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mmeille en moi la tendresse pour les histoires racontées. En Europe, elles ont le goût de l’enfance et des contes murmurés au coin de la nuit. Mais au Moyen-Orient et au Maghreb, jusque dans les années 1970, c’est entre hommes et dans les cafés qu’on écoutait chaque jour un nouvel épisode des épopées auxquelles les conteurs donnaient vie. Dans le monde arabe, jusqu’à récemment, les histoires se passaient de voix en voix, tout comme la musique et les chants.
D’Alep à Damas en passant par le Caire, la transmission orale constitue le pilier de la culture arabe. Deux de ses incarnations saisissantes sont présentes cette année dans la programmation de Paris quartier d’été. Le premier, Anass Habib, est un chanteur marocain de musiques arabes soufis, maronites syriaques et séfarades andalouses qui a longuement appris son art auprès de grands maîtres en Syrie.
Le second, c’est le roman de Baïbars, un cycle narratif populaire que les conteurs arabes transmettaient oralement. Marcel Bozonnet, comédien et metteur en scène longtemps attaché à la Comédie Française, s’est attelé à l’adaptation scénique de cette épopée picaresque.
De cette correspondance des arts issus de la tradition orientale, le festival Paris quartier d’été a fait germer une rencontre. Jeudi dernier à la Maison Rouge. Anass Habib et Marcel Bozonnet étaient invités à venir parler de leur approche de la transmission orale au Moyen-Orient.
Alors que l’occident a très vite adopté un système de notation écrite, au Moyen-Orient et au Maghreb, l’enseignement musical a toujours été basé sur la transmission orale. C’est seulement à partir du 20e siècle que la musique orientale a adopté le système de notation occidental, tout en maintenant une tradition orale forte. Aujourd’hui, le Conservatoire de Damas en Syrie où a étudié Anass Habib utilise une méthode mixte, basée à la fois sur l’utilisation de partitions écrites et sur un rapport direct maitre/élève.
C’est cette persistance de la transmission non écrite qui permet à la musique orientale de garder ses caractéristiques principales, notamment parce que chaque maitre apporte une couleur liée à sa propre interprétation et que les variations, l’apport personnel, sont l’essence même du chant arabe.
Il en va de même pour le conte. Art de relation, où le conteur est un passeur qui ne peut exister sans son auditoire, il s’inscrit dans une mémoire collective, ouverte à la variation puisque sans propriétaire. Inlassablement transmis, le conte mue constamment et c’est dans cette interprétation démultipliée qu’il se forge, qu’il se sculpte, qu’il s’étoffe.
C’est ainsi que le Roman de Baïbars a pris forme, au fil des siècles et des soirées de récit dans les cafés. C’est seulement au XIXe siècle, que quelques érudits prirent l’initiative, avant que les conteurs ne disparaissent complètement, de recueillir par écrit ce conte de pas moins de 400 fascicules et 36 000 pages. C’est en découvrant la traduction faite par Georges Bohas et Jean-Patrick Guillaume parue aux éditions Sinbad – Actes Sud que Marcel Bozonnet a décidé de mettre en scène l’épopée de Baïbars.
Ainsi, jusqu’à samedi, vous pourrez découvrir ce conte, né de l’histoire bien réelle de Al-Zaher Baïbars, un esclave devenu sultan qui régna au XIIIème siècle sur la Syrie et l’Egypte et dont l’histoire a remonté le temps jusqu’à la scène du Monfort !
Quant à Anass Habib, si vous avez manqué son concert samedi dernier à St-Eustache, vous pouvez le retrouver dans cette courte vidéo, réalisée lors la masterclass qu’il a donné deux jours de suite à l’Institut du Monde Arabe. Où comment l’élève devient le maître…
Une vidéo réalisée en collaboration avec Julie Mouton et Alicia Sauze



