« Aaaaah, Pierre Henry…» me disait-on. Comme un refrain sans couplets. Etrange et entêtant. « Aaaahhh.Pierre Henry..»« Aaaaaaaahhh, quoi? » il m’en fallait un peu plus. « Et bien, Pierre Henry, c’est le livre des records du festival! » finit par me lâcher Fred, le directeur technique de quartier d’été.
Alors, j’ai compté. Et voilà l’addition : 7 concerts, 14 oeuvres, 92 enceintes, 32 pistes, des kilomètres de câbles, 232 bougies, et des milliers de sons; et aussi 5 quartiers d’été, 48 oeuvres, 14 prix et décorations… et 83 piges. Évidemment, ça tape, mais en même temps, est-ce qu’on retient le montant exact du salaire mensuel de tel footballeur… ce que l’on retient c’est que c’est scandaleux. Tout le monde s’embrouille avec les chiffres, n’est ce pas ou est-ce que je confonds avec autre chose ? (pour voir si vous suivez..).
Donc, Pierre Henry, une addition de chiffres. Mais on l’connaît l’coup des additions qui en mettent plein la vue… Finalement, il n’a qu’une console, qu’un cd, il n’a que dix doigts et deux oreilles, comme tout le monde. Et même qu’il n’a utilisé que les quatre premières mesures de l’art de la fugue de Bach. Na!
« Aaaaah, Pierre Henry…» Après, j’ai eu droit au jeu du portrait: compositeur électroacoustique, inventeur de la musique concrète, etcetera, etcetera…Un mélange de merlin l’enchanteur et de l’homme qui valait trois milliards… de bricolages sonores? Une sorte de père noël bionique, avec ses fidèles, ses nymphes, ses caprices ? Comme si c’était pas déjà assez compliqué comme ça.
A ce stade là, donc, pour moi, cet homme était donc un DJ avec un barbe blanche et sans nom de famille ou presque. Il y a quand même eu un signe qui n’aurait pas dû me tromper : les yeux de Patrice Martinet, écarquillés comme un môme. Bon, ce paragraphe n’en finit plus. D’ailleurs il est terminé. (pour ceux qui suivent encore un peu..)
Donc, l’homme à l’oeuvre, ça donne quoi?
Et bien, avec ses « ondes de bienfaisances », l’auditoire de Saint Eustache n’en croit pas ses oreilles. Et moi non plus. Alors, la musique existe ? Elle gronde, gicle, détruit, cogne, retape, explose, se brise, se déchire. Et la musique circule? Elle se faufile, se déploie, traverse, accélère, ralentit, tourbillonne, sautille, plane, se tire, s’envole, se fige… Et la musique exprime? Elle joue, tremble, récite, s’obstine, pleure, crie, s’électrise, embrasse. Elle colle, s’enrage, enveloppe, console, espère, élève. Chaque son naît, se démène, expire, ressuscite. Ou pas.
« Bricoler, c’est encore une chose possible je ne sais pourquoi » Pierre Henry aurait pu dire cela (mais c’est Beckett qui l’a dit pour ceux qui ont suivi). « Je veux créer des musiques pour l’humain » voilà ce que dit Pierre Henry. Et ils font quoi les gens qui vivent cette expérience à l’église Saint Eustache ces jours-ci ? Et bien, oui, ils hallucinent, ils écoutent, ils s’humanisent.
« Ah Pierre Henry… »
Post Scriptum : Avoir un Pierre Henry toujours à portée de main… dis, Patrice, il n’y a pas une application pour ça?
Il se butine à la Ruche, s’enflamme à la Caserne des pompiers, s’assoit… à la Mairie, se sacrifie à Saint Eustache, déambule au jardin naturel, et noie son chagrin au bistro des Dames. Avec Quartier d’été, il court il court le Premier amour de Sam Beckett, et il claque bien.
Parmi les mille et une résonances du texte et clins d’oeil aux lieux… il y a eu l’adresse du comédien Pascal Ohmovère à Nicolas Sarkozy encadré dans la salle des mariages de la mairie du 4: « c’est pénible de ne plus être soi-même, encore plus pénible que de l’être quoi qu’on en dise. Car lorsqu’on l’est, on sait ce qu’on à faire pour l’être moins, tandis que lorsqu’on ne l’est plus, plus moyen de s’estomper ».
Ou ce commentaire ni anonyme, ni anodin à la Ruche, « pendant toute la lecture, je pensais à Peggy Guggheinem qui aurait donné son âme pour le beau Sam ». Tenace façon Lulu… ?
Aujourd’hui, bien souvent, on badine sur blog, on s’bécote en sms, les couples se rangent à la banque, se scellent dans un tableau excel, se plaquent au tribunal… et ça laisse perplexe, manière Beckett « c’est bien avec le coeur que l’on aime, n’est-ce pas ou est-ce que je confonds avec autre chose ? »
Si “les histoires d’amour finissent mal en général”, c’est un joli risque à prendre…
Combien de marches, de rames, de vacarmes, combien de clics, de smacks et de tacts m’infliges-tu? A combien, le taux d’humidité et d’humilité depuis le 14 juillet ? Combien de derrières mouillés, de talons retournés, de cheveux froissés ? Combien de frigos vides, et de vies souterraines? de nuits blanches, de cartons pleins ? Combien de matières grises et de visages pâles? Combien d’émotions cul-sec, et de temps suspendus? Combien de corps beaux, d’esprits lumineux, de personnalités éclairées dois-je donc supporter ? Combien de ponts, de vertiges, de grands frissons ? Combien de peines perdues et de désirs retrouvés? Et combien de doutes apprivoisés sur mon parcours ? Courir la capitale de long en large, et même hors les murs, partir dans tous les sens, croiser tous les mondes, puis retourner voir ailleurs si j’y suis, pour applaudir d’autres dingues si doux, qui arrivent à me mettre hors de moi… ? Combien, combien, mais combien de temps cette plaisanterie va-t-elle encore durer? Si ça, ça n’est pas de la torture, ça y ressemble.
Mais, les poudres aux yeux finiront en poussière,
Les gardiens se verront pousser des ailes,
et les corbeaux y laisseront enfin des plumes
Mais, le canard culotté d’Empty moves couinera encore longtemps sous les pas de Carole Fierz,
Oui, les billets s’envoleront pour devenir plus doux,
les âmes perdues se damneront entre les cuisses des Lulus,
et les jardins secrets se blottiront au creux des villes.
Oui, demain, je pourrais semer des cordes de Bjorn sur un ciel obscur, tutoyer un ange, traverser le désert en avalant des chiapatis au coin d’la rue, mouvementer mes entretiens avec un peu d’alchimie, présenter une antilope au clochard qui a perdu son chien, faire un feu de joie dans un open-space, ou déclencher les alarmes, ne plus ravaler mes larmes. Demain, je pourrais embrasser la vie les jours de pluie, caresser des idées bizarres, chanter le coq est mort en riant, faire le pantin à Aubervilliers, sacrifier mon Roméo en connaissance de cause, me sentir étrangement chez moi ici et là, faire des clins d’oeil à un agent d’accueil, dire enfin toute la mort qu’il y a dans l’amour, vivre les grands moments de solitude à plusieurs… Si j’veux, demain, je pourrais. Mais je crois qu’avant, je vais dormir un peu. Et qu’encore avant, je vais encore profiter de toi… Oh, toi, PQE, maudit sois-tu, torture-moi encore un peu… Bon, combien de temps ça nous laisse jusqu’au 9 août? Chic, chic, chic, aïe, aïe, aïe!
Chacun cherche ses mots, moi, vous, Brigitte et Roser dans El como quieres. El como quieres : intraduisible…? Justement, parfois, ils ont un double sens, les mots… Et c’est là que ça devient rigolo (plus ou moins).
Louons Brigitte et Roser : Pas cher, pas cher ou parce que si chères?
Brigitte et Roser, on peut compter dessus : parce qu’elles ont une calculette corporelle intégrée ou parce qu’elles sont drôlement humaines?
Brigitte et Roser nous touchent: Parce qu’elles sont un peu cochonnes, ou parce qu’on est sensible à leur univers?
Et nous les remercions: Elles sont virées ou on les applaudit?
Bon, moi, j’ai un peu lamentablement joué la carte de la devinette sur notre paire de dames (promis j’arrête…) Mais, ces deux polyglotte-trotteuses, elles, ont trouvé plein d’autres langues et langages qui laissent des traces sur leur passage. La preuve: depuis quelques jours à Bagneux, c’est la débandade. Les gens font des claquettes entre les rayons du supermarché, les flics ont troqué leurs sifflets contre des castagnettes, et les cancans de quartier ont pris des accents catalans… Quelle mouche a donc piqué les balnéolais? Pardon.. les “balnéOlé” !
Bref, ne donnez plus votre langue aux chats (De toute façon, ils ne le méritent pas). Ré-inventez-la !
Annonciation, d’Angelin Preljocaj, avec Virginie Caussin et Caroline Jaubert.
19h, Eglise Saint Eustache. 21 juillet 2011. Que va t-il se passer ?
Une mère raconte à sa fille qu’elle tient sur les genoux l’histoire que deux danseuses vont lui raconter. L’histoire d’un ange qui vient annoncer à une femme qu’elle va attendre un enfant. Voilà. Que ces deux femmes vont lui raconter cette histoire avec leurs corps, que l’ange est aussi une femme. Et qu’elle a de la chance parce que c’est unique ce spectacle, ce qu’elle va voir, que c’est la première fois que cette chorégraphie est dansée ici, dans une église.
La petite fille dit « L’ange est une femme peut-être parce que les femmes ont plus de chances que les hommes. La femme a la chance de ressentir l’enfant à l’intérieur de soi, avant.»
Puis, une danseuse entre. La petite fille dit « Elle a peur». L’ange entre. La petite fille ne dit plus rien… jusqu’à la fin.Salut. Applaudissements. « Elles nous entendent ?».
Que s’est-il passé ?
« Pourquoi elles font tout ça?» dit l’enfant.
Douleur, colère, sensualité, abandon. « L’espace a volé en éclats » comme dit Angelin Preljocaj à propos de la musique de Stéphane Roy. L’espace, le temps, la peur ont volé en éclats, le corps et l’esprit ont vécu des turbulences. Le public a été traversé. Création. Régénération. Ouf. Espoir. Annonciation a crée l’émotion. Le festival Paris quartier d’été a crée l’occasion.
Ça suffit. On a assez ri. Allez, BjØrn, broie du noir sur ta gratte, chatouille-nous encore le coeur avec tes rifs, transperce-nous l’âme à grands coups de slides. Non… nous n’avons pas passé la nuit avec « String machine », juste un bout de soirée au jardin Emile-Gallé dans une cité du 11ème, mais son blues nous colle toujours à la peau. Et c’est bon.
BjØrn, un homme, un vrai. A poor lonesome cowboy du Nord qui joue plus vite que son ombre, une rock star qui transpire le tabac et l’intégrité, un sombre héros qui fait couler du spleen dans les veines. Alors, fuck l’énergie positive. Vive les écorchés vifs.
Les 26000 couverts font Beaucoup de bruit pour rien au Monfort. Je suis allée les voir hier. Comme je veux (dois) me taire, je vais parler pour ne rien dire.
Voilà plusieurs propositions.
Faire le coup de la citation qui en dit long :
« Avant de narguer les autres à coups de vieilles formules, faites votre examen de conscience. » Beaucoup de bruit pour rien-William Shakespeare
Feindre l’indignation :
« De qui se moque-t-on ???? A quoi ils jouent? C’est complétement débile! Remboursez les invitations!!! »
Semer le trouble :
Trouble. Nom féminin. Filet en forme de poche, monté sur un cercle ou un ovale, auquel est ordinairement ajusté un manche.
Vous infliger une liste idiote et non exhaustive de ce qui peut faire Beaucoup de bruit pour rien:
un ascenseur en panne
une tribune de supporters du psg
une télévision allumée ou un frigo éteint.
une confidence facebook
la chambre 2806
Ou inversement, de ce qui fait peu de bruit pour quelque chose :
une galanterie
un mode vibreur
un silencieux (flingue)
(à vous de jouer…)
Coller des images avec des sons puisqu’on parle de Bruit:
Oui, lorsqu’il pleut sur un festival aussi ouvert, il faut se mouiller.
L’équipe de Paris quartier d’été se mouille, se trempe, s’enrhube… et nous abreuve.
Averse à Pantin, bruine au jardin Tino Rossi, crachin aux Métallos, déluge aux Invalides, grelots aux Métallos, giboulée à Aubervilliers, grain à Saint Eustache, ondée au jardin Emile-Gallé, orage à la Dynamo, rincée au Monfort, saucée au parc de la butte du chapeau rouge…
Certains directeurs de festival en profiteraient pour ouvrir leur parapluie, Patrice Martinet préfère sortir son poncho (photo ci dessus).
Allez, plongez, tous les coups de foudres sont permis.
La pluie se précipite, faites en autant.
Il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville,
Quelle est cette langueur qui pénètre mon coeur?
O bruit doux de la pluie par terre et sur les toits!
Hier, à Pantin, j’ai rencontré deux sales gosses, qui avaient emmené tous les vieux jouets sur la pelouse du square Diderot. Ils ont mis de la musique kitsch pour attirer les passants, et ont commencé à jouer avec leurs barbies vamps, leurs peluches moches et leurs poupées punks.
Ils ont joué à l’amour, à la guerre, à la torture, à l’humour et même à la mort. Et encore et encore. Après deux votes à main levée, triple peine pour le matador…
Mais pourquoi sont-ils aussi méchants? “Parfois, ça choque” dit Mathieu. Oui, certains pensent qu’ils sont bons à enfermer, Paris quartier d’été a préféré les flanquer dehors. Pour que tout le monde en profite. “Et m’dame, m’sieur, on voulait vous dire… c’était trop bien, c’est trop marrant.”
Parce que ces deux sales gosses flamands déballent leurs malles à la manière de Mary Poppins, défoncent leurs poupées comme n’oserait même pas le faire Benoît Poelvoorde et tout ça déclenche des rires éclatants.
Un bon défouloir à la violence? Mathieu raconte comment Arm a été reçu lors d’un festival à Jérusalem en 2006. “Le contexte était très tendu, la guerre, les évacuations… ces personnes qui souffraient m’ont dit avec émotion, à la fin du spectacle, que c’était si bon de voir la violence avec de l’humour. Ça marque.” Pour Mireille, “d’une manière générale, ça réveille la spontanéité, les gens disent que ça leur rappelle des souvenirs de jeunesse, que ça réveille une fantaisie, voilà”.
Bref, Mireille et Mathieu, c’est bon pour le moral. D’ailleurs, résolution numéro un (faut bien commencer un jour) : squatter une heure par semaine la chambre de ma fille de deux ans et demi… et lui faire sa fête à Winnie l’ourson. Gnacgnacgnac.
LA PRESSE EN PARLE !
“Hier, tard dans la soirée, à Pantin, un homme et une femme d’une quarantaine d’années, portant respectivement un chapeau et des couettes, qui prétendent s’appeler Mireille et Mathieu, ont refusé de sortir du square Diderot menaçant le gardien de “mettre à mort un certain matador”. La police a du intervenir. On ne sait toujours pas s’ils ont été arrêter pour port d’ARM”.
Si on peut pas s’amuser un peu…
BONUS
Au fait, Merci pour vos commentaires.
Suite à un incident technique, nous ne pouvons les éditer pour le moment.
J’aurais pu vous parler du propos du spectacle, du rapport de l’homme à la nature, de la nature qui reprend ses droits. De la guerre de ces mondes, de la fin du monde. J’aurais pu vous citer un peu Rousseau ou Kafka, Hitchcock, ou même Orson Welles. J’aurais même pu vous causer des écolos, de Monsieur Hulot, ou de la violence des échanges en milieu tempéré, de la bestialité de l’homme, de ses tics, de ses tocs, des lasagnes au micro ondes, des cochons que nous sommes, des espèces en voie de disparition, de la médiocrité en voie de développement. J’aurais pu vous parler aussi de la transformation d’un théâtre, de l’étrange métier de taxidermiste, ou du génie du marionnettiste, mais j’ai préféré vous raconter ma nuit.
Cette nuit, je me suis réveillée, nez bouché… dans ce demi-sommeil, je change de position nasale, et caresse vaguement au passage la tête de celui qui partage mon lit. Mais ça n’est pas tout à fait comme d’habitude. L’odeur non plus, pas tout à fait la même. Ça m’amuse, on peut encore être surprise… Je n’arrive pas à ouvrir les yeux, mes paupières semblent peser des tonnes, n’insistons pas, rendormons-nous. Et puis, ça me gratte de partout, je me trouve étrangement poilue, alors que ma dernière épilation remonte à quelques jours. Rassurons-nous, la nuit déforme tout. Peut-être même la longueur des poils et l’odeur des amants. Nouvel amusement. Bon, le sommeil s’est fait la malle. Je me lève, yeux mi-clos, me dirige vers la salle de bain, les oiseaux chantent bien fort ce matin. Je penche la tête au dessus du lavabo, d’énormes paquets de terre tombent de mes paupières. Je relève le visage, face au miroir : des mauvaises herbes me sortent par les trous de nez, j’extirpe du lierre de mes oreilles. Des fourmis font leur nid dans ma crinière, pendant que des vers luisants me font la peau par tous les pores. Tout ça m’étonne un peu, je ne me souviens pas avoir fumer de l’herbe, hier soir. Allons prendre une douche, pour se laver de tout ça. Sur le rebord de la baignoire, les canards en plastique ne sont plus en plastique… Laissons tomber la douche. Je retourne vers mon homme qui ronfle de plus en plus fort. Mais Benjamin n’est plus un homme, Benjamin est un singe. Là, ça commence à faire beaucoup. Je m’enfile un somnifère. Lire le reste de cet article »
Hier soir, sur la scène de la cour d’honneur des Invalides, le directeur du festival Patrice Martinet et le directeur scénographique Roysten Abel annoncent au public l’annulation de la dernière représentation de The Manganiyars Seduction, en raison d’une pluie incessante…
Fin de journée, au parc de Belleville… les mômes pataugent, les pieds de vignes résistent, les casquettes dodelinent au balcon, quelques fumeurs planent sur l’herbe, le soleil nous caresse et on entend :
-Ben alors, c’est c’d’la musique traditionnelle ou c’est pas d’la musique traditionnelle? c’est encore des qui-savent-pas-où-ils-ont-mal ou quoi? Je comprends pas tes trucs, là, électroniques, avec des rythmes et des voix arabes. T’es sûr que c’est pour moi? Et puis ma hanche. Comment tu dis qu’ça s’appelle déjà?
-Egyptian project !
-Donc, c’est pas des nantais, c’est des égyptiens! qu’est ce que tu me racontes?
-Les deux, je te dis ! C’est un nantais qui a eu l’idée de créer ce groupe…pffff
-Ah bon. (…) Mais alors ce p’tit blanc, pas celui à la crête rose, celui qui joue de l’arghoul comme ça, il a pas l’air égyptien, non, non, j’te le dis moi…
-C’est lui, mamé, c’est Jérôme Ettinger, le fameux nantais…
-Et d’où il sort alors c’ui-là ?
-Bon, mamé, on écoute ?!
et un peu plus tard…
-Bon mamé, faut y’aller, là, faut arrêter de danser maintenant, tu vas avoir mal à ta hanche demain.
-Ça va, ça va, (presque même pas mal…)
La fête n’est pas finie… tout le monde se fait prendre par les rythmes maqsoum, masmoudi, ou fallahi savamment trip-popés par Egyptian Project. Belleville se frôle, se chauffe, se déhanche; non, la fête n’est pas finie… nous confie un grand noir diplomate avec une valise blonde pleine de rhum-gingembre.
Non, la fête n’est pas finie à Belleville… on en oublierait presque qu’un peu plus loin, sur la place Tahir, ça trépigne encore. La démocratie se fait attendre. On espère aussi que la fête ne fait que commencer.
Le proverbe égyptien dit :« Perce le coeur de l’homme, tu y trouveras le soleil », Egyptian Project a percé le coeur de Belleville, comme par hasard, il a fait beau! Et par les temps qui courent, une caresse, c’est toujours bon à prendre.
Installer une scène de 20 mètres sur 13 dans une cour de 105 mètres sur 60, trouver des litres de bière et des centaines de chiapatis par jour, déplacer un hélicoptère, baliser les contours d’un site de 10 hectares, disposer 2000 chaises, accueillir 2000 personnes (oui, c’était plein), déchirer deux mille billets, et dire autant de fois « bon spectacle », déplacer une maquette d’hélicoptère, scotcher 80 étiquettes VIP, attendre et assoir 80 VIP dont Napoléon (photo à l’appui), et j’en passe, … oui c’est déjà étourdissant.
Voir quarante musulmans, ancêtres des tziganes, accueillis en grande pompe dans la cour d’honneur des Invalides, par les gradés de l’armée française, le soir du 14 juillet, c’est un peu comme si les cow-boys et les indiens se faisaient tourner le calumet de la paix. Etourdissant. Voir quarante artistes joyeux ensemble sur scène, entendre quarante indiens du désert du Tahar (Rajasthan) produire des sons acoustiques d’une telle actualité.Etourdissant, encore.
Voir deux mille personnes, tour à tour ahuries, étourdies, embrasées. Et s’assoir par hasard à côté d’une indienne qui « les connaît bien, trop bien », et qui me glisse joyeusement «vous savez, la musique, dans le désert, c’est l’eau du désert ». Etourdissant, émouvant.
Et puis, et puis…
C’était hier, le 14 juillet, l’ouverture du festival Paris quartier d’été. Les Manganiyars jouent encore deux soirs…
Bouger les frontières, remuer les tripes… paris quartier d’été, c’est parti !
Viens voir le blog de P.Q.E…il y a une WAWA, des ouuaaah, des P.O.C, des spots, plein de “miam-miam”, et de gggrrr !?, des tracs, boums, ouiiii, des gags, tags, riffs, flops, wizzs, du Pippo, « y’a qu’à », « faut que » et des « faux-c… », des accrocs à Sirius, des vlans et des Ô bigre !
Parce qu’on va en croiser du furieusement bigarré, des Marie-Chantal et des putes, des bagarres et des castagnettes, du blues sans spleen, un clochard spirituel, Patri-moine et soeur Carole, un curé bien-aimé, des bibles piétinées, une fille qui s’appelle Roger et des indiens très « khân », des flics et des polissons, des bouge-ton-corps et des garde-à-vous… un Goulwen, Napoléon et les Dalton, des gradés, des gradins et un mariage pour de vrai, des esprits à vif et des coeurs à nu, des poupées gonflables et capitaine Flamme.
Allez, viens! Promenons-nous hors champs, d’un terrain de jeu à l’autre, allons glaner tous les grains d’beauté, beauté, beauté.
On va en déguster, des biscotos et de la barre énergétique, des pièces dé-montées et des sons épicés… On va en croiser des faces-de-boucs, de l’amour vache, des singes savants et de la chair de poule… Il y aura du suspense, de l’aventure, des peurs bleues, des mains vertes et même des souris baladeuses… oui, il y en aura des guignols et des anges, des rires fous, des larmes à l’oeil, des bals masqués ohé ohé. Alors, on blogue ?!