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Interview avec Satoshi Miyagi

Chapeau : Metteur en scène

Source : Paris Quartier d'été (http://www.quartierdete.com)

Genre : Propos recueillis (Mots-clés : )

Apparence :

Texte : Comment est née l'idée de donner deux corps aux personnages de vos spectacles : l'un qui bouge, l'autre qui parle ?
Dans le théâtre de marionnette traditionnel japonais (jôruri), la poupée est maniée par trois manipulateurs vêtus de noir, un acteur assis récite son texte, tandis qu'un musicien joue du shamisen. Différencier le corps et la voix des personnages est donc une technique très classique au Japon, mais elle se retrouve également en Inde ou en Indonésie. Elle permet de montrer à la fois le personnage dans le quotidien et de l'en distancier. Or la tragédie grecque ne fait que cela : l'individu ne parle pas tant pour lui-même qu'en tant que représentant de la communauté. Ce dédoublement était donc particulièrement adapté pour monter Médée, la tragédie d'Euripide. Il correspond, qui plus est, à la mentalité japonaise qui rechigne au « je » et ne le prononce qu'après avoir rebondi sur les autres interlocuteurs. Médée, selon moi, n'est pas une femme individuelle, mais parle au nom de l'ensemble des femmes, elle incarne un collectif.


Votre compagnie porte un nom russe qui signifie « vers la science ». Comment l'avez-vous trouvé ?
C'est un nom empreint d'ironie. Ku Na'uka a été fondé en
1990, au moment où Gorbatchev lançait la Perestroïka, en plein crépuscule du socialisme. Le communisme prône la toute puissance de la raison, une vision utopique de la science. C'est cette arrogance de l'être humain que voudrait critiquer Ku Na'uka. Même dans le corps humain, la plupart de son fonctionnement reste mystérieux. La raison ne suffit pas et le théâtre est une tentative pour affronter le mystère des hommes. On ne pouvait donc imaginer un titre plus opposé au visées du théâtre que « vers la science ».
Il est vrai que souvent on croit que Ku Na'uka est un nom japonais. Quand j'étais en Moscou, afin de ne pas vexer les Russes, j'ai expliqué que j'avais choisi ce nom en hommage à Meyerhold...

Le spectacle est sous-tendu par les rapports complexes de la Corée au Japon.
Il y avait dans la Grèce classique trois discriminations : à l'encontre des femmes, à l'encontre de la civilisation barbare irrationnelle et à l'encontre de l'Asie. Il y a un siècle, le Japon a importé un modèle, occidental, en même temps que ces trois discriminations. La posture des grecs vis-à-vis de l'Asie Mineure, je l'ai transposée à celle des japonais du début du siècle vis-à-vis de la Corée.

Où travaillez-vous au Japon ?
Notre compagnie compte 35 membres permanents, mais pas de lieu fixe. Et de fait je ne crée pas mes spectacles dans des théâtres, mais dans des friches, dans une ancienne demeure... Je viens de créer, par exemple, Salomé d'Oscar Wilde dans le plus vieux parc de Tokyo. Et je répète en fonction de ce lieu, tant il est vrai que l'endroit de répétition imprègne de son esprit le spectacle.



Inséré le : 10/07/2003 00:00