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Archives 2010

D’après photos

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Pour refermer ce blog, j’ai proposé à Agathe Poupeney, la photographe officielle du festival, de revenir sur quelques uns des clichés qu’elle a pris depuis 2006 à Paris quartier d’été. Une façon d’éclairer les éditions à venir de la lumière des instants passés… En attendant l’édition 2011, je vous souhaite un bel été !

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Avant de devenir photographe professionnelle, Agathe Poupeney a étudié la biologie, puis la communication. Après quatre ans dans une structure culturelle elle décide enfin de faire de sa passion son métier. Depuis maintenant cinq ans, elle réalise pour le festival Paris quartier d’été une série de photographies regroupées sur une galerie internet, que vous pouvez consultez en suivant ce lien.)

Je lui ai demandé de nous parler de quelques uns de ses clichés… (vous pouvez cliquer sur le nom des artistes et les titres pour accéder à l’ensemble des photos de chaque spectacle).

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Comp.Marius
La Trilogie de Marcel Pagnol : Marius, Fanny, César (2008)

En 2008 le spectacle Marius s’est installé à Pantin sur les bords du canal de l’Ourcq. C’était une réinterprétation de la trilogie de Pagnol, Marius, Fanny et César par Comp. Marius, une troupe flamande qui au fil du spectacle construisait tout un univers, toute une traversée. Le spectacle commençait avec la distribution de lunettes de soleil pour l’ensemble du public. Nous avons en effet eu droit à un très beau coucher de soleil sur le canal et à une succession de différentes lumières naturelles, mais à un moment donné le soleil passant sur le gradin rendait ces lunettes de soleil indispensables. J’aimais beaucoup ce gradin en demi cercle avec en arrière-plan l’usine taguée, en friche. Dès le début, ça mettait en place un univers. La façon dont ces comédiens se sont réappropriés l’histoire, avec leur accent, c’était vraiment très beau.

Pour moi, ce qui était intéressant, c’était l’utilisation de l’ensemble de l’espace et de ce décors naturel, par exemple avec ce marin qui, d’un coup, était sur le canal avec cette voie de chemin de fer désaffectée et ces pavés, ce ciel qui était en train de virer au violet…

Cela donnait la possibilité de faire des images vraiment géniales. Ils jouaient sur tous les plans et c’était parfait pour les photos : l’utilisation de la passerelle au-dessus du canal, des personnages très expressifs parfois très loin du public et parfois tout proches comme ce couple qui s’embrasse, avec le public au premier plan…

On voit bien l’utilité des lunettes de soleil sur cette photo ! À l’entracte l’ensemble du public s’est retrouvé sous une tente autour d’une grande table pour un excellent repas, l’ambiance était très conviviale. Tout le monde discutait avec tout le monde, de ses impressions,  de ce qu’il avait vu et de ce qu’il n’avait pas vu, on entendait des “ Ah, mais tu te souviens c’était comme ça et eux l’ interprètent comme ça…”.

Au fur et à mesure du spectacle, la lumière baissait, on se retrouvait avec des lumières de coucher de soleil et forcément avec la nuit et cette voiture qui débarque, cette porte qui figure l’entrée du café, c’était vraiment incroyable.

En fait, dans le festival Paris quartier d’été, ce que j’apprécie vraiment, c’est cette capacité à produire des univers complets, totalement décalés, ce spectacle l’illustre parfaitement.

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Stefan Kaegi (Rimini Protokoll)

Cargo Sofia-Paris, Un voyage en camion bulgare (2008)

Un autre spectacle avec un univers fort, c’est Cargo Sofia de Rimini Protokoll, programmé au festival en 2008. L’ensemble du spectacle se déroulait dans un bus, le public assis devant les vitres. Le chauffeur nous faisait une sorte de visite guidée, comme si nous étions à l’étranger alors qu’en fait nous étions à Rungis. Au fur et à mesure du voyage, les vitres s’ouvraient et se fermaient pour dévoiler des scènes. Chaque fois que les vitres s’ouvraient avec le paysage et le texte dit par le chauffeur, nous avions l’impression d’être dans un univers totalement différent alors qu’en fait, nous étions aux portes de Paris. La façon dont ils nous emmenaient dans cette histoire était totalement dépaysante. En deux heures de temps nous avons fait l’aller retour en Bulgarie, dans ce bus, c’était assez étonnant.

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Josef Nadj

Les Corbeaux (2009)

Dans un univers totalement différent, j’ai eu envie de parler du spectacle de Nadj, Les Corbeaux, dont j’ai photographié la création en 2009 à la Maison des métallos… Cette image fait partie de mon exposition Instants que je fais tourner un peu en ce moment, je l’ai choisie parce qu’elle a un relief particulier. Il y a une telle force; une force et aussi une douleur, cette image m’a beaucoup marquée. Je la trouve assez représentative de cette pièce où une nouvelle oeuvre est produite à chaque représentation, on voit d’ailleurs en arrière plan les grandes feuilles de papier blanc où la peinture est projetée.

C’est assez dur de parler des images surtout celles qui nous tiennent à coeur et celle là a vraiment une force très animale, c’est pour ça que je l’aime beaucoup.

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Jörg Müller

c/o (2008)

Le spectacle de Jörg Müller programmé en 2008 au festival a aussi été une vraie découverte. Une fois de plus, je suis touchée par l’univers très particulier de ces danseurs plongés dans un tube rempli d’eau. Comment danser et évoluer avec grâce dans cet espace totalement restreint et anti-naturel ? Cela donnait des figures assez belles, assez poétiques avec les bâtiments et le public qui se reflétaient aussi dans les tubes.

On a l’impression que la danseuse est en apesanteur, ce qui m’intéresse là, c’est l’effet totalement irréel que ce dispositif peut donner.

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Faustin Linyekula
Le Festival des mensonges  (2006)

J’ai choisi cette image pour plusieurs raisons.

La première pour le lieux et pour cette ambiance conviviale et bon enfant établie grâce à une espèce de guinguette, l’ensemble du public étant placé autour de la scène. De plus j’aime beaucoup l’univers que Faustin construit au travers de ses spectacles, ce mélange d’espoir et de réalisme sur fond toujours politique et un peu désespéré qui se dégage de ses spectacles. Cette image est assez représentative de ça avec l’amoncellement de poupées démembrées, Faustin au milieu avec ces néons… L’image en elle-même est assez forte et elle me rappelle vraiment l’ambiance qu’il y avait aux Tuileries.

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Être dans la rue

Compagnie Farid’O (2007)

C’était au jardin d’Éole, ce grand mur et cette partie bétonnée, donnait l’impression d’être face à une scène de spectacle alors que nous étions dans un jardin. Pour l’image, mon intérêt va dans l’opposition ce danseur assis sur cette chaise, qui a l’air un peu abattu, et ce dynamisme, cette expansion du danseur qui saute à une hauteur assez étonnante. Ce que j’essaye de faire en photo, c’est de saisir des instants très fugitifs, qu’on devine à l’oeil nu mais qu’on n’a pas le temps d’analyser. Un quart de seconde avant il était au sol, un quart de seconde après il sera de nouveau au sol, et entre temps, il s’est envolé.

C’est à la fois cet instant totalement figé et dynamique, et cette opposition entre les deux personnages qui me plaît.

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James Darling & Lesley Forwood

Roots Accross the World (2006)

C’était un projet de land art de deux australiens un peu barrés qui se sont installés en 2006 à la Défense au pied des tours. Je les ai suivi pendant 4 ou 5 jours. Ils avaient ramené des racines d’Australie qu’ils ont commencé à poser en tas et puis à imbriquer les unes avec les autres pour construire une figure géométrique parfaite, réellement parfaite. Ce qui était étonnant c’était de voir comment, d’un amas de racines totalement irrégulières et désordonnées, on pouvait aboutir à un objet géométrique parfait. Tous les jours, il y avait des hommes qui sortaient en costards cravates et qui venaient régulièrement voir où en était l’oeuvre. L’intérêt, c’était aussi le contraste entre le végétal et le minéral de la Défense.

Une fois de plus Paris quartier d’été est rentré dans un univers  complètement déjanté et loufoque mais construit et qui se tient, c’est ça qui m’intéresse.

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Daniel Larrieu

Waterproof, Re-création  (2006)

Pour finir, j’aimerais parler de cette dernière image du spectacle de Daniel Larrieu, Waterproof, programmé en 2006. Juste pour la poésie de l’image et du spectacle. Dans le passé, j’ai pas mal fait de natation et j’ai suivi  le stage avec Daniel Larrieu de danse sous l’eau. Une fois de plus, ce qui m’intéresse ici, c’est l’entrée dans un univers. Pour moi rentrer dans une piscine avec toutes ces odeurs de chlore, ça me rappelait énormément de choses, l’effort, le dépassement, des choses complètement antinomiques de ce spectacle. Non pas qu’il n’y ait pas de prouesses physiques, mais elles sont éclipsées par la grâce, la poésie.

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Pourquoi tu t’es spécialisé dans la photographie du spectacle vivant ?

J’ai toujours photographié, j’ai commencé  a faire des photos d’instants dans les rues de Paris, parce que je suis parisienne depuis pas mal de temps et en fait, ce qui m’intéressait, c’est ces instants volés qui ne se reproduiront plus et qu’on arrive à voir une fraction de seconde et qu’on ne verra plus après.

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Est ce que photographier des spectacles, des œuvres représente une difficulté en plus ?

En fait, il faut réussir à s’approprier l’oeuvre parce qu’effectivement si on reproduit uniquement ce qu’on voit ce n’est pas forcément intéressant. Il faut essayer de trouver un cadre, de saisir un instant particulier, choisir son angle, son instant, c’est ça qui donne son point de vue sur les spectacle.

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As tu un regret ?  Une photo manquée ?

Il y a toujours des images qu’on loupe, par exemple sur Bagouet, cette année, je n’étais pas du tout contente de ce que j’avais fait.  J’ai trouvé que Bagouet, c’était d’une légèreté, avec toutes ces envolées … et en fait j’ai très peu réussie à saisir ces instants en l’air.  Ce qui m’aurait amusée, ça aurait été de ne faire que des images de ces danseurs qui s’envolent et qui sont en l’air tout le temps, ça aurait pu faire une série assez marrante. Mais parfois, je suis un peu trop dur envers moi même et je ne veux pas  photographier au dessus de 1600 Iso, je trouve que ça augmente trop le grain. Ces contraintes techniques font que parfois, je loupe des images et forcément je le regrette après.

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David, ferme et charmant

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Il y a certaines personnes qui s’inscrivent dans le panthéon de Paris quartier d’été tant par leur fidélité au festival que par leur charisme. David Lelièvre, le responsable de l’accueil au Palais Royal, fait partie de ces figures incontournables.

La semaine dernière , alors que les Irrepressibles faisaient leur balance sous un ciel menaçant, David a bien voulu répondre à quelques une de mes questions.

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Comment as tu commencé à travailler à Paris quartier d’été ?

Je suis arrivé au festival en 2006 comme agent d’accueil. Je travaillais sur Italienne, scène et orchestre de Jean-François Sivadier à l’Opéra Comique. Il y avait environ vingt représentations pendant un mois, on jouait à guichet fermé tous les soirs. L’année suivante, j’étais agent d’accueil au Palais Royal et la responsable de l’accueil est tombée malade en milieu de festival. Sabine Camerin, la responsable des relations publiques de l’époque m’a alors proposé de la remplacer. Depuis, je suis responsable de l’accueil au Palais Royal.

L’an dernier c’était un peu particulier car je travaillais chez Pierre Henry, pour son spectacle, Dieu à la maison. Nous n’accueillions qu’une trentaine de spectateurs, il y avait une dizaine de bénévoles dont je m’occupais. Comme on était dans la maison de Pierre Henry, il y avait un bénévole pas pièce pour que personne ne touche aux choses dans les salles. C’était génial, les bénévoles étaient des fans absolus de Pierre Henry, ils étaient là tous les jours pour le concert. Il y avait une ambiance formidable, beaucoup de complicité entre nous.

Cette année je suis de nouveau au  Palais Royal, je suis très content aussi, c’est une toute autre atmosphère que j’aime beaucoup également.

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Et que fais tu le reste de l’année ?

Je suis comédien mais je n’en vis pas du tout. J’ai donc une carrière d’ouvreur ! Je travaille au Théâtre National de Chaillot comme agent d’accueil pour gagner ma vie depuis quelques années. Les gens qui vont à Chaillot viennent aussi souvent au Palais Royal, et c’est marrant, ils me reconnaissent ! Ils me disent « Mais qu’est ce que vous faites là !? Vous n’êtes pas à Chaillot d’habitude !? » Et le plus marrant c’est que maintenait, l’inverse se produit aussi ! Des spectateurs de Paris quartier d’été viennent à Chaillot et me disent « Mais, vous n’êtes pas de Paris quartier d’été vous ? Qu’est ce que vous faîtes là !? »

Il y a quelques temps, il y a même des spectateurs de Paris quartier d’été qui ont fait un pari entre eux. Certains pensaient que j’étais ouvreur à Chaillot, d’autres étaient sûrs que je travaillais au Théâtre du Rond Point. Ils avaient parié le champagne !

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Tu commences à bien connaître le public alors !

On voit tellement de gens, des milliers de personnes, c’est plutôt eux qui me reconnaissent. À part quelques habitués. On est quand même le premier lien avec les spectateurs, on est leurs principaux interlocuteurs, donc forcément, c’est nous qui recueillons leur parole. Même s’ils savent qu’on n’est pas responsable de la programmation, souvent, ils viennent nous remercier !

Il y a des gens que je vois tous les ans. Par exemple cette dame qui vient avec sa maman, elle vient souvent à Chaillot aussi, elle est toujours au premier rang pour les premières. Et elle vient toujours me parler, elle connaît mon prénom, elle commente le spectacle, me parle d’autres spectacles, de la saison à venir à Chaillot…

Je pense que si les gens sont parfois très liants avec nous, c’est qu’ils connaissent le pouvoir des ouvreurs ! Pour les spectateurs, c’est important d’avoir un bon feeling avec les agents d’accueil, car ils savent qu’on peut leur trouver de bonnes places !

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Que fais tu exactement en tant que responsable de l’accueil au Palais Royal ?

J’arrive deux heures avant la représentation, je m’assure que les programmes de salles sont là, que nous avons assez de programmes du festival à distribuer, que les ponchos sont là en cas de pluie… s’il vient à manquer quelque chose, j’en réfère aux gens du bureau.
Cette année, il y aussi des spectateurs qui éditent eux même leur billet sur internet et comme on n’a pas de machines pour scanner les codes barre, je dois vérifier la liste manuellement avant la représentation.

En fait, mon rôle consiste à centraliser les informations. Tous les jours, je suis en contact avec Christine Jacquet, la responsable des relations publiques qui me fait part des informations que je transmets à l’équipe des cinq agents d’accueil qui travaillent au Palais Royal cette année.

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Qu’est ce que tu aimes dans ce boulot ?

Le public ! J’adore être sur le terrain, je trouve ça beaucoup plus stimulant que d’être dans un bureau. J’aime le contact avec les équipes artistiques, les équipes techniques, j’aime cette vraie ambiance de loges qu’il y a dans les coulisses du Palais Royal. Il y a toujours plein de monde qui passe ici, on sent une vraie atmosphère de festival, une effusion, un lien qui se tisse entre nous.

J’aime aussi me confronter aux problèmes du terrain, devoir gérer les aléas de l’accueil des quelques 600 spectateurs que nous recevons chaque soir.

En tant que responsable, je suis surtout là en cas de problèmes ! Quand les ouvreurs n’ont pas le temps de régler certaines situations ou qu’ils n’ont pas les réponses adéquates, ils m’appellent. Par exemple en cas de doublon sur une place ou encore des personnes avec des poussettes ou en fauteuil roulant.

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Un bon souvenir ?

Des dizaines ! Pour ma première année, le spectacle de Sivadier à l’Opéra Comique. C’est un spectacle qui était très difficile à gérer mais que j’ai adoré. On accueillait une centaine de personnes sur le plateau et dans la fosse d’orchestre. Il y avait des règles de sécurité très compliquées et un parcours dans les coulisses. Pour le public, c’était formidable, le spectacle avait un succès fou. Mais nous étions seulement deux agents d’accueil pour gérer ça, c’était intense ! Il y avait des gens qui venaient sans réserver, je me souviens, un jour, Claudia Cardinal avait appelé Sivadier pour venir le lendemain. Il avait bien sûr accepté alors que le spectacle était plein à craquer.
Le lendemain, Claudia Cardinal est arrivée et il n’y avait pas de place pour elle. D’autant plus qu’on était vraiment à cran car tous les jours, on dépassait la jauge qui était de 103 personnes. Le régisseur de l’Opéra Comique commençait vraiment à stresser.

Patrice Martinet est resté ferme, personne ne pouvait plus rentrer pour cette représentation, même pas Claudia Cardinal.  Alors moi, il a fallu que j’aille voir Jean-François Sivadier pour lui dire de se débrouiller pour récupérer un billet déjà donné à l’un de ses amis si il voulait que Claudia Cardinal assiste au spectacle. Aucun billet supplémentaire n’allait être édité pour elle. Je ne sais pas comment il s’est débrouillé, mais il l’a faite entrer, sûrement qu’il a réussi à prendre un billet à l’un de ses invités ! Elle a adoré le spectacle,  lui il était dans tous ses états !! Sur le coup c’était très dur à gérer mais j’ai tellement aimé le spectacle, que ça reste un très bon souvenir.

J’ai de tas d’autres bons souvenirs, par exemple, chez Pierre Henry, les gens étaient vraiment géniaux, les équipes étaient adorables, et ça c’est important, le lien qui s’est créé entre nous. L‘entente avec l’équipe artistique est essentielle.

Trisha Brown et ses danseurs à Chamarande

D’ailleurs je me souviens avoir accompagné les danseurs de Trisha Brown pour leur représentation à Chamarande, on étaient resté ensemble toute la journée puis on avait bu des verres le soir, après le spectacle ! Quand ils sont venus danser au Palais Royal, on était vraiment lié. Je pense qu’on fait vraiment attention aux artistes à Paris quartier d’été, et ça, c’est important, vraiment.

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Et ton pire souvenir ?

Le spectacle Cœurs Croisés de Découfflé, c’était une sorte de striptease artistique avec un plateau en bi-frontal. A l’époque, il suffisait de se mettre contre les grilles des jardins du Palais Royal pour voir le spectacle, contrairement à cette année où les palissades mises en place pour les travaux empêchent les gens de voir la scène de l’extérieur. Il y avaient une bande de mecs qui trainaient côté jardin du Palais Royal pour regarder les jolies nénettes à poil. Ils étaient ingérables, derrière les grilles, mais juste à côté de nous. C’était extrêmement problématique, on n’arrivait pas à les calmer, ils sabordaient la magie du spectacle.

Bien sûr, j’ai des souvenirs chaotiques avec la pluie aussi. Quand il se met à pleuvoir, les gens paniquent, ils se précipitent vers toi. Tu dois distribuer 600 ponchos en quelques minutes. La principale source d’inquiétude au Palais Royal, c’est donc la météo ! Gérer une évacuation demande de respecter des règles strictes et il faut éviter les effets de panique. Une fois qu’on a évacué le public, on est censé recompter les spectateurs pour s’assurer que personne ne manque. C’est pour ça qu’on ne peut pas accepter des gens sans place attribuée, parce qu’en cas de problèmes, il faut que chaque spectateur corresponde à un billet. C’est une question de sécurité.

Bon, une fois que tout le monde a son poncho, les gens se calment, et ça créé plutôt de bons souvenirs en fait. Cette situation produit de la cohésion. Quand il cesse de pleuvoir, les techniciens viennent sécher le plateau et ça créé de très belles scènes, les gens finissent pas applaudir, ils s’amusent de la situation et apprécient au final. C’est un grand moment de partage, tous sous nos ponchos, inélégants, on se sent liés.

Je me souviens d’un autre bon moment. C’était lors de la venue de la compagnie brésilienne de hip-hop Membros.(photo ci-contre) Ils ne parlaient que portugais donc on ne se parlait pas mais on avait établi une communication non verbale. J’adorais leur spectacle. Ils se sont produits dans des banlieues. Nous, en tant qu’agents d’accueil, on tractait dans les cités pour inciter les gens à descendre de chez eux et à aller voir le spectacle gratuit qui allait se donner quelques minutes plus tard. Là de prime abord, on te prend pour un petit snobinard parisien qui vient parler de culture. Les gens n’ont pas forcément envie. Rien à voir avec le public du Palais Royal…

Et finalement, quand ils viennent, ils restent un peu loin au début et puis ils se rapprochent à mesure que le spectacle se déroule et à la fin, les gamins deviennent super loquasses. Ce jour-là, plein de gens sont venus nous demander où ils pouvaient apprendre à faire du hip hop. Ça a fait naitre des vocations. Pour nous, c’était une grande source de joie d’avoir conquis ce public, c’était une sorte d’accomplissement.

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Un coup de cœur cette année ?

J’ai beaucoup aimé le spectacle de  Bagouet au Palais Royal interprété par le Ballet du Grand Théâtre de Genève. J’ai aussi adoré Pastora Galván, elle m’a fasciné alors que je ne suis pas forcément très fan de flamenco, enfin, pas du chant en tout cas. Mais elle, sa façon de danser… elle est bluffante ! Mais mon spectacle préféré, ça a été celui du cirque Aïtal. Incroyable. C’était à Pantin, on aurait dit une partie de campagne, avec ce camion où il proposait à manger et à boire, comme une guinguette. Et dans ce petit chapiteau, on avait l’impression de retomber en enfance. Il y avait une ambiance formidable alors que le spectacle n’avait pas encore commencé. Le fait d’être dans ce chapiteau, les uns en face des autres, ça évoquait tant de souvenirs d’enfance, ça créait une réelle connivence entre les spectateurs. Les artistes étaient hyper généreux ils ont su créer un monde avec rien, J’ai ri, j’ai pleuré, vraiment, c’était hyper touchant, ça a été un moment de bonheur, de grâce.

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Qui sont les ouvreurs ? Tu dois en connaître beaucoup depuis toutes ces années …

Les ouvreurs ne sont jamais que ouvreurs. Souvent, ils sont étudiants, ou on une activité artistique, ils sont ouvreurs pour gagner leur vie, mais souvent, on partage beaucoup d’affinités, ce sont des gens en devenir. On a des liens forts, on fait parfois des projets ensemble, le monde de l’accueil dans les théâtres, c’est tout un univers. Parfois, il y a une absence de considération des agents d’accueil, alors que ce sont des gens plein de projets.

Face à ders attitudes méprisantes, il ne faut pas se laisser faire, c’est un truc à trouver ça, être ferme et charmant à la fois ! Si le spectacle ne commence pas à l’heure par exemple, il faut parfois rappeler que ce n’est jamais un fait exprès contre le public !

D’ailleurs, quelque soit la situation, ce qui nous inquiète le plus, c’est le confort du public. C’est mon premier intérêt, d’autres pensent d’abord  aux artistes, moi je m’inquiète d’abord du bien-être de nos spectateurs. C’est mon job après tout !


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Propaganda, petit manuel de simplicité volontaire

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Socrate, Epicure, Saint-François d’Assise… Ils sont nombreux ceux qui ont prôné la « vie simple ». Moins consommer, moins gaspiller, moins s’encombrer, voilà quelques principes adoptés de longue date par Simon Yates et Jo-Ann Lancaster, les fondateurs de la compagnie Acrobat. Le couple australien inscrit son mode de vie et ses spectacles dans le giron d’un mouvement à contre-courant de la société de l’ultra consommation actuelle : la simplicité volontaire.

Evoquée pour la première fois en 1936 dans un article de Richard Gregg, un disciple de Gandhi, le terme de “simplicité volontaire” s’est répandu principalement dans les années 80. Ce mode de vie s’est développé en réaction à la société de consommation moderne et à sa quête désespérée de satisfaction de besoins illimités.

Déjà, en 1854, Henry David Thoreau s’inscrivait comme le précurseur de ce mouvement. Dans Walden ou la vie dans les bois, il faisait le récit de sa rupture avec les conditions de vie matérielles de l’homme “urbanisé”, soulevant ainsi la question du vivre mieux avec moins, largement reprise par le mouvement hippies dans les années 60.

La simplicité volontaire se définit par un choix de vie basé sur la réduction des besoins matériels, donc de la consommation, au profit de l’accroissement du temps dédié aux valeurs essentielles de l’existence. Dans une société où le désir de posséder est développé à outrance, ce retour à une certaine frugalité s’appuie sur l’idée que le bonheur ne s’atteint pas par l’ “avoir” mais par l’ “être”.

Hobby d’anciens soixante-huitards nostalgiques ? La compagnie Acrobat assume son idéalisme naïf dans un spectacle pétri d’autodérision où râteau et vélo sont les symboles d’une révolution… verte !

Propaganda se pose alors comme un plaidoyer pour la « sobriété heureuse » d’un cirque fabriqué par petites touches. Loin des numéros bling-bling du cirque traditionnel, l’art de Simon Yates et Jo-Ann Lancaster se distille dans des séquences minute qui font la part belle à la virtuosité des deux acrobates. Une épure appliquée au cirque comme à la vie qui donne au spectacle des airs de manifeste pour la décroissance.

Exit donc les scénographies tape à l’œil et les costumes à paillettes, Propaganda milite pour une économie du peu mais du mieux. Souvent habillés de leur seuls sous-vêtements, les artistes semblent bel et bien avoir entendu l’appel de Thoreau : “ Sell your clothers and keep your thoughts

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Vous avez jusqu’à dimanche pour découvrir assister aux représentations de Propaganda, un spectacle cousu main et en fil de coton bio !

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Pour en savoir plus sur la simplicité volontaire et la décroissance…

http://simplicitevolontaire.info/

BOISVERT, Dominique : L’ABC de la simplicité volontaire. Éditions Écosociété, Montréal, 2005,160 p.

THOREAU, Henry David : “Walden ou la vie dans les bois” publié en 1854 en anglais sous le titre : Walden; or Life in the Woods.

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Poésie administrativo-végétale

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Au Jardin du Luxembourg, on ne rigole pas avec les arbres. Pour les concerts de musique du monde qui y sont organisés, Paris quartier d’été en prend de la graine !

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Souvenirs flamencos

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Inès Bacán n’avait pas donné de concert à Paris en tant que soliste depuis 1997, date de la mort de celui qui l’a révélée, son frère Pedro Bacán, un des maîtres de la guitare flamenca. Son retour sur la scène parisienne tient pour beaucoup à sa complicité de longue date avec la co-directrice du festival, Carole Fierz, qui a longtemps fait route aux côtés de Pedro Bacán et de son clan des Pinini. Carole et Inès sont toutes deux venues pour la première fois au festival en 1992, à l’occasion des trois soirées tziganes à l’Opéra qui réunissaient des artistes venus de Roumanie, d’Albanie, d’Inde, d’Egypte et de Turquie.

À l’époque, Carole Fierz, issue d’une formation de danseuse classique, avait été initiée au flamenco au hasard d’un voyage en Andalousie. Logée dans un hôtel tenu par la tante d’une grande danseuse flamenca, elle y découvre une sorte de “conservatoire naturel” où l’on chante et danse au quotidien. Une école libre.

“Les gitans ont une relation particulière au temps, ils ont une conscience exacerbée du côté éphémère de la vie, de la nécessité de jouir pleinement de l’instant présent. Ils ont la faculté de brûler chaque instant. Cette perception du temps leur insuffle un sens du rythme différent. La musique est pour eux un moyen de se transporter, d’échapper au quotidien.”

Au fil des rencontres, Carole fait la connaissance de Pedro Bacán et de son Clan des Pinini (un nom adopté en hommage au grand-oncle El Pinini, célèbre créateur d’un style de soleares et fondateur du clan gitan des Pinini, reconnu pour ses chanteurs d’exception). Elle collabore à la création de sa compagnie qu’elle accompagne de 1990 à 1997. En 1996, elle réalise “Inès, ma soeur”, un documentaire sur Inès et Pedro Bacán. A la mort de celui-ci dans un accident de voiture, “il était impossible de continuer, ça aurait été comme de naviguer sans le capitaine du bateau.” Carole s’éloigne quelques temps du flamenco, travaille pour Bob Wilson, Jérôme Savary … “Et puis j’ai découvert Israël Galván et je suis revenue au flamenco.”

Pour sa première édition en tant que co-directrice du festival, Carole Fierz convie tout naturellement celle avec qui elle a partagé sa première expérience à Paris quartier d’été. Et que de souvenirs ! Des trois soirées tsiganes à l’Opéra Garnier, elles gardent en mémoire ces rencontres musicales exceptionnelles où 200 musiciens venus de partout confrontaient leurs différentes traditions dans des boeufs en coulisses, faisant se mêler musique gitane andalouse et tsigane du Rajasthan,  polyphonie hongroise et rythmes manouches venus d’Alsace… Des moments d’échange et d’admiration commune immortalisés dans ces beaux clichés noir et blanc que Carole a bien voulu partager avec nous.

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