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Archive pour la catégorie ‘ECLAIRAGE’

D’après photos

Dimanche 15 août 2010

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Pour refermer ce blog, j’ai proposé à Agathe Poupeney, la photographe officielle du festival, de revenir sur quelques uns des clichés qu’elle a pris depuis 2006 à Paris quartier d’été. Une façon d’éclairer les éditions à venir de la lumière des instants passés… En attendant l’édition 2011, je vous souhaite un bel été !

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Avant de devenir photographe professionnelle, Agathe Poupeney a étudié la biologie, puis la communication. Après quatre ans dans une structure culturelle elle décide enfin de faire de sa passion son métier. Depuis maintenant cinq ans, elle réalise pour le festival Paris quartier d’été une série de photographies regroupées sur une galerie internet, que vous pouvez consultez en suivant ce lien.)

Je lui ai demandé de nous parler de quelques uns de ses clichés… (vous pouvez cliquer sur le nom des artistes et les titres pour accéder à l’ensemble des photos de chaque spectacle).

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Comp.Marius
La Trilogie de Marcel Pagnol : Marius, Fanny, César (2008)

En 2008 le spectacle Marius s’est installé à Pantin sur les bords du canal de l’Ourcq. C’était une réinterprétation de la trilogie de Pagnol, Marius, Fanny et César par Comp. Marius, une troupe flamande qui au fil du spectacle construisait tout un univers, toute une traversée. Le spectacle commençait avec la distribution de lunettes de soleil pour l’ensemble du public. Nous avons en effet eu droit à un très beau coucher de soleil sur le canal et à une succession de différentes lumières naturelles, mais à un moment donné le soleil passant sur le gradin rendait ces lunettes de soleil indispensables. J’aimais beaucoup ce gradin en demi cercle avec en arrière-plan l’usine taguée, en friche. Dès le début, ça mettait en place un univers. La façon dont ces comédiens se sont réappropriés l’histoire, avec leur accent, c’était vraiment très beau.

Pour moi, ce qui était intéressant, c’était l’utilisation de l’ensemble de l’espace et de ce décors naturel, par exemple avec ce marin qui, d’un coup, était sur le canal avec cette voie de chemin de fer désaffectée et ces pavés, ce ciel qui était en train de virer au violet…

Cela donnait la possibilité de faire des images vraiment géniales. Ils jouaient sur tous les plans et c’était parfait pour les photos : l’utilisation de la passerelle au-dessus du canal, des personnages très expressifs parfois très loin du public et parfois tout proches comme ce couple qui s’embrasse, avec le public au premier plan…

On voit bien l’utilité des lunettes de soleil sur cette photo ! À l’entracte l’ensemble du public s’est retrouvé sous une tente autour d’une grande table pour un excellent repas, l’ambiance était très conviviale. Tout le monde discutait avec tout le monde, de ses impressions,  de ce qu’il avait vu et de ce qu’il n’avait pas vu, on entendait des “ Ah, mais tu te souviens c’était comme ça et eux l’ interprètent comme ça…”.

Au fur et à mesure du spectacle, la lumière baissait, on se retrouvait avec des lumières de coucher de soleil et forcément avec la nuit et cette voiture qui débarque, cette porte qui figure l’entrée du café, c’était vraiment incroyable.

En fait, dans le festival Paris quartier d’été, ce que j’apprécie vraiment, c’est cette capacité à produire des univers complets, totalement décalés, ce spectacle l’illustre parfaitement.

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Stefan Kaegi (Rimini Protokoll)

Cargo Sofia-Paris, Un voyage en camion bulgare (2008)

Un autre spectacle avec un univers fort, c’est Cargo Sofia de Rimini Protokoll, programmé au festival en 2008. L’ensemble du spectacle se déroulait dans un bus, le public assis devant les vitres. Le chauffeur nous faisait une sorte de visite guidée, comme si nous étions à l’étranger alors qu’en fait nous étions à Rungis. Au fur et à mesure du voyage, les vitres s’ouvraient et se fermaient pour dévoiler des scènes. Chaque fois que les vitres s’ouvraient avec le paysage et le texte dit par le chauffeur, nous avions l’impression d’être dans un univers totalement différent alors qu’en fait, nous étions aux portes de Paris. La façon dont ils nous emmenaient dans cette histoire était totalement dépaysante. En deux heures de temps nous avons fait l’aller retour en Bulgarie, dans ce bus, c’était assez étonnant.

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Josef Nadj

Les Corbeaux (2009)

Dans un univers totalement différent, j’ai eu envie de parler du spectacle de Nadj, Les Corbeaux, dont j’ai photographié la création en 2009 à la Maison des métallos… Cette image fait partie de mon exposition Instants que je fais tourner un peu en ce moment, je l’ai choisie parce qu’elle a un relief particulier. Il y a une telle force; une force et aussi une douleur, cette image m’a beaucoup marquée. Je la trouve assez représentative de cette pièce où une nouvelle oeuvre est produite à chaque représentation, on voit d’ailleurs en arrière plan les grandes feuilles de papier blanc où la peinture est projetée.

C’est assez dur de parler des images surtout celles qui nous tiennent à coeur et celle là a vraiment une force très animale, c’est pour ça que je l’aime beaucoup.

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Jörg Müller

c/o (2008)

Le spectacle de Jörg Müller programmé en 2008 au festival a aussi été une vraie découverte. Une fois de plus, je suis touchée par l’univers très particulier de ces danseurs plongés dans un tube rempli d’eau. Comment danser et évoluer avec grâce dans cet espace totalement restreint et anti-naturel ? Cela donnait des figures assez belles, assez poétiques avec les bâtiments et le public qui se reflétaient aussi dans les tubes.

On a l’impression que la danseuse est en apesanteur, ce qui m’intéresse là, c’est l’effet totalement irréel que ce dispositif peut donner.

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Faustin Linyekula
Le Festival des mensonges  (2006)

J’ai choisi cette image pour plusieurs raisons.

La première pour le lieux et pour cette ambiance conviviale et bon enfant établie grâce à une espèce de guinguette, l’ensemble du public étant placé autour de la scène. De plus j’aime beaucoup l’univers que Faustin construit au travers de ses spectacles, ce mélange d’espoir et de réalisme sur fond toujours politique et un peu désespéré qui se dégage de ses spectacles. Cette image est assez représentative de ça avec l’amoncellement de poupées démembrées, Faustin au milieu avec ces néons… L’image en elle-même est assez forte et elle me rappelle vraiment l’ambiance qu’il y avait aux Tuileries.

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Être dans la rue

Compagnie Farid’O (2007)

C’était au jardin d’Éole, ce grand mur et cette partie bétonnée, donnait l’impression d’être face à une scène de spectacle alors que nous étions dans un jardin. Pour l’image, mon intérêt va dans l’opposition ce danseur assis sur cette chaise, qui a l’air un peu abattu, et ce dynamisme, cette expansion du danseur qui saute à une hauteur assez étonnante. Ce que j’essaye de faire en photo, c’est de saisir des instants très fugitifs, qu’on devine à l’oeil nu mais qu’on n’a pas le temps d’analyser. Un quart de seconde avant il était au sol, un quart de seconde après il sera de nouveau au sol, et entre temps, il s’est envolé.

C’est à la fois cet instant totalement figé et dynamique, et cette opposition entre les deux personnages qui me plaît.

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James Darling & Lesley Forwood

Roots Accross the World (2006)

C’était un projet de land art de deux australiens un peu barrés qui se sont installés en 2006 à la Défense au pied des tours. Je les ai suivi pendant 4 ou 5 jours. Ils avaient ramené des racines d’Australie qu’ils ont commencé à poser en tas et puis à imbriquer les unes avec les autres pour construire une figure géométrique parfaite, réellement parfaite. Ce qui était étonnant c’était de voir comment, d’un amas de racines totalement irrégulières et désordonnées, on pouvait aboutir à un objet géométrique parfait. Tous les jours, il y avait des hommes qui sortaient en costards cravates et qui venaient régulièrement voir où en était l’oeuvre. L’intérêt, c’était aussi le contraste entre le végétal et le minéral de la Défense.

Une fois de plus Paris quartier d’été est rentré dans un univers  complètement déjanté et loufoque mais construit et qui se tient, c’est ça qui m’intéresse.

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Daniel Larrieu

Waterproof, Re-création  (2006)

Pour finir, j’aimerais parler de cette dernière image du spectacle de Daniel Larrieu, Waterproof, programmé en 2006. Juste pour la poésie de l’image et du spectacle. Dans le passé, j’ai pas mal fait de natation et j’ai suivi  le stage avec Daniel Larrieu de danse sous l’eau. Une fois de plus, ce qui m’intéresse ici, c’est l’entrée dans un univers. Pour moi rentrer dans une piscine avec toutes ces odeurs de chlore, ça me rappelait énormément de choses, l’effort, le dépassement, des choses complètement antinomiques de ce spectacle. Non pas qu’il n’y ait pas de prouesses physiques, mais elles sont éclipsées par la grâce, la poésie.

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Pourquoi tu t’es spécialisé dans la photographie du spectacle vivant ?

J’ai toujours photographié, j’ai commencé  a faire des photos d’instants dans les rues de Paris, parce que je suis parisienne depuis pas mal de temps et en fait, ce qui m’intéressait, c’est ces instants volés qui ne se reproduiront plus et qu’on arrive à voir une fraction de seconde et qu’on ne verra plus après.

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Est ce que photographier des spectacles, des œuvres représente une difficulté en plus ?

En fait, il faut réussir à s’approprier l’oeuvre parce qu’effectivement si on reproduit uniquement ce qu’on voit ce n’est pas forcément intéressant. Il faut essayer de trouver un cadre, de saisir un instant particulier, choisir son angle, son instant, c’est ça qui donne son point de vue sur les spectacle.

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As tu un regret ?  Une photo manquée ?

Il y a toujours des images qu’on loupe, par exemple sur Bagouet, cette année, je n’étais pas du tout contente de ce que j’avais fait.  J’ai trouvé que Bagouet, c’était d’une légèreté, avec toutes ces envolées … et en fait j’ai très peu réussie à saisir ces instants en l’air.  Ce qui m’aurait amusée, ça aurait été de ne faire que des images de ces danseurs qui s’envolent et qui sont en l’air tout le temps, ça aurait pu faire une série assez marrante. Mais parfois, je suis un peu trop dur envers moi même et je ne veux pas  photographier au dessus de 1600 Iso, je trouve que ça augmente trop le grain. Ces contraintes techniques font que parfois, je loupe des images et forcément je le regrette après.

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Propaganda, petit manuel de simplicité volontaire

Jeudi 12 août 2010

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Socrate, Epicure, Saint-François d’Assise… Ils sont nombreux ceux qui ont prôné la « vie simple ». Moins consommer, moins gaspiller, moins s’encombrer, voilà quelques principes adoptés de longue date par Simon Yates et Jo-Ann Lancaster, les fondateurs de la compagnie Acrobat. Le couple australien inscrit son mode de vie et ses spectacles dans le giron d’un mouvement à contre-courant de la société de l’ultra consommation actuelle : la simplicité volontaire.

Evoquée pour la première fois en 1936 dans un article de Richard Gregg, un disciple de Gandhi, le terme de “simplicité volontaire” s’est répandu principalement dans les années 80. Ce mode de vie s’est développé en réaction à la société de consommation moderne et à sa quête désespérée de satisfaction de besoins illimités.

Déjà, en 1854, Henry David Thoreau s’inscrivait comme le précurseur de ce mouvement. Dans Walden ou la vie dans les bois, il faisait le récit de sa rupture avec les conditions de vie matérielles de l’homme “urbanisé”, soulevant ainsi la question du vivre mieux avec moins, largement reprise par le mouvement hippies dans les années 60.

La simplicité volontaire se définit par un choix de vie basé sur la réduction des besoins matériels, donc de la consommation, au profit de l’accroissement du temps dédié aux valeurs essentielles de l’existence. Dans une société où le désir de posséder est développé à outrance, ce retour à une certaine frugalité s’appuie sur l’idée que le bonheur ne s’atteint pas par l’ “avoir” mais par l’ “être”.

Hobby d’anciens soixante-huitards nostalgiques ? La compagnie Acrobat assume son idéalisme naïf dans un spectacle pétri d’autodérision où râteau et vélo sont les symboles d’une révolution… verte !

Propaganda se pose alors comme un plaidoyer pour la « sobriété heureuse » d’un cirque fabriqué par petites touches. Loin des numéros bling-bling du cirque traditionnel, l’art de Simon Yates et Jo-Ann Lancaster se distille dans des séquences minute qui font la part belle à la virtuosité des deux acrobates. Une épure appliquée au cirque comme à la vie qui donne au spectacle des airs de manifeste pour la décroissance.

Exit donc les scénographies tape à l’œil et les costumes à paillettes, Propaganda milite pour une économie du peu mais du mieux. Souvent habillés de leur seuls sous-vêtements, les artistes semblent bel et bien avoir entendu l’appel de Thoreau : “ Sell your clothers and keep your thoughts

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Vous avez jusqu’à dimanche pour découvrir assister aux représentations de Propaganda, un spectacle cousu main et en fil de coton bio !

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Pour en savoir plus sur la simplicité volontaire et la décroissance…

http://simplicitevolontaire.info/

BOISVERT, Dominique : L’ABC de la simplicité volontaire. Éditions Écosociété, Montréal, 2005,160 p.

THOREAU, Henry David : “Walden ou la vie dans les bois” publié en 1854 en anglais sous le titre : Walden; or Life in the Woods.

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Bouche à oreille

Jeudi 5 août 2010

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Sommeille en moi la tendresse pour les histoires racontées. En Europe, elles ont le goût de l’enfance et des contes murmurés au coin de la nuit. Mais au Moyen-Orient et au Maghreb,  jusque dans les années 1970, c’est entre hommes et dans les cafés qu’on écoutait chaque jour un nouvel épisode des épopées auxquelles les conteurs donnaient vie. Dans le monde arabe, jusqu’à récemment, les histoires se passaient de voix en voix, tout comme la musique et les chants.

D’Alep à Damas en passant par le Caire, la transmission orale constitue le pilier de la culture arabe. Deux de ses incarnations saisissantes sont présentes cette année dans la programmation de Paris quartier d’été. Le premier, Anass Habib, est un chanteur marocain de musiques arabes soufis, maronites syriaques et séfarades andalouses qui a longuement appris son art auprès de grands maîtres en Syrie.

Le second, c’est le roman de Baïbars, un cycle narratif populaire que les conteurs arabes transmettaient oralement. Marcel Bozonnet, comédien et metteur en scène longtemps attaché à la Comédie Française, s’est attelé à l’adaptation scénique de cette épopée picaresque.

De cette correspondance des arts issus de la tradition orientale, le festival Paris quartier d’été a fait germer une rencontre. Jeudi dernier à la Maison Rouge. Anass Habib et Marcel Bozonnet étaient invités à venir parler de leur approche de la transmission orale au Moyen-Orient.

Alors que l’occident a très vite adopté un système de notation écrite, au Moyen-Orient et au Maghreb, l’enseignement musical a toujours été basé sur la transmission orale. C’est seulement à partir du 20e siècle que la musique orientale a adopté le système de notation occidental, tout en maintenant une tradition orale forte. Aujourd’hui, le Conservatoire de Damas en Syrie où a étudié Anass Habib utilise une méthode mixte, basée à la fois sur l’utilisation de partitions écrites et sur un rapport direct maitre/élève.

Masterclass d’Anass Habib à l’Institut du Monde Arabe

C’est cette persistance de la transmission non écrite qui permet à la musique orientale de garder ses caractéristiques principales, notamment parce que chaque maitre apporte une couleur liée à sa propre interprétation et que les variations, l’apport personnel, sont l’essence même du chant arabe.

Il en va de même pour le conte. Art de relation, où le conteur est un passeur qui ne peut exister sans son auditoire, il s’inscrit dans une mémoire collective, ouverte à la variation puisque sans propriétaire. Inlassablement transmis, le conte mue constamment et c’est dans cette interprétation démultipliée qu’il se forge, qu’il se sculpte, qu’il s’étoffe.

C’est ainsi que le Roman de Baïbars a pris forme, au fil des siècles et des soirées de récit dans les cafés. C’est seulement au XIXe siècle, que quelques érudits prirent l’initiative, avant que les conteurs ne disparaissent complètement, de recueillir par écrit ce conte de pas moins de 400 fascicules et 36 000 pages. C’est en découvrant la traduction faite par Georges Bohas et Jean-Patrick Guillaume parue aux éditions Sinbad – Actes Sud que Marcel Bozonnet a décidé de mettre en scène l’épopée de Baïbars.

Ainsi, jusqu’à samedi, vous pourrez découvrir ce conte, né de l’histoire bien réelle de Al-Zaher Baïbars, un esclave devenu sultan qui régna au XIIIème siècle sur la Syrie et l’Egypte et dont l’histoire a remonté le temps jusqu’à la scène du Monfort !

Quant à Anass Habib, si vous avez manqué son concert samedi dernier à St-Eustache, vous pouvez le retrouver dans cette courte vidéo, réalisée lors la masterclass qu’il a donné deux jours de suite à l’Institut du Monde Arabe. Où comment l’élève devient le maître…

Une vidéo réalisée en collaboration avec Julie Mouton et Alicia Sauze

Abécédaire technique

Samedi 31 juillet 2010

Si comme moi, quand on vous dit « mise », vous pensez à l’argent que vous mettez sur la table au Poker, que « conduite » vous évoque vos nombreuses anicroches avec des automobilistes fous et que le mot « découpe » vous renvoie à vos longues minutes d’attente devant un étale de viande fraîche chez le boucher alors, c’est qu’il vous manque quelques galons à votre uniforme de technicien ! Qu’à cela ne tienne, je vous invite à une plongée dans le monde de la technique en 26 mots !

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A

AVANT-SCÈNE : Partie de la scène située devant le rideau de scène. Souvent, son plancher est mobile ou démontable pour couvrir la fosse d’orchestre.

B

BRIGADIER : - grade du chef d’un groupe de 6 machinistes (une brigade)

- bâton, bout de perche de 1 mètre de haut, souvent garni de velours et de clous dorés, utiliser pour frapper les 3 coups (précédés de 11, 12 ou 13 coups rapides suivant le type de pièce).

C

CONDUITE : Liste des consignes chronologiques nécessaires au déroulement du spectacle au niveau du plateau (machineries, cintres, accessoires), du son et des lumières.

D

DÉCOUPE : Projecteur à une ou plusieurs lentilles permettant de couper la lumière en formes géométrique.

E

ERP (Etablissement recevant du public) : selon la législation française, les établissements  reçevant du public doivent être conçus de manière à permettre de limiter les risques d’incendie, d’alerter les occupants de la réalisation d’un sinistre, de favoriser leur évacuation, d’éviter la panique, de permettre l’alerte des services de secours et de faciliter leur intervention. De plus, les ERP doivent être accessibles aux Personnes à Mobilité Réduite (places de stationnement, portes suffisamment larges, rampes d’accès, ascenseurs, toilettes handicapés…).

F

FILAGE : représentation “rapide” où les places sont prises, où l’on se contente d’enchaîner le spectacle du début à la fin pour permettre le réglage du son, de la lumière, etc.

G

GRIL : plancher à claire-voie coiffant la cage de scène comme un second plafonf où sont accrochés les projecteurs, les décors, les pendrillons …

H

HF / Haute fréquence : système de transmission radio sans fil pour les micros par exemple.

I

ITALIENNE : - mode d’installation et de manœuvre d’un rideau s’ouvrant par le milieu et remontant en drapé de chaque coté.

-  répétition rapide (normalement autour d’une table) pour vérifier la mémorisation du texte d’une pièce ;

- disposition et construction d’un théâtre suivant des règles importées d’Italie à partir de 1637 qui mettent en valeur la scénographie (décor réaliste en trompe-l’oeil et en perspective par opposition au décor symbolique et sacré du théâtre médiéval).
La salle séparée de la cage de scène (au volume très important de part l’utilisation des dessous et des cintres) par le cadre de scène et la rampe, symbolisant le cadre d’un tableau, d’un miroir, est composée d’un parterre entouré de galeries et de baignoires, loges et balcons sur plusieurs étages, occupant les trois côtés de la salle en forme de fer à cheval. Dans une salle, on peut voir et être vu, le public se répartissant selon une hiérarchie d’ordre économique et social. Pour vous faire une idée, vous pouvez vous rendre au Théâtre de l’Athénée, dirigé par Patrice Martinet  qui possède l’une des plus belle salle à l’italienne de la capitale !

J

JEU D’ORGUES : pupitre de commande des lumières, aussi appelé console lumière.
Il permet d’enchaîner facilement les effets successifs de la conduite lumière.
La console lumière peut-être soit manuelle, l’effet de lumière est alors réalisé à la main ou “à mémoire”, c’est à dire que l’effet de lumière est préalablement enregistré sur ordinateur et le technicien n’a plus qu’à le déclencher pendant le spectacle. Pour vérifier visuellement les effets, le jeu d’orgue est souvent située à la régie lumière, dans l’axe de la scène, vers le fond de la salle.

K

KILOWATT : Le kilowatt-heure est une unité de mesure d’énergie correspondant à l’énergie consommée par un appareil de 1 000 watts (1 kW) de puissance pendant une durée d’une heure. Une découpe par exemple consomme entre 1kW et 2kW.

L

LOINTAIN : le fond de la scène. [antonyme de Face]

M

MISE [abréviation de mise en place] mise en place des taps, des toiles et des décors avant un spectacle. “Faire la mise du 2” : installation des éléments de l’acte 2.

N

NIVEAU SONORE : La loi de décembre 1992 pour la lutte contre le bruit avait pour objet de prévenir, supprimer ou limiter l’émission ou la propagation sans nécessité ou par manque de précaution des bruits ou vibrations de nature à présenter des dangers, à causer un trouble excessif aux personnes, à nuire à leur santé ou à porter atteinte à l’environnement. Le seuil de la douleur est statistiquement constaté vers 120 dB SPL ; un concert rock atteints facilement, devant les enceintes, un niveau de 130 dB SPL ! Depuis décembre 1998, pour les lieux fermés (donc pas en plein-air) “effectuant des émissions sonores musicales au minimum 12 fois par an”, le décret 98-1143 limite le niveau sonore maximum de tout endroit accessible au public à 105 dB en moyenne et 120 dB en crête en tout point accessible aux personnes. Les études montrent qu’une exposition à plus 100 dB pendant 4 heures nécessite un repos de une semaine !!!

O

OEIL DU PRINCE : [expression popularisée par Nicola Sabbatini (1574-1654) dans son célèbre traité : “Pratique pour fabriquer scènes et machines de théâtre” publié en 1637 et traduit en 1942]. Point virtuel situé coté spectateur à 0,60 mètre au-dessus du plateau, dans son axe central et à une distance égale à l’ouverture du cadre de scène (correspondant à peu prés au 7e rang) qui permet de voir la perspective d’un décor sans déformation, de manière symétrique.

P

PLAN DE FEUX : aussi appelé plan lumière. Plan d’implantation des projecteurs sur le gril, en latéral, à la face. Sa conception dépend de considérations artistiques et esthétiques, de la méthode et de l’expérience du concepteur lumière.

Q

QUEUE DE COCHON : sorte de petite vrille, de tire-fond, servant à fixer au sol un décor et pouvant être enlevée rapidement.

R

RÉGIE : organisation matérielle du spectacle qui peut être divisée en plusieurs domaines : lumière (conduite) , son (mixages façades et retours), plateau (machinerie de scène). L’ensemble de ces régies est synchronisé, centralisé par la régie générale.

S

SERVANTE : en anglais, la servante est appelée « ghost lamp », lampe de fantôme. C’est une lampe de sécurité quand le plateau est dans le noir. Les fantômes envahissent le théâtre dés qu’il est désert, en général surtout le lundi soir, jour de relâche, appelé “ghost night”, la nuit des fantômes…

T

TAPS : ensemble homogène et neutre de tous les rideaux destinés à équiper une scène. On les distingue du rideau de scène, traditionnellement en velours rouge ou noir, installé de manière permanente.

U

UP (unité de passage) : Largeur minimale de passage proportionnelle au nombre total de personnes appelées à l’emprunter. La largeur type d’une unité de passage est de 0,60 m .

V

VÉLUM : tissu tendu ou drapé au dessus de la scène comme un plafond.

W

WEDGE : signifie « coin » en anglais. Enceinte en forme de coin et posée au sol.

X

XÉNON : représentant le deuxième type de lampes à décharge (avec les lampes aux halogénures métalliques du genre HMI), les lampes à Xénon furent mises au point par Osram® en 1944 et sont très utilisées pour leur lumière blanche (température de couleur de 5 600 K), dans les poursuites (puissant projecteur, dérivant d’une découpe, réglable et orientable par un machiniste pour suivre et cerner les déplacements d’un artiste sur scène).

Y

“Yapuka” : “Yapuka le faire !” “Yapuka démonter !” “Yapuka recommencer !”

Z

“Z’avez pas vu mon Leatherman ?” Le Leatherman pour un technicien, c’est un peu comme la truelle pour un maçon ! Pince multi-fonctions, elle regroupe en un seul outil compact plusieurs fonctions (pince, couteau, scie, lime, tournevis, règle… et même décapsuleur ! )

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J’ai tiré la plupart des informations de ce petit lexique sur ce site que je vous conseille vivement si vous voulez approfondir votre vocabulaire de technicien en herbe !


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Un petit “havre de paix”

Dimanche 25 juillet 2010

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Si vous êtes un habitué du festival, vous connaissez sûrement le Parc de la Butte du Chapeau Rouge dans le 19ème arrondissement. La popularité des Buttes Chaumont a sans nul doute permis de préserver la tranquillité de ce petit « havre de paix ».                                                                                                                   Il réserve au promeneur une vue dégagée sur l’Est de Paris. Ses jardins, dessinés par Léon Azéma, qu’on connait davantage pour le palais Chaillot, ont une silhouette vallonnée, où courent des pelouses tachetées de fleurs et de nombreux grands et vieux arbres dont les épais troncs rident paisiblement le long des chemins.

Autrefois, la Butte du Chapeau Rouge constituait une parcelle de la plaine du Pré-Saint-Gervais, animée d’une guinguette qui lui a laissé son nom. Ici, au début des années 1910, les mouvements politiques et les syndicats de gauche se rassemblaient pour défendre le pacifisme contre le militarisme.

Au printemps 1913, alors que la guerre devenait imminente, le rassemblement en souvenir des communards qui devait se tenir comme chaque année au Père-Lachaise fut annulé par le gouvernement de Louis Barthou. Ce dernier redoutait que la manifestion ne se retourne contre lui. Le 25 mai, cent cinquante mille personnes répondirent alors à l’appel de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), à manifester à la place au Pré-St-Gervais.

Là, au milieu d’une véritable marée humaine, Jean Jaurès prononce son Discours contre la loi des Trois ans tendant à allonger d’une année le service militaire. Les premiers journalistes photographes immortalisent sur le vif son charisme. Malgré l’ampleur de la mobilisation, l’Assemblée nationale vota la loi. On connait la suite.

Lieu de grands rassemblements populaires, le Parc de la Butte du Chapeau Rouge accueille cet été encore les concerts organisés par le festival.

De 34 Puñaladas à Oquestrada en passant par Yom, Paris quartier d’été vous invite dans ce petit « havre de paix ».

Discours de Jaurès à la Butte du Chapeau Rouge - 25 mai 1913

Les Tours Nuages à Nanterre, de l’autre côté du miroir

Vendredi 23 juillet 2010

Mardi dernier, le spectacle Miroir, Miroir de la compagnie Moglice a pris place en bas des tours imaginées par l’architecte Emile Aillaud, à Nanterre. C’est Aillaud qui aurait été content ! Lui qui avait vu son immeuble-miroir refusé lors de l’achèvement du projet de la Défense aurait pu découvrir ses Tours Nuages se refléter dans le miroir-trapèze du spectacle de Mélissa Von Vépy et du pianiste Stephan Oliva.

Construites en 1977, les Tours Aillaud ou Tours Nuages constituent un ensemble de 18 tours d’habitation de 1 607 appartements qui forment la Cité Picasso. Toute proche du quartier d’affaire de La Défense, cette cité se caractérise par la hauteur de ses bâtiments qui culminent jusqu’à 105 mètres de haut et par ses plans basés sur la forme de nuages – d’où l’appellation des tours.

Cet ensemble immobilier dont l’architecture et l’esthétique sont aujourd’hui contestées s’est régulièrement vu menacé de destruction. La Ville de Nanterre a pourtant initié des travaux de réhabilitation de ces tours, situées au cœur d’un quartier sensible classé prioritaire par le Ministère de l’Intérieur en 2004.

Fidèle à ses habitudes, Paris quartier d’été a su faire un mariage heureux entre un lieu atypique et et un spectacle exigent, l’un sublimant l’autre et vice-versa.  Pour Aillaud, qui concevait « l’architecture et l’urbanisme comme poétique », nul doute que Miroir, Miroir aurait constitué un évènement de choix pour cet ensemble urbain, entre ciel et terre. Une idée lumineuse qui a donné l’occasion aux habitants du quartier de jeter un œil neuf sur  leur  cité en même temps que d’autres spectateurs découvraient pour la première fois les Tours Aillaud. Le très beau travail de Mélissa Von Vépy a littéralement fait tourner la tête aux Tours Nuages !

Le festival affiche la couleur !

Jeudi 22 juillet 2010

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Quand je regarde d’anciennes photos, j’ai tendance à beaucoup rire de ma dégaine et de celles des gens. Les modes changent et avec elles notre style, bien souvent reflet d’une époque et de sa façon de voir les choses. Le festival n’échappe pas à la règle. 21 ans de Paris quartier d’été, c’est aussi 21 ans de look. Depuis 1990, l’identité visuelle du festival a constamment évolué, passant d’une Tour Eiffel stylisée aux aplats de couleurs fluo de Quarez puis aux bonshommes et aux bulles de Mix et Remix.

Comment choisit-on un graphiste plutôt qu’un autre ? Qu’est ce qui fait qu’un jour, on décide de changer d’image ? Patrice Martinet, le directeur et fondateur de Paris quartier d’été, revient sur l’évolution des visuels du festival en quatre grands moments.

Un voyage d’ à peine plus de 5 minutes truffé d’anecdotes à découvrir avec les yeux et les oreilles !

Montage réalisé en collaboration avec Pauline Mahé.

Ne vous fiez pas à l’image constante au début, il y a bien un diaporama, au fil de l’interview, les images fusent!

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Mais où est passée la femme à la robe à pois?

Vous vous en souvenez peut-être. Une élégante dame en robe à pois s’était installée sur les affiches du festival dans les années 90. Cette belle parisienne, magnétique, versatile et curieuse, nous racontait des histoires… Que peut-on faire l’été à Paris? Figure tutélaire de Paris quartier d’été pendant plusieurs années, la belle dame et ses extravagances ont fini par ne plus correspondre à l’image du festival. Ses airs un rien bourgeois ne faisait plus écho au caractère trublion de l’évènement.

Je ne peux malheureusement pas vous présenter cette série d’affiches car son créateur ne souhaite plus que la femme à la robe à pois gambade sur les pages du site internet de Paris quartier d’été. Décidément, la diva est facétieuse !

Pour vous repérer, voici les années auxquelles correspondent les visuels : (cliquez pour agrandir)

Là où le coeur bat

Mercredi 21 juillet 2010

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Si vous vous êtes baladés sur le site internet du festival ces jours-ci ou que vous avez assisté à un spectacle au Palais Royal, vous avez sûrement remarqué que Paris quartier d’été vous appelle à manifester… votre désir !

Désir de quoi me direz vous ?

Désir que ça continue.

Désir que l’année prochaine, Paris quartier d’été conserve son lieu central et fédérateur.

Désir d’arriver sur la Place Colette, de prendre le chemin de la cour d’honneur du Palais Royal et de retrouver la scène emblématique du festival.

Désir que sur la scène, il y ait des artistes.

Désir que dans les coulisses, l’équipe de Paris quartier d’été continue de se presser, de s’agiter, de se décarcasser pour que tout se passe, et que cela se passe bien.

Désir que le Palais Royal continue d’être le cœur battant du festival, pulsant chaque jour un peu plus d’audace et de poésie dans les veines de Paris.

De l’extérieur, les choses semblent faciles. Pourtant elles ne le sont pas. D’année en année, le festival voit sa présence au Palais Royal remise en question. Amis fidèles de Paris quartier d’été, nous avons besoin de vous et de vos voix qui s’élèvent haut et fort pour dire l’importance de ce lieu, ici, maintenant.

Parce que depuis 1992, le Palais Royal c’est … le Roméo et Juliette du Footsbarn Travelling Theatre, le Teatro del Silencio dirigé par Mauricio Celedon, Kazuo Ohno, le maître du Butoh, l’Opera de Pékin, Doug Elkins, Merce Cunningham et l’Ensemble de Surakarta dirigé par Princesse Moertiyah,

Josef Nadj et son Cri du Caméléon, Les Ballets de Monte-Carlo et la Martha Graham Dance Company, le Ballet de l’Académie royale khmère, Andy Degroat, la Twyla Tharp Dance Company, Jean-Claude Gallotta, Daniel Larrieu, les stars du hip-hop de la Compagnie Storm and Jazzy Project et la Troupe Choream, la Compagnie Käfig, Karine Saporta, l’ensemble LS Malati, Europa Danse sous la direction de Jean-Albert Cartier, le Media Aetas Teatro de Roberto de Simone, Augusto Boal, Blanca Li et la Troupe d’Opéra de Taïwan Hsin Chuan, l’opéra multimédia de Robert Ashley et Yukihiro Yoshi, la Compagnie Accrorap, le Kuchipudi, Elizabeth Streb, Mats Ek et le Ballet National de Lyon,

Niels «Storm» Robitzky, Merce Cunningham encore, Olivier Darné et ses abeilles, les biens nommés Hors-Piste qui amenait le public dans l’aventure des coulisses, La Milonga royale, tango, Israel Galván et son spectacle phare, La Edad de oro, Miguel Angel Berna, le Ballet de l’Opéra national du Rhin reprennant des chorégraphies de Maurice Béjart, Trisha Brown , Boris Charmatz, la compagnie Membros, Faustin Linyekula,

Robyn Orlin, Theater Stap, Sidi Larbi Cherkaoui et Nienke Reehorst, José Galván, Andrés Marín et Rafaela Carrasco, Maguy Marin avec son oeuvre légendaire, May B, jusqu’à cettte édition 2010 qui réunit le Ballet du Grand Théâtre de Genève reprenant des pièces de Dominique Bagouet, Zimmermann & de Perrot avec le Groupe acrobatique de Tanger, Pastora Galván, Sistema Tango, Rocío Molina et The Irrepressibles …

La liste est longue et le festival ne compte pas s’arrêter là!


Signez la pétition pour que vive le spectacle au Palais Royal ici!


Les Carnets Bagouet

Samedi 17 juillet 2010

À la disparition de Dominique Bagouet en décembre 1992, d’anciens danseurs et collaborateurs de sa compagnie ont fondé Les Carnets Bagouet, une association destinée à coordonner et à assurer la transmission des œuvres et la pédagogie du chorégraphe qui fut l’un des chefs de file de la nouvelle danse française. Mais comment préserver et insuffler à de nouvelles générations de danseurs « l’esprit Bagouet » ?

Certes, il y a l’apprentissage d’une partition chorégraphique, qui, depuis la période baroque au moins, passe par une transmission gestuelle et verbale, d’un danseur à l’autre. Mais passée la transmission physique et mimétique, comment contaminer l’autre de la pensée du chorégraphe, de l’univers poétique qui sous-tend chaque mouvement ?

Quand Olivia Grandville, interprète de la compagnie Bagouet dès 1989, répond à la demande du Ballet du Grand Théâtre de Genève de remonter Jours Étranges et So schnell, elle commence par travailler les fondamentaux du chorégraphe.

So Schnell de Dominique Bagouet, Ballet du Grand Théâtre de Genève © Agathe Poupeney

Les rebonds, la notion de poids, l’indépendance de la main, la tranquillité du lampadaire, la propagation et la cause à effet, le cintre, la connexion entre le regard et la main, le tire-bouchon, la marche à l’amble, la musicalité du souffle, chez Bagouet, le mouvement porte son propre sens.

Dans ce bref inventaire de quelques uns des incontournables de la galaxie Bagouet, Jean-Charles Di Zazzo, danseur des Carnets Bagouet, évoque le rapport ludique à la gravité. Le rapport ludique à la gravité. Bagouet éludait le rapport conflictuel avec le sol, défiait les forces de pesanteur du corps.

Le rapport ludique à la gravité. Un précepte, une ligne de vie.

Le travail de Bagouet ne dissociait pas les périodes d’entraînement de la création. Dans Jours étranges, la partie où les danseurs sont en ligne et grimacent les uns après les autres comme des personnages de bande dessinée est issue d’improvisations. Pour la reprise de la pièce, il ne s’agissait pas de demander aux nouveaux danseurs de reproduire l’exacte partition, mais plutôt d’inventer eux-mêmes leur propres personnages. Si la gestuelle se renouvelle, puisqu’elle est intimement liée au caractère et à l’interprétation du danseur, la structure, l’énergie, elles, restent les mêmes.

« Les premiers danseurs de la pièce ne sont pas les gardiens du temple, il faut laisser vivre l’œuvre. »                                            Quelle que soit la qualité de la transmission d’une œuvre, son interprétation contient intrinsèquement une part de trahison. Pour Jean-Charles Di Zazzo cette trahison de fait, il faut l’accepter, puisqu’elle est intimement liée à la réappropriation.

Mort du sida à 41 ans, Bagouet n’a pas vu la version de So schnell qu’il avait créée en 1992 à l’occasion de l’inauguration du plateau du nouvel Opéra Berlioz à Montpellier. So schnell, ô combien rapide est le temps.