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On connaît le régisseur général, le régisseur de tournée ou encore le régisseur de plateau… Mais régisseur d’église, voilà qui laisse pantois. C’est pourtant un poste à part entière dans l’organisation de l’église St-Eustache. Louis Robiche, le régisseur permanent de l’église était parti en vacances lors de ma venue. J’ai donc rencontré Raphël Cottin, danseur et notateur du mouvement (personne qui transcrit le mouvement dansé par écrit pour permettre la préservation et la transmission d’œuvre chorégraphique) qui revêt périodiquement la casquette de régisseur intérimaire de St-Eustache.
Des voix qui s’élèvent sous un voute de 33 mètres de haut. Des dizaines de tapis au sol et des centaines de spectateurs étendus dessus. Des vitraux comme des bijoux sur les parois de la nef où raisonnent le son des instruments. L’église St-Eustache s’est taillée une solide réputation parmi les hauts lieux musicaux de la capitale depuis qu’elle sert d’écrin à des manifestations culturelles extérieures. Cette année encore, elle ouvre ses portes à Paris quartier d’été. Ce soir, Inés Bacán y donne un concert, dernier du cycle des Sacrés Minuits de Paris quartier d’été entamé avec Deba, les femmes de Mayotte et le chanteur marocain Anass Habib.
L’église Saint-Eustache a un profil atypique dans le paysage des lieux de culte parisiens. Loin de l’iconoclasme ou de la subversion, elle n’en demeure pas moins une église radicalement ouverte à son époque et aux autres cultures. Selon Raphaël Cottin, cette sensibilité aux questions contemporaines vient en partie du fait que depuis 1922, ce sont des pères oratoriens qui sont nommés dans la paroisse de St-Eustache. L’Oratoire de France, société de prêtres séculiers formés au XVIIème siècle, est constitué majoritairement d’intellectuels concernés par le lien entre l’Église et les activités artistiques et solidaires.
Dans cette église littéralement installée au dessus d’un des plus grands centres commerciaux de la capitale, c’est entre 60 et 80 concerts par an qui sont donnés. Des auditions d’orgue au concert de la chanteuse Camille en passant par le Chœur de l’Armée Française ou, l’année dernière, le concert de Dean and Britta sur des vidéos de Warhol dans le cadre de Paris quartier d’été, St-Eustache affiche une programmation pour le moins éclectique.
Une liberté de ton tolérée par la hiérarchie catholique mais qui fait parfois des remous dans les rangs des fidèles. Raphaël Cottin se souvient qu’un jour de Vendredi Saint, l’église avait accueilli une proposition dansée en parallèle à la lecture d’extraits de la Bible. “Certains ont crié au scandale car ils étaient contre le fait qu’ai lieu une activité de spectacle un jour de deuil. “(le Vendredi Saint commémore la Passion du Christ).” Il n’y a pas de lignes de programmation particulières, l’important, c’est que nous sentions que les artistes ont conscience du lieu qu’ils investissent et qu’ils le fassent dans le respect, même si ce terme à une connotation quelque peu désuète aujourd’hui.”
Si une part importante de la tâche du régisseur réside dans l’organisation logistique de St-Eustache (commande de matériel, administration des biens immobiliers …) et dans la gestion des six personnes qui composent le personnel laïc, Louis Robiche est également le premier interlocuteur des porteurs de projets artistiques qui désirent être accueillis dans l’église. C’est ensuite en accord avec Georges Jacobson, le curé de St-Eustache, que les décisions sont prises d’accueillir tel ou tel spectacle.
En 2009, les concerts et locations de salles ont représenté 11% des produits de l’église. Une part non négligeable du budget qui ne conduit pourtant pas à accepter n’importe quelle proposition. “Biensûr que l’argent est un facteur important, mais nous nous autorisons souvent à dire non quand on sent que l’adéquation entre le projet et le lieu n’est pas cohérente.” Cela ne veut pas dire que Saint-Eustache accueille seulement des spectacles teintés de chrétienté. “Quand Paris quartier d’été nous propose de programmer Anass Habib qui chante des chants à la fois sacrés et profanes en langue arabe, on sait que ça ne fera pas l’unanimité chez les paroissiens. Mais on sent en lui un immense respect, une formidable capacité au don. Pour nous, ça fait réellement sens.”



