes, mais à les entendre grâce à un objet urbain par excellence : le walk-man. Le walk-man permet de s'isoler, d'inventer une intimité dans la ville : on prend quelque chose de chez soi pour nous accompagner dans notre déambulation. L'objet en soi m'intéressait donc au plus au point. Et très vite j'ai compris comment je pouvais le détourner : utiliser sa fonction d'isolement pour raconter, justement, la ville.

Comment avez-vous imaginé ces parcours ?
Walk Man 1, c'était oser un spectacle pour un seul spectateur. Le spectateur se promenait dans la ville, avec un walk-man sur les oreilles, je voulais qu'on l'amène, par exemple, à regarder une fenêtre, en lui disant : tendez bien l'oreille, regardez bien la fenêtre, vous allez entendre ce qu'il se passe derrière. Ça a vraiment été la première image que j'ai eue en pensant ce projet : rentrer de l'autre côté de la façade de la ville. Je ne l'ai pourtant réalisée ni dans Walk Man 1 ni dans Walk Man 2. C'est seulement aujourd'hui, dans Walk Man 3, que je lui ai donné vie.
Je suis arrivé à Paris avec la structure du spectacle de Rennes, en pensant qu'il suffisait de trouver des équivalents. Je me suis bien entendu très vite rendu compte que cela ne fonctionnait pas. Un trottoir à Paris et un trottoir à Rennes n'ont absolument pas la même résonance. J'ai dû me détacher de Rennes et trouver une cohérence parisienne au projet. J'ai tout réécrit en gardant la structure globale de Rennes. La plongée dans chaque lieu de ce parcours s'est faite progressivement : j'ai rencontré des gens rue Crémieux, rue Ledru-Rollin. Ils m'ont appris énormément. Pourtant, toutes les histoires des Walk Man sont totalement inventées.

En imaginant le parcours de Paris, avez-vous fait des rencontres singulières, découvert de l'inouï ?
Je n'ai pas cherché de l'inouï, mais des lieux quotidiens, certains pouvant offrir un léger décalage : par exemple, des rues hausmanniennes tronquées qui sont devenues des impasses. J'ai aussi trouvé une rue qui est différente, qui raconte cette différence : c'est la rue Crémieux. Il me fallait accéder à des cours intérieures, et ici, à la différence de Rennes, je n'ai pas pu ; j'ai aussi cherché un lieu qui permette de prendre du recul sur la ville et naturellement j'ai choisi la Coulée Verte. J'ai composé à partir du point de départ qui m'était imposé (le pont de Sully) en évitant soigneusement tous les lieux qui ont un rapport à la grande Histoire.

Votre visée est-elle de restituer une expérience que vous avez vécue, ou de créer un autre temps, un autre monde qui s'appuie sur le réel et l'instant ?
L'enjeu est de parvenir à faire vivre aux gens un instant singulier dans un lieu banal. Tout ce que je provoque voudrait créer un monde, dans l'instant, unique pour chaque spectateur. Un monde qui en revanche va, je l'espère, perdurer.



Source Texte : Paris Quartier d'été (http://www.quartierdete.com)

Genre : propos recueillis
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Hervé LELARDOUX (metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Paris Quartier d'été - http://www.quartierdete.com

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