»Accueil »Actualité»Blog»Premier amour?

Actualités

Archive pour la catégorie ‘PIERRE HENRY’

Premier amour?

Jeudi 28 juillet 2011

« Aaaaah, Pierre Henry…» me disait-on. Comme un refrain sans couplets. Etrange et entêtant. « Aaaahhh.Pierre Henry..» « Aaaaaaaahhh, quoi? » il m’en fallait un peu plus. « Et bien, Pierre Henry, c’est le livre des records du festival! » finit par me lâcher Fred, le directeur technique de quartier d’été.

Alors, j’ai compté. Et voilà l’addition : 7 concerts, 14 oeuvres, 92 enceintes, 32 pistes, des kilomètres de câbles, 232 bougies, et des milliers de sons; et aussi 5 quartiers d’été, 48 oeuvres, 14 prix et décorations… et 83 piges. Évidemment, ça tape, mais en même temps, est-ce qu’on retient le montant exact du salaire mensuel de tel footballeur… ce que l’on retient c’est que c’est scandaleux. Tout le monde s’embrouille avec les chiffres, n’est ce pas ou est-ce que je confonds avec autre chose ? (pour voir si vous suivez..).

Donc, Pierre Henry, une addition de chiffres. Mais on l’connaît l’coup des additions qui en mettent plein la vue… Finalement, il n’a qu’une console, qu’un cd, il n’a que dix doigts et deux oreilles, comme tout le monde. Et même qu’il n’a utilisé que les quatre premières mesures de l’art de la fugue de Bach. Na!

« Aaaaah, Pierre Henry…» Après, j’ai eu droit au jeu du portrait: compositeur électroacoustique, inventeur de la musique concrète, etcetera, etcetera…Un mélange de merlin l’enchanteur et de l’homme qui valait trois milliards… de bricolages sonores? Une sorte de père noël bionique, avec ses fidèles, ses nymphes, ses caprices ? Comme si c’était pas déjà assez compliqué comme ça.

A ce stade là, donc, pour moi, cet homme était donc un DJ avec un barbe blanche et sans nom de famille ou presque. Il y a quand même eu un signe qui n’aurait pas dû me tromper : les yeux de Patrice Martinet, écarquillés comme un môme. Bon, ce paragraphe n’en finit plus. D’ailleurs il est terminé. (pour ceux qui suivent encore un peu..)

Donc, l’homme à l’oeuvre, ça donne quoi?

Et bien, avec ses « ondes de bienfaisances », l’auditoire de Saint Eustache n’en croit pas ses oreilles. Et moi non plus. Alors, la musique existe ? Elle gronde, gicle, détruit, cogne, retape, explose, se brise, se déchire. Et la musique circule? Elle se faufile, se déploie, traverse, accélère, ralentit, tourbillonne, sautille, plane, se tire, s’envole, se fige… Et la musique exprime? Elle joue, tremble, récite, s’obstine, pleure, crie, s’électrise, embrasse. Elle colle, s’enrage, enveloppe, console, espère, élève. Chaque son naît, se démène, expire, ressuscite. Ou pas.

« Bricoler, c’est encore une chose possible je ne sais pourquoi » Pierre Henry aurait pu dire cela (mais c’est Beckett qui l’a dit pour ceux qui ont suivi). « Je veux créer des musiques pour l’humain » voilà ce que dit Pierre Henry. Et ils font quoi les gens qui vivent cette expérience à l’église Saint Eustache ces jours-ci ? Et bien, oui, ils hallucinent, ils écoutent, ils s’humanisent.

« Ah Pierre Henry… »

Post Scriptum : Avoir un Pierre Henry toujours à portée de main…  dis, Patrice, il n’y a pas une application pour ça?