Un peu de patience : la programmation 2012 sera très bientôt en ligne !Attention, la programmation ci-dessous est celle de l’édition 2011…
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Un jour, je serai Bamba la tigresse
J’aurais pu vous parler du propos du spectacle, du rapport de l’homme à la nature, de la nature qui reprend ses droits. De la guerre de ces mondes, de la fin du monde. J’aurais pu vous citer un peu Rousseau ou Kafka, Hitchcock, ou même Orson Welles. J’aurais même pu vous causer des écolos, de Monsieur Hulot, ou de la violence des échanges en milieu tempéré, de la bestialité de l’homme, de ses tics, de ses tocs, des lasagnes au micro ondes, des cochons que nous sommes, des espèces en voie de disparition, de la médiocrité en voie de développement. J’aurais pu vous parler aussi de la transformation d’un théâtre, de l’étrange métier de taxidermiste, ou du génie du marionnettiste, mais j’ai préféré vous raconter ma nuit.
Cette nuit, je me suis réveillée, nez bouché… dans ce demi-sommeil, je change de position nasale, et caresse vaguement au passage la tête de celui qui partage mon lit. Mais ça n’est pas tout à fait comme d’habitude. L’odeur non plus, pas tout à fait la même. Ça m’amuse, on peut encore être surprise… Je n’arrive pas à ouvrir les yeux, mes paupières semblent peser des tonnes, n’insistons pas, rendormons-nous. Et puis, ça me gratte de partout, je me trouve étrangement poilue, alors que ma dernière épilation remonte à quelques jours. Rassurons-nous, la nuit déforme tout. Peut-être même la longueur des poils et l’odeur des amants. Nouvel amusement. Bon, le sommeil s’est fait la malle. Je me lève, yeux mi-clos, me dirige vers la salle de bain, les oiseaux chantent bien fort ce matin. Je penche la tête au dessus du lavabo, d’énormes paquets de terre tombent de mes paupières. Je relève le visage, face au miroir : des mauvaises herbes me sortent par les trous de nez, j’extirpe du lierre de mes oreilles. Des fourmis font leur nid dans ma crinière, pendant que des vers luisants me font la peau par tous les pores. Tout ça m’étonne un peu, je ne me souviens pas avoir fumer de l’herbe, hier soir. Allons prendre une douche, pour se laver de tout ça. Sur le rebord de la baignoire, les canards en plastique ne sont plus en plastique… Laissons tomber la douche. Je retourne vers mon homme qui ronfle de plus en plus fort. Mais Benjamin n’est plus un homme, Benjamin est un singe. Là, ça commence à faire beaucoup. Je m’enfile un somnifère.
Au petit matin, je me réveille un peu plus ensuquée que d’habitude, mais tout est redevenu normal. Benjamin est bien un homme qui ronfle comme un homme, plus d’oiseaux, ni canards, ni jambes touffues, ni lierre rampant, ni paupières terreuses… Bon, tout ça n’était donc qu’un drôle de rêve. Je peux reprendre une vie normale. Tartine, douche, café, habillage, brossage de dents, escalier, bonjour, ticket, tourniquet, métro, bonjour, tourniquet, ascenseur, open space, bonjours, bonjours, ordinateur, mails, post-it… Tout est comme d’habitude. Ou presque…
11h, pause café, pipi, lavabo, miroir. Miroir?! Un peu de… terre sur la joue. Nettoyons ça vite fait. Retour dans l’open space. Regard circulaire : Simon est un lion, Edgar un renard, Benoit une oie, Amélie une pie, Charlotte, une marmotte, Gaston, un cochon, Stéphan, un éléphant, Juliette, une chouette, Sylvain, un requin, Edouard… un moustique. Tout est comme d’habitude.
Il ne s’est donc rien passé, ou presque. J’ai juste vu « Flesh and blood & fish & fowl ». Et voilà ce qu’ils m’ont fait ce duo de zozos, Charlotte et Geoff, Rhoda et Jerry, avec leur humour noir et leur amour vache. Deux rats des villes, comme des poissons dans l’eau sur la scène des métallos. Que le plus rationnel (et rassurant) est dans l’absurde. Que quelque chose suit son cours et, un jour, au réveil, je serai Bamba la tigresse. Merci et bravo.
Et une perle d’Alfred…


