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Entretien avec Rachid Aous, directeur de El-Ouns éditions
Source : Paris Quartier d'été (
http://www.quartierdete.com)
Genre : Propos recueillis (Mots-clés : )
Apparence :
Texte : Qu'est-ce qu'une nouba ?Une nouba est une suite de poèmes chantés selon une rythmique qui s'accélère insensiblement jusqu'au mouvement dit dansant. Après une ouverture instrumentale se déploient cinq mouvements qui se terminent sur un final où la danse peut se donner libre cours. La durée d'une nouba est fonction du nombre de poèmes chantés : elle varie de 45 min à 2 heures.
Qui sont les auteurs des noubas?Les poèmes des noubas se sont transmis par la tradition orale au fil du temps, depuis la fin du neuvième siècle de notre ère. Par conséquent, pour la plupart d'entre eux, nous ne connaissons ni leurs auteurs, ni leur date de création. Par ailleurs, ce n'est que très récemment que l'on a travaillé à transcrire par écrit, de façon significative, les partitions des noubas. Certains prétendaient que les écrire, c'était prendre le risque de les figer. Or aujourd'hui que nous avons des enregistrements, la question ne se pose plus : les interprétations sont ainsi conservées sans risque d'affadissement de l'âme de cet art.
Qui a inventé les noubas ?On a l'habitude de dire qu'elles ont été créées en Andalousie avant de s'enraciner au Maghreb, après l'expulsion des Juifs et des Musulmans d'Espagne en 1492. Mais les recherches récentes prouvent qu'elles se sont élaborées conjointement au Maghreb et en Andalousie, pour ne plus subsister, effectivement qu'au Maghreb après le quinzième siècle. C'est pourquoi plutôt que de parler de musique « arabo-andalouse », je préfère parler de musique « maghrebo-andalouse ». Avec ce nouvelle dénomination, chacun peut noter que le Maghreb a joué un rôle dans l'élaboration de cet art musical.
À qui était destinée la musique des noubas ?L'art de la nouba est une tradition savante. Elle répond à des canons très précis tant musicaux que poétique et était donc nécessairement destinée à une élite. Les noubas sont chantées en arabe classique ou en langue arabe vernaculaire. C'est à l'origine une musique de cour. Ses commanditaires étaient les rois, les princes et les grands mécènes. Cette tradition est essentiellement profane même si certaines confréries religieuses se sont emparées du genre pour chanter les louanges du prophète de l'Islam.
D'ou vient le mot nouba ?Étymologiquement nouba veut dire tour de rôle. Les chroniques signalent qu'à l'origine les princes commanditaires recevaient les musiciens à tour de rôle. Ensuite ce mot a évolué pour finir par désigner cet ensemble de poèmes chantés.
Il existe en Algérie 3 grandes écoles de noubas, celle d'Alger, de Constantine et de Tlemcen : qu'est-ce qui les différencie ?Principalement le style mélodique. Par exemple, l'exécution du chant dans l'école de Tlemcen est plus lente que celle d'Alger. Il y a aussi des différences de répertoire. Mais au total ces différences ne sont pas fondamentales : ces trois écoles développent la même colonne vertébrale concernant l'architecture mélodique.
Quel rôle jouent-elles dans le quotidien algérien ?Le public intéressé par les noubas grandit de jour en jour. Mais son langage poétique élaboré ne peut toucher qu'un publique sensible à un vocabulaire précieux. N'écoute pas qui veut Léo Ferré quand il interprète Baudelaire !
De plus, une nouba ne s'improvise pas. Par exemple, il est presque sacrilège de pratiquer un « bœuf » qui réunirait des musiciens de noubas avec une autre tradition. Elle s'inscrit dans un rituel précis qui commence par un prélude, lent, de mise en condition d'écoute, même s'il est vrai qu'elle s'achève par une danse. Une danse dont un large public ressent le besoin spontané.
Inséré le : 10/07/2003 00:00