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Il y a certaines personnes qui s’inscrivent dans le panthéon de Paris quartier d’été tant par leur fidélité au festival que par leur charisme. David Lelièvre, le responsable de l’accueil au Palais Royal, fait partie de ces figures incontournables.
La semaine dernière , alors que les Irrepressibles faisaient leur balance sous un ciel menaçant, David a bien voulu répondre à quelques une de mes questions.
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Comment as tu commencé à travailler à Paris quartier d’été ?
Je suis arrivé au festival en 2006 comme agent d’accueil. Je travaillais sur Italienne, scène et orchestre de Jean-François Sivadier à l’Opéra Comique. Il y avait environ vingt représentations pendant un mois, on jouait à guichet fermé tous les soirs. L’année suivante, j’étais agent d’accueil au Palais Royal et la responsable de l’accueil est tombée malade en milieu de festival. Sabine Camerin, la responsable des relations publiques de l’époque m’a alors proposé de la remplacer. Depuis, je suis responsable de l’accueil au Palais Royal.
L’an dernier c’était un peu particulier car je travaillais chez Pierre Henry, pour son spectacle, Dieu à la maison. Nous n’accueillions qu’une trentaine de spectateurs, il y avait une dizaine de bénévoles dont je m’occupais. Comme on était dans la maison de Pierre Henry, il y avait un bénévole pas pièce pour que personne ne touche aux choses dans les salles. C’était génial, les bénévoles étaient des fans absolus de Pierre Henry, ils étaient là tous les jours pour le concert. Il y avait une ambiance formidable, beaucoup de complicité entre nous.
Cette année je suis de nouveau au Palais Royal, je suis très content aussi, c’est une toute autre atmosphère que j’aime beaucoup également.
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Et que fais tu le reste de l’année ?
Je suis comédien mais je n’en vis pas du tout. J’ai donc une carrière d’ouvreur ! Je travaille au Théâtre National de Chaillot comme agent d’accueil pour gagner ma vie depuis quelques années. Les gens qui vont à Chaillot viennent aussi souvent au Palais Royal, et c’est marrant, ils me reconnaissent ! Ils me disent « Mais qu’est ce que vous faites là !? Vous n’êtes pas à Chaillot d’habitude !? » Et le plus marrant c’est que maintenait, l’inverse se produit aussi ! Des spectateurs de Paris quartier d’été viennent à Chaillot et me disent « Mais, vous n’êtes pas de Paris quartier d’été vous ? Qu’est ce que vous faîtes là !? »
Il y a quelques temps, il y a même des spectateurs de Paris quartier d’été qui ont fait un pari entre eux. Certains pensaient que j’étais ouvreur à Chaillot, d’autres étaient sûrs que je travaillais au Théâtre du Rond Point. Ils avaient parié le champagne !
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Tu commences à bien connaître le public alors !
On voit tellement de gens, des milliers de personnes, c’est plutôt eux qui me reconnaissent. À part quelques habitués. On est quand même le premier lien avec les spectateurs, on est leurs principaux interlocuteurs, donc forcément, c’est nous qui recueillons leur parole. Même s’ils savent qu’on n’est pas responsable de la programmation, souvent, ils viennent nous remercier !
Il y a des gens que je vois tous les ans. Par exemple cette dame qui vient avec sa maman, elle vient souvent à Chaillot aussi, elle est toujours au premier rang pour les premières. Et elle vient toujours me parler, elle connaît mon prénom, elle commente le spectacle, me parle d’autres spectacles, de la saison à venir à Chaillot…
Je pense que si les gens sont parfois très liants avec nous, c’est qu’ils connaissent le pouvoir des ouvreurs ! Pour les spectateurs, c’est important d’avoir un bon feeling avec les agents d’accueil, car ils savent qu’on peut leur trouver de bonnes places !
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Que fais tu exactement en tant que responsable de l’accueil au Palais Royal ?
J’arrive deux heures avant la représentation, je m’assure que les programmes de salles sont là, que nous avons assez de programmes du festival à distribuer, que les ponchos sont là en cas de pluie… s’il vient à manquer quelque chose, j’en réfère aux gens du bureau.
Cette année, il y aussi des spectateurs qui éditent eux même leur billet sur internet et comme on n’a pas de machines pour scanner les codes barre, je dois vérifier la liste manuellement avant la représentation.
En fait, mon rôle consiste à centraliser les informations. Tous les jours, je suis en contact avec Christine Jacquet, la responsable des relations publiques qui me fait part des informations que je transmets à l’équipe des cinq agents d’accueil qui travaillent au Palais Royal cette année.
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Qu’est ce que tu aimes dans ce boulot ?
Le public ! J’adore être sur le terrain, je trouve ça beaucoup plus stimulant que d’être dans un bureau. J’aime le contact avec les équipes artistiques, les équipes techniques, j’aime cette vraie ambiance de loges qu’il y a dans les coulisses du Palais Royal. Il y a toujours plein de monde qui passe ici, on sent une vraie atmosphère de festival, une effusion, un lien qui se tisse entre nous.
J’aime aussi me confronter aux problèmes du terrain, devoir gérer les aléas de l’accueil des quelques 600 spectateurs que nous recevons chaque soir.
En tant que responsable, je suis surtout là en cas de problèmes ! Quand les ouvreurs n’ont pas le temps de régler certaines situations ou qu’ils n’ont pas les réponses adéquates, ils m’appellent. Par exemple en cas de doublon sur une place ou encore des personnes avec des poussettes ou en fauteuil roulant.
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Un bon souvenir ?
Des dizaines ! Pour ma première année, le spectacle de Sivadier à l’Opéra Comique. C’est un spectacle qui était très difficile à gérer mais que j’ai adoré. On accueillait une centaine de personnes sur le plateau et dans la fosse d’orchestre. Il y avait des règles de sécurité très compliquées et un parcours dans les coulisses. Pour le public, c’était formidable, le spectacle avait un succès fou. Mais nous étions seulement deux agents d’accueil pour gérer ça, c’était intense ! Il y avait des gens qui venaient sans réserver, je me souviens, un jour, Claudia Cardinal avait appelé Sivadier pour venir le lendemain. Il avait bien sûr accepté alors que le spectacle était plein à craquer.
Le lendemain, Claudia Cardinal est arrivée et il n’y avait pas de place pour elle. D’autant plus qu’on était vraiment à cran car tous les jours, on dépassait la jauge qui était de 103 personnes. Le régisseur de l’Opéra Comique commençait vraiment à stresser.
Patrice Martinet est resté ferme, personne ne pouvait plus rentrer pour cette représentation, même pas Claudia Cardinal. Alors moi, il a fallu que j’aille voir Jean-François Sivadier pour lui dire de se débrouiller pour récupérer un billet déjà donné à l’un de ses amis si il voulait que Claudia Cardinal assiste au spectacle. Aucun billet supplémentaire n’allait être édité pour elle. Je ne sais pas comment il s’est débrouillé, mais il l’a faite entrer, sûrement qu’il a réussi à prendre un billet à l’un de ses invités ! Elle a adoré le spectacle, lui il était dans tous ses états !! Sur le coup c’était très dur à gérer mais j’ai tellement aimé le spectacle, que ça reste un très bon souvenir.
J’ai de tas d’autres bons souvenirs, par exemple, chez Pierre Henry, les gens étaient vraiment géniaux, les équipes étaient adorables, et ça c’est important, le lien qui s’est créé entre nous. L‘entente avec l’équipe artistique est essentielle.
Trisha Brown et ses danseurs à Chamarande
D’ailleurs je me souviens avoir accompagné les danseurs de Trisha Brown pour leur représentation à Chamarande, on étaient resté ensemble toute la journée puis on avait bu des verres le soir, après le spectacle ! Quand ils sont venus danser au Palais Royal, on était vraiment lié. Je pense qu’on fait vraiment attention aux artistes à Paris quartier d’été, et ça, c’est important, vraiment.
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Et ton pire souvenir ?
Le spectacle Cœurs Croisés de Découfflé, c’était une sorte de striptease artistique avec un plateau en bi-frontal. A
l’époque, il suffisait de se mettre contre les grilles des jardins du Palais Royal pour voir le spectacle, contrairement à cette année où les palissades mises en place pour les travaux empêchent les gens de voir la scène de l’extérieur. Il y avaient une bande de mecs qui trainaient côté jardin du Palais Royal pour regarder les jolies nénettes à poil. Ils étaient ingérables, derrière les grilles, mais juste à côté de nous. C’était extrêmement problématique, on n’arrivait pas à les calmer, ils sabordaient la magie du spectacle.
Bien sûr, j’ai des souvenirs chaotiques avec la pluie aussi. Quand il se met à pleuvoir, les gens paniquent, ils se précipitent vers toi. Tu dois distribuer 600 ponchos en quelques minutes. La principale source d’inquiétude au Palais Royal, c’est donc la météo ! Gérer une évacuation demande de respecter des règles strictes et il faut éviter les effets de panique. Une fois qu’on a évacué le public, on est censé recompter les spectateurs pour s’assurer que personne ne manque. C’est pour ça qu’on ne peut pas accepter des gens sans place attribuée, parce qu’en cas de problèmes, il faut que chaque spectateur corresponde à un billet. C’est une question de sécurité.
Bon, une fois que tout le monde a son poncho, les gens se calment, et ça créé plutôt de bons souvenirs en fait. Cette situation produit de la cohésion. Quand il cesse de pleuvoir, les techniciens viennent sécher le plateau et ça créé de très belles scènes, les gens finissent pas applaudir, ils s’amusent de la situation et apprécient au final. C’est un grand moment de partage, tous sous nos ponchos, inélégants, on se sent liés.
Je me souviens d’un autre bon moment. C’était lors de la venue de la compagnie brésilienne de hip-hop Membros.(photo ci-contre) Ils ne parlaient que portugais donc on ne se parlait pas mais on avait établi une communication non verbale. J’adorais leur spectacle. Ils se sont produits dans des banlieues. Nous, en tant qu’agents d’accueil, on tractait dans les cités pour inciter les gens à descendre de chez eux et à aller voir le spectacle gratuit qui allait se donner quelques minutes plus tard. Là de prime abord, on te prend pour un petit snobinard parisien qui vient parler de culture. Les gens n’ont pas forcément envie. Rien à voir avec le public du Palais Royal…
Et finalement, quand ils viennent, ils restent un peu loin au début et puis ils se rapprochent à mesure que le spectacle se déroule et à la fin, les gamins deviennent super loquasses. Ce jour-là, plein de gens sont venus nous demander où ils pouvaient apprendre à faire du hip hop. Ça a fait naitre des vocations. Pour nous, c’était une grande source de joie d’avoir conquis ce public, c’était une sorte d’accomplissement.
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Un coup de cœur cette année ?
J’ai beaucoup aimé le spectacle de Bagouet au Palais Royal interprété par le Ballet du Grand Théâtre de Genève. J’ai aussi adoré Pastora Galván, elle m’a fasciné alors que je ne suis pas forcément très fan de flamenco, enfin, pas du chant en tout cas. Mais elle, sa façon de danser… elle est bluffante ! Mais mon spectacle préféré, ça a été celui du cirque Aïtal. Incroyable. C’était à Pantin, on aurait dit une partie de campagne, avec ce camion où il proposait à manger et à boire, comme une guinguette. Et dans ce petit chapiteau, on avait l’impression de retomber en enfance. Il y avait une ambiance formidable alors que le spectacle n’avait pas encore commencé. Le fait d’être dans ce chapiteau, les uns en face des autres, ça évoquait tant de souvenirs d’enfance, ça créait une réelle connivence entre les spectateurs. Les artistes étaient hyper généreux ils ont su créer un monde avec rien, J’ai ri, j’ai pleuré, vraiment, c’était hyper touchant, ça a été un moment de bonheur, de grâce.
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Qui sont les ouvreurs ? Tu dois en connaître beaucoup depuis toutes ces années …
Les ouvreurs ne sont jamais que ouvreurs. Souvent, ils sont étudiants, ou on une activité artistique, ils sont ouvreurs pour gagner leur vie, mais souvent, on partage beaucoup d’affinités, ce sont des gens en devenir. On a des liens forts, on fait parfois des projets ensemble, le monde de l’accueil dans les théâtres, c’est tout un univers. Parfois, il y a une absence de considération des agents d’accueil, alors que ce sont des gens plein de projets.
Face à ders attitudes méprisantes, il ne faut pas se laisser faire, c’est un truc à trouver ça, être ferme et charmant à la fois ! Si le spectacle ne commence pas à l’heure par exemple, il faut parfois rappeler que ce n’est jamais un fait exprès contre le public !
D’ailleurs, quelque soit la situation, ce qui nous inquiète le plus, c’est le confort du public. C’est mon premier intérêt, d’autres pensent d’abord aux artistes, moi je m’inquiète d’abord du bien-être de nos spectateurs. C’est mon job après tout !
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Au sol, les larges plaques de bois clair accrochées par le haut à des fils bien visibles semblent attendre le moment où, comme dans la pièce, on les lève à la verticale. Pendant le spectacle, relevées inopinément, elles font apparaître des parois où s’ouvrent des portes.








