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Archives 2010

D’après photos

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Pour refermer ce blog, j’ai proposé à Agathe Poupeney, la photographe officielle du festival, de revenir sur quelques uns des clichés qu’elle a pris depuis 2006 à Paris quartier d’été. Une façon d’éclairer les éditions à venir de la lumière des instants passés… En attendant l’édition 2011, je vous souhaite un bel été !

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Avant de devenir photographe professionnelle, Agathe Poupeney a étudié la biologie, puis la communication. Après quatre ans dans une structure culturelle elle décide enfin de faire de sa passion son métier. Depuis maintenant cinq ans, elle réalise pour le festival Paris quartier d’été une série de photographies regroupées sur une galerie internet, que vous pouvez consultez en suivant ce lien.)

Je lui ai demandé de nous parler de quelques uns de ses clichés… (vous pouvez cliquer sur le nom des artistes et les titres pour accéder à l’ensemble des photos de chaque spectacle).

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Comp.Marius
La Trilogie de Marcel Pagnol : Marius, Fanny, César (2008)

En 2008 le spectacle Marius s’est installé à Pantin sur les bords du canal de l’Ourcq. C’était une réinterprétation de la trilogie de Pagnol, Marius, Fanny et César par Comp. Marius, une troupe flamande qui au fil du spectacle construisait tout un univers, toute une traversée. Le spectacle commençait avec la distribution de lunettes de soleil pour l’ensemble du public. Nous avons en effet eu droit à un très beau coucher de soleil sur le canal et à une succession de différentes lumières naturelles, mais à un moment donné le soleil passant sur le gradin rendait ces lunettes de soleil indispensables. J’aimais beaucoup ce gradin en demi cercle avec en arrière-plan l’usine taguée, en friche. Dès le début, ça mettait en place un univers. La façon dont ces comédiens se sont réappropriés l’histoire, avec leur accent, c’était vraiment très beau.

Pour moi, ce qui était intéressant, c’était l’utilisation de l’ensemble de l’espace et de ce décors naturel, par exemple avec ce marin qui, d’un coup, était sur le canal avec cette voie de chemin de fer désaffectée et ces pavés, ce ciel qui était en train de virer au violet…

Cela donnait la possibilité de faire des images vraiment géniales. Ils jouaient sur tous les plans et c’était parfait pour les photos : l’utilisation de la passerelle au-dessus du canal, des personnages très expressifs parfois très loin du public et parfois tout proches comme ce couple qui s’embrasse, avec le public au premier plan…

On voit bien l’utilité des lunettes de soleil sur cette photo ! À l’entracte l’ensemble du public s’est retrouvé sous une tente autour d’une grande table pour un excellent repas, l’ambiance était très conviviale. Tout le monde discutait avec tout le monde, de ses impressions,  de ce qu’il avait vu et de ce qu’il n’avait pas vu, on entendait des “ Ah, mais tu te souviens c’était comme ça et eux l’ interprètent comme ça…”.

Au fur et à mesure du spectacle, la lumière baissait, on se retrouvait avec des lumières de coucher de soleil et forcément avec la nuit et cette voiture qui débarque, cette porte qui figure l’entrée du café, c’était vraiment incroyable.

En fait, dans le festival Paris quartier d’été, ce que j’apprécie vraiment, c’est cette capacité à produire des univers complets, totalement décalés, ce spectacle l’illustre parfaitement.

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Stefan Kaegi (Rimini Protokoll)

Cargo Sofia-Paris, Un voyage en camion bulgare (2008)

Un autre spectacle avec un univers fort, c’est Cargo Sofia de Rimini Protokoll, programmé au festival en 2008. L’ensemble du spectacle se déroulait dans un bus, le public assis devant les vitres. Le chauffeur nous faisait une sorte de visite guidée, comme si nous étions à l’étranger alors qu’en fait nous étions à Rungis. Au fur et à mesure du voyage, les vitres s’ouvraient et se fermaient pour dévoiler des scènes. Chaque fois que les vitres s’ouvraient avec le paysage et le texte dit par le chauffeur, nous avions l’impression d’être dans un univers totalement différent alors qu’en fait, nous étions aux portes de Paris. La façon dont ils nous emmenaient dans cette histoire était totalement dépaysante. En deux heures de temps nous avons fait l’aller retour en Bulgarie, dans ce bus, c’était assez étonnant.

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Josef Nadj

Les Corbeaux (2009)

Dans un univers totalement différent, j’ai eu envie de parler du spectacle de Nadj, Les Corbeaux, dont j’ai photographié la création en 2009 à la Maison des métallos… Cette image fait partie de mon exposition Instants que je fais tourner un peu en ce moment, je l’ai choisie parce qu’elle a un relief particulier. Il y a une telle force; une force et aussi une douleur, cette image m’a beaucoup marquée. Je la trouve assez représentative de cette pièce où une nouvelle oeuvre est produite à chaque représentation, on voit d’ailleurs en arrière plan les grandes feuilles de papier blanc où la peinture est projetée.

C’est assez dur de parler des images surtout celles qui nous tiennent à coeur et celle là a vraiment une force très animale, c’est pour ça que je l’aime beaucoup.

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Jörg Müller

c/o (2008)

Le spectacle de Jörg Müller programmé en 2008 au festival a aussi été une vraie découverte. Une fois de plus, je suis touchée par l’univers très particulier de ces danseurs plongés dans un tube rempli d’eau. Comment danser et évoluer avec grâce dans cet espace totalement restreint et anti-naturel ? Cela donnait des figures assez belles, assez poétiques avec les bâtiments et le public qui se reflétaient aussi dans les tubes.

On a l’impression que la danseuse est en apesanteur, ce qui m’intéresse là, c’est l’effet totalement irréel que ce dispositif peut donner.

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Faustin Linyekula
Le Festival des mensonges  (2006)

J’ai choisi cette image pour plusieurs raisons.

La première pour le lieux et pour cette ambiance conviviale et bon enfant établie grâce à une espèce de guinguette, l’ensemble du public étant placé autour de la scène. De plus j’aime beaucoup l’univers que Faustin construit au travers de ses spectacles, ce mélange d’espoir et de réalisme sur fond toujours politique et un peu désespéré qui se dégage de ses spectacles. Cette image est assez représentative de ça avec l’amoncellement de poupées démembrées, Faustin au milieu avec ces néons… L’image en elle-même est assez forte et elle me rappelle vraiment l’ambiance qu’il y avait aux Tuileries.

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Être dans la rue

Compagnie Farid’O (2007)

C’était au jardin d’Éole, ce grand mur et cette partie bétonnée, donnait l’impression d’être face à une scène de spectacle alors que nous étions dans un jardin. Pour l’image, mon intérêt va dans l’opposition ce danseur assis sur cette chaise, qui a l’air un peu abattu, et ce dynamisme, cette expansion du danseur qui saute à une hauteur assez étonnante. Ce que j’essaye de faire en photo, c’est de saisir des instants très fugitifs, qu’on devine à l’oeil nu mais qu’on n’a pas le temps d’analyser. Un quart de seconde avant il était au sol, un quart de seconde après il sera de nouveau au sol, et entre temps, il s’est envolé.

C’est à la fois cet instant totalement figé et dynamique, et cette opposition entre les deux personnages qui me plaît.

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James Darling & Lesley Forwood

Roots Accross the World (2006)

C’était un projet de land art de deux australiens un peu barrés qui se sont installés en 2006 à la Défense au pied des tours. Je les ai suivi pendant 4 ou 5 jours. Ils avaient ramené des racines d’Australie qu’ils ont commencé à poser en tas et puis à imbriquer les unes avec les autres pour construire une figure géométrique parfaite, réellement parfaite. Ce qui était étonnant c’était de voir comment, d’un amas de racines totalement irrégulières et désordonnées, on pouvait aboutir à un objet géométrique parfait. Tous les jours, il y avait des hommes qui sortaient en costards cravates et qui venaient régulièrement voir où en était l’oeuvre. L’intérêt, c’était aussi le contraste entre le végétal et le minéral de la Défense.

Une fois de plus Paris quartier d’été est rentré dans un univers  complètement déjanté et loufoque mais construit et qui se tient, c’est ça qui m’intéresse.

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Daniel Larrieu

Waterproof, Re-création  (2006)

Pour finir, j’aimerais parler de cette dernière image du spectacle de Daniel Larrieu, Waterproof, programmé en 2006. Juste pour la poésie de l’image et du spectacle. Dans le passé, j’ai pas mal fait de natation et j’ai suivi  le stage avec Daniel Larrieu de danse sous l’eau. Une fois de plus, ce qui m’intéresse ici, c’est l’entrée dans un univers. Pour moi rentrer dans une piscine avec toutes ces odeurs de chlore, ça me rappelait énormément de choses, l’effort, le dépassement, des choses complètement antinomiques de ce spectacle. Non pas qu’il n’y ait pas de prouesses physiques, mais elles sont éclipsées par la grâce, la poésie.

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Pourquoi tu t’es spécialisé dans la photographie du spectacle vivant ?

J’ai toujours photographié, j’ai commencé  a faire des photos d’instants dans les rues de Paris, parce que je suis parisienne depuis pas mal de temps et en fait, ce qui m’intéressait, c’est ces instants volés qui ne se reproduiront plus et qu’on arrive à voir une fraction de seconde et qu’on ne verra plus après.

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Est ce que photographier des spectacles, des œuvres représente une difficulté en plus ?

En fait, il faut réussir à s’approprier l’oeuvre parce qu’effectivement si on reproduit uniquement ce qu’on voit ce n’est pas forcément intéressant. Il faut essayer de trouver un cadre, de saisir un instant particulier, choisir son angle, son instant, c’est ça qui donne son point de vue sur les spectacle.

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As tu un regret ?  Une photo manquée ?

Il y a toujours des images qu’on loupe, par exemple sur Bagouet, cette année, je n’étais pas du tout contente de ce que j’avais fait.  J’ai trouvé que Bagouet, c’était d’une légèreté, avec toutes ces envolées … et en fait j’ai très peu réussie à saisir ces instants en l’air.  Ce qui m’aurait amusée, ça aurait été de ne faire que des images de ces danseurs qui s’envolent et qui sont en l’air tout le temps, ça aurait pu faire une série assez marrante. Mais parfois, je suis un peu trop dur envers moi même et je ne veux pas  photographier au dessus de 1600 Iso, je trouve que ça augmente trop le grain. Ces contraintes techniques font que parfois, je loupe des images et forcément je le regrette après.

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Propaganda, petit manuel de simplicité volontaire

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Socrate, Epicure, Saint-François d’Assise… Ils sont nombreux ceux qui ont prôné la « vie simple ». Moins consommer, moins gaspiller, moins s’encombrer, voilà quelques principes adoptés de longue date par Simon Yates et Jo-Ann Lancaster, les fondateurs de la compagnie Acrobat. Le couple australien inscrit son mode de vie et ses spectacles dans le giron d’un mouvement à contre-courant de la société de l’ultra consommation actuelle : la simplicité volontaire.

Evoquée pour la première fois en 1936 dans un article de Richard Gregg, un disciple de Gandhi, le terme de “simplicité volontaire” s’est répandu principalement dans les années 80. Ce mode de vie s’est développé en réaction à la société de consommation moderne et à sa quête désespérée de satisfaction de besoins illimités.

Déjà, en 1854, Henry David Thoreau s’inscrivait comme le précurseur de ce mouvement. Dans Walden ou la vie dans les bois, il faisait le récit de sa rupture avec les conditions de vie matérielles de l’homme “urbanisé”, soulevant ainsi la question du vivre mieux avec moins, largement reprise par le mouvement hippies dans les années 60.

La simplicité volontaire se définit par un choix de vie basé sur la réduction des besoins matériels, donc de la consommation, au profit de l’accroissement du temps dédié aux valeurs essentielles de l’existence. Dans une société où le désir de posséder est développé à outrance, ce retour à une certaine frugalité s’appuie sur l’idée que le bonheur ne s’atteint pas par l’ “avoir” mais par l’ “être”.

Hobby d’anciens soixante-huitards nostalgiques ? La compagnie Acrobat assume son idéalisme naïf dans un spectacle pétri d’autodérision où râteau et vélo sont les symboles d’une révolution… verte !

Propaganda se pose alors comme un plaidoyer pour la « sobriété heureuse » d’un cirque fabriqué par petites touches. Loin des numéros bling-bling du cirque traditionnel, l’art de Simon Yates et Jo-Ann Lancaster se distille dans des séquences minute qui font la part belle à la virtuosité des deux acrobates. Une épure appliquée au cirque comme à la vie qui donne au spectacle des airs de manifeste pour la décroissance.

Exit donc les scénographies tape à l’œil et les costumes à paillettes, Propaganda milite pour une économie du peu mais du mieux. Souvent habillés de leur seuls sous-vêtements, les artistes semblent bel et bien avoir entendu l’appel de Thoreau : “ Sell your clothers and keep your thoughts

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Vous avez jusqu’à dimanche pour découvrir assister aux représentations de Propaganda, un spectacle cousu main et en fil de coton bio !

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Pour en savoir plus sur la simplicité volontaire et la décroissance…

http://simplicitevolontaire.info/

BOISVERT, Dominique : L’ABC de la simplicité volontaire. Éditions Écosociété, Montréal, 2005,160 p.

THOREAU, Henry David : “Walden ou la vie dans les bois” publié en 1854 en anglais sous le titre : Walden; or Life in the Woods.

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Poésie administrativo-végétale

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Au Jardin du Luxembourg, on ne rigole pas avec les arbres. Pour les concerts de musique du monde qui y sont organisés, Paris quartier d’été en prend de la graine !

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Souvenirs flamencos

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Inès Bacán n’avait pas donné de concert à Paris en tant que soliste depuis 1997, date de la mort de celui qui l’a révélée, son frère Pedro Bacán, un des maîtres de la guitare flamenca. Son retour sur la scène parisienne tient pour beaucoup à sa complicité de longue date avec la co-directrice du festival, Carole Fierz, qui a longtemps fait route aux côtés de Pedro Bacán et de son clan des Pinini. Carole et Inès sont toutes deux venues pour la première fois au festival en 1992, à l’occasion des trois soirées tziganes à l’Opéra qui réunissaient des artistes venus de Roumanie, d’Albanie, d’Inde, d’Egypte et de Turquie.

À l’époque, Carole Fierz, issue d’une formation de danseuse classique, avait été initiée au flamenco au hasard d’un voyage en Andalousie. Logée dans un hôtel tenu par la tante d’une grande danseuse flamenca, elle y découvre une sorte de “conservatoire naturel” où l’on chante et danse au quotidien. Une école libre.

“Les gitans ont une relation particulière au temps, ils ont une conscience exacerbée du côté éphémère de la vie, de la nécessité de jouir pleinement de l’instant présent. Ils ont la faculté de brûler chaque instant. Cette perception du temps leur insuffle un sens du rythme différent. La musique est pour eux un moyen de se transporter, d’échapper au quotidien.”

Au fil des rencontres, Carole fait la connaissance de Pedro Bacán et de son Clan des Pinini (un nom adopté en hommage au grand-oncle El Pinini, célèbre créateur d’un style de soleares et fondateur du clan gitan des Pinini, reconnu pour ses chanteurs d’exception). Elle collabore à la création de sa compagnie qu’elle accompagne de 1990 à 1997. En 1996, elle réalise “Inès, ma soeur”, un documentaire sur Inès et Pedro Bacán. A la mort de celui-ci dans un accident de voiture, “il était impossible de continuer, ça aurait été comme de naviguer sans le capitaine du bateau.” Carole s’éloigne quelques temps du flamenco, travaille pour Bob Wilson, Jérôme Savary … “Et puis j’ai découvert Israël Galván et je suis revenue au flamenco.”

Pour sa première édition en tant que co-directrice du festival, Carole Fierz convie tout naturellement celle avec qui elle a partagé sa première expérience à Paris quartier d’été. Et que de souvenirs ! Des trois soirées tsiganes à l’Opéra Garnier, elles gardent en mémoire ces rencontres musicales exceptionnelles où 200 musiciens venus de partout confrontaient leurs différentes traditions dans des boeufs en coulisses, faisant se mêler musique gitane andalouse et tsigane du Rajasthan,  polyphonie hongroise et rythmes manouches venus d’Alsace… Des moments d’échange et d’admiration commune immortalisés dans ces beaux clichés noir et blanc que Carole a bien voulu partager avec nous.

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Profession ? Régisseur d’église !

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On connaît le régisseur général, le régisseur de tournée ou encore le régisseur de plateau… Mais régisseur d’église, voilà qui laisse pantois. C’est pourtant un poste à part entière dans l’organisation de l’église St-Eustache. Louis Robiche, le régisseur permanent de l’église était parti en vacances lors de ma venue. J’ai donc rencontré Raphël Cottin, danseur et notateur du mouvement (personne qui transcrit le mouvement dansé par écrit pour permettre la préservation et la transmission d’œuvre chorégraphique) qui revêt périodiquement la casquette de régisseur intérimaire de St-Eustache.

Des voix qui s’élèvent sous un voute de 33 mètres de haut. Des dizaines de tapis au sol et des centaines de spectateurs étendus dessus. Des vitraux comme des bijoux sur les parois de la nef où raisonnent le son des instruments. L’église St-Eustache s’est taillée une solide réputation parmi les hauts lieux musicaux de la capitale depuis qu’elle sert d’écrin à des manifestations culturelles extérieures. Cette année encore, elle ouvre ses portes à Paris quartier d’été. Ce soir, Inés Bacán y donne un concert, dernier du cycle des Sacrés Minuits de Paris quartier d’été entamé avec Deba, les femmes de Mayotte et le chanteur marocain Anass Habib.

L’église Saint-Eustache a un profil atypique dans le paysage des lieux de culte parisiens. Loin de l’iconoclasme ou de la subversion, elle n’en demeure pas moins une église radicalement ouverte à son époque et aux autres cultures. Selon Raphaël Cottin, cette sensibilité aux questions contemporaines vient en partie du fait que depuis 1922, ce sont des pères oratoriens qui sont nommés dans la paroisse de St-Eustache. L’Oratoire de France, société de prêtres séculiers formés au XVIIème siècle, est constitué majoritairement d’intellectuels concernés par le lien entre l’Église et les activités artistiques et solidaires.

Dans cette église littéralement installée au dessus d’un des plus grands centres commerciaux de la capitale, c’est entre 60 et 80 concerts par an qui sont donnés. Des auditions d’orgue au concert de la chanteuse Camille en passant par le Chœur de l’Armée Française ou, l’année dernière, le concert de Dean and Britta sur des vidéos de Warhol dans le cadre de Paris quartier d’été, St-Eustache affiche une programmation pour le moins éclectique. Une liberté de ton tolérée par la hiérarchie catholique mais qui fait parfois des remous dans les rangs des fidèles. Raphaël Cottin se souvient qu’un jour de Vendredi Saint, l’église avait accueilli une proposition dansée en parallèle à la lecture d’extraits de la Bible. “Certains ont crié au scandale car ils étaient contre le fait qu’ai lieu une activité de spectacle un jour de deuil. “(le Vendredi Saint commémore la Passion du Christ).” Il n’y a pas de lignes de programmation particulières, l’important, c’est que nous sentions que les artistes ont conscience du lieu qu’ils investissent et qu’ils le fassent dans le respect, même si ce terme à une connotation quelque peu désuète aujourd’hui.”

Si une part importante de la tâche du régisseur réside dans l’organisation logistique de St-Eustache (commande de matériel, administration des biens immobiliers …) et dans la gestion des six personnes qui composent le personnel laïc, Louis Robiche est également le premier interlocuteur des porteurs de projets artistiques qui désirent être accueillis dans l’église. C’est ensuite en accord avec Georges Jacobson, le curé de St-Eustache, que les décisions sont prises d’accueillir tel ou tel spectacle.

En 2009, les concerts et locations de salles ont représenté 11% des produits de l’église. Une part non négligeable du budget qui ne conduit pourtant pas à accepter n’importe quelle proposition. “Biensûr que l’argent est un facteur important, mais nous nous autorisons souvent à dire non quand on sent que l’adéquation entre le projet et le lieu n’est pas cohérente.” Cela ne veut pas dire que Saint-Eustache accueille seulement des spectacles teintés de chrétienté. “Quand Paris quartier d’été nous propose de programmer Anass Habib qui chante des chants à la fois sacrés et profanes en langue arabe, on sait que ça ne fera pas l’unanimité chez les paroissiens. Mais on sent en lui un immense respect, une formidable capacité au don. Pour nous, ça fait réellement sens.”