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Entretien avec Danièle Bellini




Commissaire de l'exposition, directrice des affaires culturelles de Champigny, vice-présidente de l'association Anissa Culture Action


Comment sont nés les Écritoires ?
L'association dont je suis vice-présidente, Anissa Culture Action, a été créée en 1995, après l'assassinat du directeur de l'École des Beaux-Arts. Elle poursuit l'œuvre d'Ahmed Asselah et a pour vocation d'organiser des événements d'art contemporain algérien en France. La manifestation des Écritoires s'inscrit dans ce travail. Je l'ai imaginée grâce à Olivier Chaudenson, le directeur des « Nuits de la correspondance » à Manosque. Il y a développé ce concept d'Écritoires et je lui ai proposé de l'importer à Paris en confiant l'aménagement des chambres à des artistes algériens. L'idée l'a tout de suite convaincu.

Qui sont les artistes que vous avez choisis ?
Les sept artistes que j'ai contactés réalisent couramment des installations et leur travail me semble représentatif de la vitalité de la création contemporaine algérienne.
Nourredine Ferroukhi, est né en 1959, il vit et travaille à la fois en Algérie et à Paris. La notion de féminité nourrit son œuvre. Il a notamment créé des installations autour de la robe de mariée. Il est connu en Algérie, où il plait et choque à la fois. Sa chambre d'écriture, aux tissus rouge et or, tressés de strass, de perles et de dorure, ornée d'un miroir, s'appelle « l'amour est rouge ».
Mériem Ait El Hara crée des installations à partir de matériaux bruts. Elle s'intéresse aux écritures d'autres civilisations : latine, égyptienne, le tifinah... Elle réutilise ici cette écriture ancestrale, le tifinah, entremêlée d'autres écritures. Son écritoire faite de cordes, de toiles, de cuir, s'intitule « la chambre du scribe ».
Raouf Mrahmia est né en France et vit à Caen, il travaille sur les souvenirs d'enfance, et sa démarche est parfois quelque peu mystique. Son écritoire s'appelle « Sol arbre ». Il a disposé, sur une pelouse, à l'intérieur de sa cabine de plage, un arbre dont les feuilles sont des carreaux de céramique où sont gravés des extraits de correspondance dans toutes les langues. On y écrit assis contre le tronc. Le sol est mouvant, il donne un léger sentiment de déséquilibre qui ramène la question du déracinement et de l'exil.
Tarik Mesli est arrivé en France en 1995, au moment de l'assassinat d'Ahmed Asselah, le directeur des Beaux-Arts d'Alger. Il lui importe de s'inscrire dans un mouvement contemporain qui soit au-dessus des nations. Sa chambre d'écriture, très épurée, dans les bleus, rappelle l'univers d'une maison de thé. Au lieu du thé, on peut y boire de l'eau fraîche et écrire sur une table-boîte aux lettres posée à ras du sol, éclairée d'une lumière bleue. Les murs sont tapissés de phrases extraites d'interviews d'Algériens déchirés entre ici et là-bas. Son écritoire s'appelle « Pièce n°27, ici et là ».
Amar Bourras travaille à partir de photographies : des paysages et des portraits algériens.
Omar Mezziani a 35 ans et habite en Algérie. Il a prévu un système d'éclairage qui varie selon les heures. Sa chambre, lumineuse et rustique faite de toile de jute incrustée de miroirs, renvoie les éclats de lumière naturelle et artificielle, les images morcelées des visiteurs, des traces d'écriture des lettres. Sa chambre s'intitule « Lumi-naissance ».
Karim Sergoua est né en 1962 et vit en Algérie. Il travaille ici sur le lien. Son installation est faite de rubans de couleur et de cageots. Les cageots sont associés au port, au voyage, aux marchés, à l'itinérance et à la culture populaire. Les rubans, eux, sont associés en Algérie aux cérémonies du mariage et des funérailles. L'artiste était un proche d'Ahmed, de Rabah et d'Anissa Asselah (décédée accidentellement en mars 2000) et reste fortement marqué par ces drames. Il est une référence pour les jeunes artistes algériens d'aujourd'hui et poursuit l'œuvre de son ami et de son maître en initiant de nouveaux projets à travers le monde. Il enseigne aujourd'hui à l'école des Beaux-arts et travaille notamment sur le corps et l'image du corps, proscrite par les intégristes, ceux-là même qui ont violentée le modèle de nu de l'école. Son écritoire s'appelle « Maraboutik ».


Source Texte : Paris Quartier d'été (http://www.quartierdete.com)

Genre : propos recueillis
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Source Artishoc : Paris Quartier d'été - http://www.quartierdete.com

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