« Ceux qui rient franchement pendant le spectacle, je me demande s’ils rient (de moi, de nous) des inadaptés, par moquerie. Je me demande… » Sourire. « C’est très beau. J’ai souri, aussi» Silence. « Je suis plombée, enfin… mélancolique, nostalgique. Non, ça n’est pas tout à fait ça, comment dire… il n’y a pas un mot pour dire cela en français, tiens en allemand, il existe un mot qui dit mieux cet état, Sehnsucht… »
En allemand…. en Walser, en violon, en italien, en valse macabre, en marche tic-tac, en français, en notes, en silences, en grimaces, en noir et blanc.
Toutes ces langues étrangères pour dire cette étrange difficulté de vivre.
Trop? Non, c’est chargé en reflets, de manière épurée. Alors « Récit dansé » ? Théâtre parlant !
« Je ne sais pas quoi en penser. Je crois que j’ai décroché, par moments, j’étais peut-être un peu ailleurs, mais ça n’était sans doute pas désagréable puisque je n’ai pas vu le temps passé. Je ne sais pas quoi en penser. Pas encore…»
Pas encore, Brigitte et Roser ne sont pas encore sorties de la loge du Monfort. Intimidées ? Elles, si chaleureuses ? C’est une première. En effet, cela en est bien une. La première représentation publique de leur nouvelle « proposition », pour le Festival Paris Quartier d’été.
Brigitte et Roser font la paire. Et ça n’est pas nouveau. Depuis 15 ans, et encore la semaine dernière au quatre coins de Paris quartier d’été avec El como quieres, leur « petite forme », ainsi nommée par Carole, comme on parlerait de ce p’tit bijou à forte valeur affective qu’on trimballe partout. Alors, Brigitte et Roser enfermées au Monfort ? Quelle drôle d’idée… Brigitte sort de sa loge, applaudie et gênée de l’être : « c’est tout frais, c’est tout frais » un peu vidée. Du nez rouge au clown blanc. Des clowns blancs, en grande forme. C’était bon de plonger dans cette obscurité, un dimanche ensoleillé. Depuis qu’il fait beau, j’ai envie qu’il neige.
“Avant-propos” inspiré par l’écrivain suisse Robert Walser, sur une musique du ballet “Giselle”, signée par Adolphe Adam. Le thème : l’inadéquation.
Extraits
« Je ne sais si je possède de l’esprit et j’ai du mal à y croire, car j’ai souvent eu l’occasion de me convaincre que je m’y prends comme un sot à chaque fois qu’on me charge d’un travail qui demande de la pénétration et de la jugeote. Et de fait, cela me donne à penser et m’incite à me demander si je n’appartiendrais pas à cette étrange sorte de gens qui ne sont intelligents que pour autant qu’ils se l’imaginent et cessent d’être intelligents dès qu’ils doivent montrer qu’ils le sont réellement. » Robert Walser
« L’élément marquant, chez moi, c’est que je suis un homme tout à fait ordinaire d’une façon presque exagérée. Je suis un homme pris dans la foule, et c’est justement cela que je trouve si étrange… » Robert Walser
« C’est exactement comme si je n’avais pas été taillé pour cette vie de façon suffisamment grossière » Robert Walser
Extrapolations
« Qu’est-ce qu’on va faire de toi? Qu’est ce que t’as dans la tête? » Alister
«Manier savamment une langue, c’est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire» Charles Baudelaire
«Lequel de nous tous n’est pas bizarre? Lequel de nous s’en sortira plus tard? » La grande Sophie
«Et ce que le théâtre peut encore arracher à la parole, ce sont ces possibilités d’expansion hors des mots, de développement dans l’espace, d’action dissociatrice et vibratoire sur la sensibilité» Antonin Artaud
« Celui qui a des ennuis ne peut pas les prendre perpétuellement au sérieux ». Charlie Chaplin
« Ne désespérez jamais, faites infuser davantage. » Henri Michaux




