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Archive pour août 2010

D’après photos

Dimanche 15 août 2010

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Pour refermer ce blog, j’ai proposé à Agathe Poupeney, la photographe officielle du festival, de revenir sur quelques uns des clichés qu’elle a pris depuis 2006 à Paris quartier d’été. Une façon d’éclairer les éditions à venir de la lumière des instants passés… En attendant l’édition 2011, je vous souhaite un bel été !

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Avant de devenir photographe professionnelle, Agathe Poupeney a étudié la biologie, puis la communication. Après quatre ans dans une structure culturelle elle décide enfin de faire de sa passion son métier. Depuis maintenant cinq ans, elle réalise pour le festival Paris quartier d’été une série de photographies regroupées sur une galerie internet, que vous pouvez consultez en suivant ce lien.)

Je lui ai demandé de nous parler de quelques uns de ses clichés… (vous pouvez cliquer sur le nom des artistes et les titres pour accéder à l’ensemble des photos de chaque spectacle).

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Comp.Marius
La Trilogie de Marcel Pagnol : Marius, Fanny, César (2008)

En 2008 le spectacle Marius s’est installé à Pantin sur les bords du canal de l’Ourcq. C’était une réinterprétation de la trilogie de Pagnol, Marius, Fanny et César par Comp. Marius, une troupe flamande qui au fil du spectacle construisait tout un univers, toute une traversée. Le spectacle commençait avec la distribution de lunettes de soleil pour l’ensemble du public. Nous avons en effet eu droit à un très beau coucher de soleil sur le canal et à une succession de différentes lumières naturelles, mais à un moment donné le soleil passant sur le gradin rendait ces lunettes de soleil indispensables. J’aimais beaucoup ce gradin en demi cercle avec en arrière-plan l’usine taguée, en friche. Dès le début, ça mettait en place un univers. La façon dont ces comédiens se sont réappropriés l’histoire, avec leur accent, c’était vraiment très beau.

Pour moi, ce qui était intéressant, c’était l’utilisation de l’ensemble de l’espace et de ce décors naturel, par exemple avec ce marin qui, d’un coup, était sur le canal avec cette voie de chemin de fer désaffectée et ces pavés, ce ciel qui était en train de virer au violet…

Cela donnait la possibilité de faire des images vraiment géniales. Ils jouaient sur tous les plans et c’était parfait pour les photos : l’utilisation de la passerelle au-dessus du canal, des personnages très expressifs parfois très loin du public et parfois tout proches comme ce couple qui s’embrasse, avec le public au premier plan…

On voit bien l’utilité des lunettes de soleil sur cette photo ! À l’entracte l’ensemble du public s’est retrouvé sous une tente autour d’une grande table pour un excellent repas, l’ambiance était très conviviale. Tout le monde discutait avec tout le monde, de ses impressions,  de ce qu’il avait vu et de ce qu’il n’avait pas vu, on entendait des “ Ah, mais tu te souviens c’était comme ça et eux l’ interprètent comme ça…”.

Au fur et à mesure du spectacle, la lumière baissait, on se retrouvait avec des lumières de coucher de soleil et forcément avec la nuit et cette voiture qui débarque, cette porte qui figure l’entrée du café, c’était vraiment incroyable.

En fait, dans le festival Paris quartier d’été, ce que j’apprécie vraiment, c’est cette capacité à produire des univers complets, totalement décalés, ce spectacle l’illustre parfaitement.

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Stefan Kaegi (Rimini Protokoll)

Cargo Sofia-Paris, Un voyage en camion bulgare (2008)

Un autre spectacle avec un univers fort, c’est Cargo Sofia de Rimini Protokoll, programmé au festival en 2008. L’ensemble du spectacle se déroulait dans un bus, le public assis devant les vitres. Le chauffeur nous faisait une sorte de visite guidée, comme si nous étions à l’étranger alors qu’en fait nous étions à Rungis. Au fur et à mesure du voyage, les vitres s’ouvraient et se fermaient pour dévoiler des scènes. Chaque fois que les vitres s’ouvraient avec le paysage et le texte dit par le chauffeur, nous avions l’impression d’être dans un univers totalement différent alors qu’en fait, nous étions aux portes de Paris. La façon dont ils nous emmenaient dans cette histoire était totalement dépaysante. En deux heures de temps nous avons fait l’aller retour en Bulgarie, dans ce bus, c’était assez étonnant.

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Josef Nadj

Les Corbeaux (2009)

Dans un univers totalement différent, j’ai eu envie de parler du spectacle de Nadj, Les Corbeaux, dont j’ai photographié la création en 2009 à la Maison des métallos… Cette image fait partie de mon exposition Instants que je fais tourner un peu en ce moment, je l’ai choisie parce qu’elle a un relief particulier. Il y a une telle force; une force et aussi une douleur, cette image m’a beaucoup marquée. Je la trouve assez représentative de cette pièce où une nouvelle oeuvre est produite à chaque représentation, on voit d’ailleurs en arrière plan les grandes feuilles de papier blanc où la peinture est projetée.

C’est assez dur de parler des images surtout celles qui nous tiennent à coeur et celle là a vraiment une force très animale, c’est pour ça que je l’aime beaucoup.

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Jörg Müller

c/o (2008)

Le spectacle de Jörg Müller programmé en 2008 au festival a aussi été une vraie découverte. Une fois de plus, je suis touchée par l’univers très particulier de ces danseurs plongés dans un tube rempli d’eau. Comment danser et évoluer avec grâce dans cet espace totalement restreint et anti-naturel ? Cela donnait des figures assez belles, assez poétiques avec les bâtiments et le public qui se reflétaient aussi dans les tubes.

On a l’impression que la danseuse est en apesanteur, ce qui m’intéresse là, c’est l’effet totalement irréel que ce dispositif peut donner.

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Faustin Linyekula
Le Festival des mensonges  (2006)

J’ai choisi cette image pour plusieurs raisons.

La première pour le lieux et pour cette ambiance conviviale et bon enfant établie grâce à une espèce de guinguette, l’ensemble du public étant placé autour de la scène. De plus j’aime beaucoup l’univers que Faustin construit au travers de ses spectacles, ce mélange d’espoir et de réalisme sur fond toujours politique et un peu désespéré qui se dégage de ses spectacles. Cette image est assez représentative de ça avec l’amoncellement de poupées démembrées, Faustin au milieu avec ces néons… L’image en elle-même est assez forte et elle me rappelle vraiment l’ambiance qu’il y avait aux Tuileries.

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Être dans la rue

Compagnie Farid’O (2007)

C’était au jardin d’Éole, ce grand mur et cette partie bétonnée, donnait l’impression d’être face à une scène de spectacle alors que nous étions dans un jardin. Pour l’image, mon intérêt va dans l’opposition ce danseur assis sur cette chaise, qui a l’air un peu abattu, et ce dynamisme, cette expansion du danseur qui saute à une hauteur assez étonnante. Ce que j’essaye de faire en photo, c’est de saisir des instants très fugitifs, qu’on devine à l’oeil nu mais qu’on n’a pas le temps d’analyser. Un quart de seconde avant il était au sol, un quart de seconde après il sera de nouveau au sol, et entre temps, il s’est envolé.

C’est à la fois cet instant totalement figé et dynamique, et cette opposition entre les deux personnages qui me plaît.

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James Darling & Lesley Forwood

Roots Accross the World (2006)

C’était un projet de land art de deux australiens un peu barrés qui se sont installés en 2006 à la Défense au pied des tours. Je les ai suivi pendant 4 ou 5 jours. Ils avaient ramené des racines d’Australie qu’ils ont commencé à poser en tas et puis à imbriquer les unes avec les autres pour construire une figure géométrique parfaite, réellement parfaite. Ce qui était étonnant c’était de voir comment, d’un amas de racines totalement irrégulières et désordonnées, on pouvait aboutir à un objet géométrique parfait. Tous les jours, il y avait des hommes qui sortaient en costards cravates et qui venaient régulièrement voir où en était l’oeuvre. L’intérêt, c’était aussi le contraste entre le végétal et le minéral de la Défense.

Une fois de plus Paris quartier d’été est rentré dans un univers  complètement déjanté et loufoque mais construit et qui se tient, c’est ça qui m’intéresse.

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Daniel Larrieu

Waterproof, Re-création  (2006)

Pour finir, j’aimerais parler de cette dernière image du spectacle de Daniel Larrieu, Waterproof, programmé en 2006. Juste pour la poésie de l’image et du spectacle. Dans le passé, j’ai pas mal fait de natation et j’ai suivi  le stage avec Daniel Larrieu de danse sous l’eau. Une fois de plus, ce qui m’intéresse ici, c’est l’entrée dans un univers. Pour moi rentrer dans une piscine avec toutes ces odeurs de chlore, ça me rappelait énormément de choses, l’effort, le dépassement, des choses complètement antinomiques de ce spectacle. Non pas qu’il n’y ait pas de prouesses physiques, mais elles sont éclipsées par la grâce, la poésie.

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Pourquoi tu t’es spécialisé dans la photographie du spectacle vivant ?

J’ai toujours photographié, j’ai commencé  a faire des photos d’instants dans les rues de Paris, parce que je suis parisienne depuis pas mal de temps et en fait, ce qui m’intéressait, c’est ces instants volés qui ne se reproduiront plus et qu’on arrive à voir une fraction de seconde et qu’on ne verra plus après.

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Est ce que photographier des spectacles, des œuvres représente une difficulté en plus ?

En fait, il faut réussir à s’approprier l’oeuvre parce qu’effectivement si on reproduit uniquement ce qu’on voit ce n’est pas forcément intéressant. Il faut essayer de trouver un cadre, de saisir un instant particulier, choisir son angle, son instant, c’est ça qui donne son point de vue sur les spectacle.

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As tu un regret ?  Une photo manquée ?

Il y a toujours des images qu’on loupe, par exemple sur Bagouet, cette année, je n’étais pas du tout contente de ce que j’avais fait.  J’ai trouvé que Bagouet, c’était d’une légèreté, avec toutes ces envolées … et en fait j’ai très peu réussie à saisir ces instants en l’air.  Ce qui m’aurait amusée, ça aurait été de ne faire que des images de ces danseurs qui s’envolent et qui sont en l’air tout le temps, ça aurait pu faire une série assez marrante. Mais parfois, je suis un peu trop dur envers moi même et je ne veux pas  photographier au dessus de 1600 Iso, je trouve que ça augmente trop le grain. Ces contraintes techniques font que parfois, je loupe des images et forcément je le regrette après.

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David, ferme et charmant

Samedi 14 août 2010

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Il y a certaines personnes qui s’inscrivent dans le panthéon de Paris quartier d’été tant par leur fidélité au festival que par leur charisme. David Lelièvre, le responsable de l’accueil au Palais Royal, fait partie de ces figures incontournables.

La semaine dernière , alors que les Irrepressibles faisaient leur balance sous un ciel menaçant, David a bien voulu répondre à quelques une de mes questions.

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Comment as tu commencé à travailler à Paris quartier d’été ?

Je suis arrivé au festival en 2006 comme agent d’accueil. Je travaillais sur Italienne, scène et orchestre de Jean-François Sivadier à l’Opéra Comique. Il y avait environ vingt représentations pendant un mois, on jouait à guichet fermé tous les soirs. L’année suivante, j’étais agent d’accueil au Palais Royal et la responsable de l’accueil est tombée malade en milieu de festival. Sabine Camerin, la responsable des relations publiques de l’époque m’a alors proposé de la remplacer. Depuis, je suis responsable de l’accueil au Palais Royal.

L’an dernier c’était un peu particulier car je travaillais chez Pierre Henry, pour son spectacle, Dieu à la maison. Nous n’accueillions qu’une trentaine de spectateurs, il y avait une dizaine de bénévoles dont je m’occupais. Comme on était dans la maison de Pierre Henry, il y avait un bénévole pas pièce pour que personne ne touche aux choses dans les salles. C’était génial, les bénévoles étaient des fans absolus de Pierre Henry, ils étaient là tous les jours pour le concert. Il y avait une ambiance formidable, beaucoup de complicité entre nous.

Cette année je suis de nouveau au  Palais Royal, je suis très content aussi, c’est une toute autre atmosphère que j’aime beaucoup également.

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Et que fais tu le reste de l’année ?

Je suis comédien mais je n’en vis pas du tout. J’ai donc une carrière d’ouvreur ! Je travaille au Théâtre National de Chaillot comme agent d’accueil pour gagner ma vie depuis quelques années. Les gens qui vont à Chaillot viennent aussi souvent au Palais Royal, et c’est marrant, ils me reconnaissent ! Ils me disent « Mais qu’est ce que vous faites là !? Vous n’êtes pas à Chaillot d’habitude !? » Et le plus marrant c’est que maintenait, l’inverse se produit aussi ! Des spectateurs de Paris quartier d’été viennent à Chaillot et me disent « Mais, vous n’êtes pas de Paris quartier d’été vous ? Qu’est ce que vous faîtes là !? »

Il y a quelques temps, il y a même des spectateurs de Paris quartier d’été qui ont fait un pari entre eux. Certains pensaient que j’étais ouvreur à Chaillot, d’autres étaient sûrs que je travaillais au Théâtre du Rond Point. Ils avaient parié le champagne !

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Tu commences à bien connaître le public alors !

On voit tellement de gens, des milliers de personnes, c’est plutôt eux qui me reconnaissent. À part quelques habitués. On est quand même le premier lien avec les spectateurs, on est leurs principaux interlocuteurs, donc forcément, c’est nous qui recueillons leur parole. Même s’ils savent qu’on n’est pas responsable de la programmation, souvent, ils viennent nous remercier !

Il y a des gens que je vois tous les ans. Par exemple cette dame qui vient avec sa maman, elle vient souvent à Chaillot aussi, elle est toujours au premier rang pour les premières. Et elle vient toujours me parler, elle connaît mon prénom, elle commente le spectacle, me parle d’autres spectacles, de la saison à venir à Chaillot…

Je pense que si les gens sont parfois très liants avec nous, c’est qu’ils connaissent le pouvoir des ouvreurs ! Pour les spectateurs, c’est important d’avoir un bon feeling avec les agents d’accueil, car ils savent qu’on peut leur trouver de bonnes places !

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Que fais tu exactement en tant que responsable de l’accueil au Palais Royal ?

J’arrive deux heures avant la représentation, je m’assure que les programmes de salles sont là, que nous avons assez de programmes du festival à distribuer, que les ponchos sont là en cas de pluie… s’il vient à manquer quelque chose, j’en réfère aux gens du bureau.
Cette année, il y aussi des spectateurs qui éditent eux même leur billet sur internet et comme on n’a pas de machines pour scanner les codes barre, je dois vérifier la liste manuellement avant la représentation.

En fait, mon rôle consiste à centraliser les informations. Tous les jours, je suis en contact avec Christine Jacquet, la responsable des relations publiques qui me fait part des informations que je transmets à l’équipe des cinq agents d’accueil qui travaillent au Palais Royal cette année.

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Qu’est ce que tu aimes dans ce boulot ?

Le public ! J’adore être sur le terrain, je trouve ça beaucoup plus stimulant que d’être dans un bureau. J’aime le contact avec les équipes artistiques, les équipes techniques, j’aime cette vraie ambiance de loges qu’il y a dans les coulisses du Palais Royal. Il y a toujours plein de monde qui passe ici, on sent une vraie atmosphère de festival, une effusion, un lien qui se tisse entre nous.

J’aime aussi me confronter aux problèmes du terrain, devoir gérer les aléas de l’accueil des quelques 600 spectateurs que nous recevons chaque soir.

En tant que responsable, je suis surtout là en cas de problèmes ! Quand les ouvreurs n’ont pas le temps de régler certaines situations ou qu’ils n’ont pas les réponses adéquates, ils m’appellent. Par exemple en cas de doublon sur une place ou encore des personnes avec des poussettes ou en fauteuil roulant.

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Un bon souvenir ?

Des dizaines ! Pour ma première année, le spectacle de Sivadier à l’Opéra Comique. C’est un spectacle qui était très difficile à gérer mais que j’ai adoré. On accueillait une centaine de personnes sur le plateau et dans la fosse d’orchestre. Il y avait des règles de sécurité très compliquées et un parcours dans les coulisses. Pour le public, c’était formidable, le spectacle avait un succès fou. Mais nous étions seulement deux agents d’accueil pour gérer ça, c’était intense ! Il y avait des gens qui venaient sans réserver, je me souviens, un jour, Claudia Cardinal avait appelé Sivadier pour venir le lendemain. Il avait bien sûr accepté alors que le spectacle était plein à craquer.
Le lendemain, Claudia Cardinal est arrivée et il n’y avait pas de place pour elle. D’autant plus qu’on était vraiment à cran car tous les jours, on dépassait la jauge qui était de 103 personnes. Le régisseur de l’Opéra Comique commençait vraiment à stresser.

Patrice Martinet est resté ferme, personne ne pouvait plus rentrer pour cette représentation, même pas Claudia Cardinal.  Alors moi, il a fallu que j’aille voir Jean-François Sivadier pour lui dire de se débrouiller pour récupérer un billet déjà donné à l’un de ses amis si il voulait que Claudia Cardinal assiste au spectacle. Aucun billet supplémentaire n’allait être édité pour elle. Je ne sais pas comment il s’est débrouillé, mais il l’a faite entrer, sûrement qu’il a réussi à prendre un billet à l’un de ses invités ! Elle a adoré le spectacle,  lui il était dans tous ses états !! Sur le coup c’était très dur à gérer mais j’ai tellement aimé le spectacle, que ça reste un très bon souvenir.

J’ai de tas d’autres bons souvenirs, par exemple, chez Pierre Henry, les gens étaient vraiment géniaux, les équipes étaient adorables, et ça c’est important, le lien qui s’est créé entre nous. L‘entente avec l’équipe artistique est essentielle.

Trisha Brown et ses danseurs à Chamarande

D’ailleurs je me souviens avoir accompagné les danseurs de Trisha Brown pour leur représentation à Chamarande, on étaient resté ensemble toute la journée puis on avait bu des verres le soir, après le spectacle ! Quand ils sont venus danser au Palais Royal, on était vraiment lié. Je pense qu’on fait vraiment attention aux artistes à Paris quartier d’été, et ça, c’est important, vraiment.

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Et ton pire souvenir ?

Le spectacle Cœurs Croisés de Découfflé, c’était une sorte de striptease artistique avec un plateau en bi-frontal. A l’époque, il suffisait de se mettre contre les grilles des jardins du Palais Royal pour voir le spectacle, contrairement à cette année où les palissades mises en place pour les travaux empêchent les gens de voir la scène de l’extérieur. Il y avaient une bande de mecs qui trainaient côté jardin du Palais Royal pour regarder les jolies nénettes à poil. Ils étaient ingérables, derrière les grilles, mais juste à côté de nous. C’était extrêmement problématique, on n’arrivait pas à les calmer, ils sabordaient la magie du spectacle.

Bien sûr, j’ai des souvenirs chaotiques avec la pluie aussi. Quand il se met à pleuvoir, les gens paniquent, ils se précipitent vers toi. Tu dois distribuer 600 ponchos en quelques minutes. La principale source d’inquiétude au Palais Royal, c’est donc la météo ! Gérer une évacuation demande de respecter des règles strictes et il faut éviter les effets de panique. Une fois qu’on a évacué le public, on est censé recompter les spectateurs pour s’assurer que personne ne manque. C’est pour ça qu’on ne peut pas accepter des gens sans place attribuée, parce qu’en cas de problèmes, il faut que chaque spectateur corresponde à un billet. C’est une question de sécurité.

Bon, une fois que tout le monde a son poncho, les gens se calment, et ça créé plutôt de bons souvenirs en fait. Cette situation produit de la cohésion. Quand il cesse de pleuvoir, les techniciens viennent sécher le plateau et ça créé de très belles scènes, les gens finissent pas applaudir, ils s’amusent de la situation et apprécient au final. C’est un grand moment de partage, tous sous nos ponchos, inélégants, on se sent liés.

Je me souviens d’un autre bon moment. C’était lors de la venue de la compagnie brésilienne de hip-hop Membros.(photo ci-contre) Ils ne parlaient que portugais donc on ne se parlait pas mais on avait établi une communication non verbale. J’adorais leur spectacle. Ils se sont produits dans des banlieues. Nous, en tant qu’agents d’accueil, on tractait dans les cités pour inciter les gens à descendre de chez eux et à aller voir le spectacle gratuit qui allait se donner quelques minutes plus tard. Là de prime abord, on te prend pour un petit snobinard parisien qui vient parler de culture. Les gens n’ont pas forcément envie. Rien à voir avec le public du Palais Royal…

Et finalement, quand ils viennent, ils restent un peu loin au début et puis ils se rapprochent à mesure que le spectacle se déroule et à la fin, les gamins deviennent super loquasses. Ce jour-là, plein de gens sont venus nous demander où ils pouvaient apprendre à faire du hip hop. Ça a fait naitre des vocations. Pour nous, c’était une grande source de joie d’avoir conquis ce public, c’était une sorte d’accomplissement.

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Un coup de cœur cette année ?

J’ai beaucoup aimé le spectacle de  Bagouet au Palais Royal interprété par le Ballet du Grand Théâtre de Genève. J’ai aussi adoré Pastora Galván, elle m’a fasciné alors que je ne suis pas forcément très fan de flamenco, enfin, pas du chant en tout cas. Mais elle, sa façon de danser… elle est bluffante ! Mais mon spectacle préféré, ça a été celui du cirque Aïtal. Incroyable. C’était à Pantin, on aurait dit une partie de campagne, avec ce camion où il proposait à manger et à boire, comme une guinguette. Et dans ce petit chapiteau, on avait l’impression de retomber en enfance. Il y avait une ambiance formidable alors que le spectacle n’avait pas encore commencé. Le fait d’être dans ce chapiteau, les uns en face des autres, ça évoquait tant de souvenirs d’enfance, ça créait une réelle connivence entre les spectateurs. Les artistes étaient hyper généreux ils ont su créer un monde avec rien, J’ai ri, j’ai pleuré, vraiment, c’était hyper touchant, ça a été un moment de bonheur, de grâce.

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Qui sont les ouvreurs ? Tu dois en connaître beaucoup depuis toutes ces années …

Les ouvreurs ne sont jamais que ouvreurs. Souvent, ils sont étudiants, ou on une activité artistique, ils sont ouvreurs pour gagner leur vie, mais souvent, on partage beaucoup d’affinités, ce sont des gens en devenir. On a des liens forts, on fait parfois des projets ensemble, le monde de l’accueil dans les théâtres, c’est tout un univers. Parfois, il y a une absence de considération des agents d’accueil, alors que ce sont des gens plein de projets.

Face à ders attitudes méprisantes, il ne faut pas se laisser faire, c’est un truc à trouver ça, être ferme et charmant à la fois ! Si le spectacle ne commence pas à l’heure par exemple, il faut parfois rappeler que ce n’est jamais un fait exprès contre le public !

D’ailleurs, quelque soit la situation, ce qui nous inquiète le plus, c’est le confort du public. C’est mon premier intérêt, d’autres pensent d’abord  aux artistes, moi je m’inquiète d’abord du bien-être de nos spectateurs. C’est mon job après tout !


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Propaganda, petit manuel de simplicité volontaire

Jeudi 12 août 2010

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Socrate, Epicure, Saint-François d’Assise… Ils sont nombreux ceux qui ont prôné la « vie simple ». Moins consommer, moins gaspiller, moins s’encombrer, voilà quelques principes adoptés de longue date par Simon Yates et Jo-Ann Lancaster, les fondateurs de la compagnie Acrobat. Le couple australien inscrit son mode de vie et ses spectacles dans le giron d’un mouvement à contre-courant de la société de l’ultra consommation actuelle : la simplicité volontaire.

Evoquée pour la première fois en 1936 dans un article de Richard Gregg, un disciple de Gandhi, le terme de “simplicité volontaire” s’est répandu principalement dans les années 80. Ce mode de vie s’est développé en réaction à la société de consommation moderne et à sa quête désespérée de satisfaction de besoins illimités.

Déjà, en 1854, Henry David Thoreau s’inscrivait comme le précurseur de ce mouvement. Dans Walden ou la vie dans les bois, il faisait le récit de sa rupture avec les conditions de vie matérielles de l’homme “urbanisé”, soulevant ainsi la question du vivre mieux avec moins, largement reprise par le mouvement hippies dans les années 60.

La simplicité volontaire se définit par un choix de vie basé sur la réduction des besoins matériels, donc de la consommation, au profit de l’accroissement du temps dédié aux valeurs essentielles de l’existence. Dans une société où le désir de posséder est développé à outrance, ce retour à une certaine frugalité s’appuie sur l’idée que le bonheur ne s’atteint pas par l’ “avoir” mais par l’ “être”.

Hobby d’anciens soixante-huitards nostalgiques ? La compagnie Acrobat assume son idéalisme naïf dans un spectacle pétri d’autodérision où râteau et vélo sont les symboles d’une révolution… verte !

Propaganda se pose alors comme un plaidoyer pour la « sobriété heureuse » d’un cirque fabriqué par petites touches. Loin des numéros bling-bling du cirque traditionnel, l’art de Simon Yates et Jo-Ann Lancaster se distille dans des séquences minute qui font la part belle à la virtuosité des deux acrobates. Une épure appliquée au cirque comme à la vie qui donne au spectacle des airs de manifeste pour la décroissance.

Exit donc les scénographies tape à l’œil et les costumes à paillettes, Propaganda milite pour une économie du peu mais du mieux. Souvent habillés de leur seuls sous-vêtements, les artistes semblent bel et bien avoir entendu l’appel de Thoreau : “ Sell your clothers and keep your thoughts

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Vous avez jusqu’à dimanche pour découvrir assister aux représentations de Propaganda, un spectacle cousu main et en fil de coton bio !

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Pour en savoir plus sur la simplicité volontaire et la décroissance…

http://simplicitevolontaire.info/

BOISVERT, Dominique : L’ABC de la simplicité volontaire. Éditions Écosociété, Montréal, 2005,160 p.

THOREAU, Henry David : “Walden ou la vie dans les bois” publié en 1854 en anglais sous le titre : Walden; or Life in the Woods.

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Poésie administrativo-végétale

Mardi 10 août 2010

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Au Jardin du Luxembourg, on ne rigole pas avec les arbres. Pour les concerts de musique du monde qui y sont organisés, Paris quartier d’été en prend de la graine !

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Souvenirs flamencos

Lundi 9 août 2010

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Inès Bacán n’avait pas donné de concert à Paris en tant que soliste depuis 1997, date de la mort de celui qui l’a révélée, son frère Pedro Bacán, un des maîtres de la guitare flamenca. Son retour sur la scène parisienne tient pour beaucoup à sa complicité de longue date avec la co-directrice du festival, Carole Fierz, qui a longtemps fait route aux côtés de Pedro Bacán et de son clan des Pinini. Carole et Inès sont toutes deux venues pour la première fois au festival en 1992, à l’occasion des trois soirées tziganes à l’Opéra qui réunissaient des artistes venus de Roumanie, d’Albanie, d’Inde, d’Egypte et de Turquie.

À l’époque, Carole Fierz, issue d’une formation de danseuse classique, avait été initiée au flamenco au hasard d’un voyage en Andalousie. Logée dans un hôtel tenu par la tante d’une grande danseuse flamenca, elle y découvre une sorte de “conservatoire naturel” où l’on chante et danse au quotidien. Une école libre.

“Les gitans ont une relation particulière au temps, ils ont une conscience exacerbée du côté éphémère de la vie, de la nécessité de jouir pleinement de l’instant présent. Ils ont la faculté de brûler chaque instant. Cette perception du temps leur insuffle un sens du rythme différent. La musique est pour eux un moyen de se transporter, d’échapper au quotidien.”

Au fil des rencontres, Carole fait la connaissance de Pedro Bacán et de son Clan des Pinini (un nom adopté en hommage au grand-oncle El Pinini, célèbre créateur d’un style de soleares et fondateur du clan gitan des Pinini, reconnu pour ses chanteurs d’exception). Elle collabore à la création de sa compagnie qu’elle accompagne de 1990 à 1997. En 1996, elle réalise “Inès, ma soeur”, un documentaire sur Inès et Pedro Bacán. A la mort de celui-ci dans un accident de voiture, “il était impossible de continuer, ça aurait été comme de naviguer sans le capitaine du bateau.” Carole s’éloigne quelques temps du flamenco, travaille pour Bob Wilson, Jérôme Savary … “Et puis j’ai découvert Israël Galván et je suis revenue au flamenco.”

Pour sa première édition en tant que co-directrice du festival, Carole Fierz convie tout naturellement celle avec qui elle a partagé sa première expérience à Paris quartier d’été. Et que de souvenirs ! Des trois soirées tsiganes à l’Opéra Garnier, elles gardent en mémoire ces rencontres musicales exceptionnelles où 200 musiciens venus de partout confrontaient leurs différentes traditions dans des boeufs en coulisses, faisant se mêler musique gitane andalouse et tsigane du Rajasthan,  polyphonie hongroise et rythmes manouches venus d’Alsace… Des moments d’échange et d’admiration commune immortalisés dans ces beaux clichés noir et blanc que Carole a bien voulu partager avec nous.

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Profession ? Régisseur d’église !

Samedi 7 août 2010

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On connaît le régisseur général, le régisseur de tournée ou encore le régisseur de plateau… Mais régisseur d’église, voilà qui laisse pantois. C’est pourtant un poste à part entière dans l’organisation de l’église St-Eustache. Louis Robiche, le régisseur permanent de l’église était parti en vacances lors de ma venue. J’ai donc rencontré Raphël Cottin, danseur et notateur du mouvement (personne qui transcrit le mouvement dansé par écrit pour permettre la préservation et la transmission d’œuvre chorégraphique) qui revêt périodiquement la casquette de régisseur intérimaire de St-Eustache.

Des voix qui s’élèvent sous un voute de 33 mètres de haut. Des dizaines de tapis au sol et des centaines de spectateurs étendus dessus. Des vitraux comme des bijoux sur les parois de la nef où raisonnent le son des instruments. L’église St-Eustache s’est taillée une solide réputation parmi les hauts lieux musicaux de la capitale depuis qu’elle sert d’écrin à des manifestations culturelles extérieures. Cette année encore, elle ouvre ses portes à Paris quartier d’été. Ce soir, Inés Bacán y donne un concert, dernier du cycle des Sacrés Minuits de Paris quartier d’été entamé avec Deba, les femmes de Mayotte et le chanteur marocain Anass Habib.

L’église Saint-Eustache a un profil atypique dans le paysage des lieux de culte parisiens. Loin de l’iconoclasme ou de la subversion, elle n’en demeure pas moins une église radicalement ouverte à son époque et aux autres cultures. Selon Raphaël Cottin, cette sensibilité aux questions contemporaines vient en partie du fait que depuis 1922, ce sont des pères oratoriens qui sont nommés dans la paroisse de St-Eustache. L’Oratoire de France, société de prêtres séculiers formés au XVIIème siècle, est constitué majoritairement d’intellectuels concernés par le lien entre l’Église et les activités artistiques et solidaires.

Dans cette église littéralement installée au dessus d’un des plus grands centres commerciaux de la capitale, c’est entre 60 et 80 concerts par an qui sont donnés. Des auditions d’orgue au concert de la chanteuse Camille en passant par le Chœur de l’Armée Française ou, l’année dernière, le concert de Dean and Britta sur des vidéos de Warhol dans le cadre de Paris quartier d’été, St-Eustache affiche une programmation pour le moins éclectique. Une liberté de ton tolérée par la hiérarchie catholique mais qui fait parfois des remous dans les rangs des fidèles. Raphaël Cottin se souvient qu’un jour de Vendredi Saint, l’église avait accueilli une proposition dansée en parallèle à la lecture d’extraits de la Bible. “Certains ont crié au scandale car ils étaient contre le fait qu’ai lieu une activité de spectacle un jour de deuil. “(le Vendredi Saint commémore la Passion du Christ).” Il n’y a pas de lignes de programmation particulières, l’important, c’est que nous sentions que les artistes ont conscience du lieu qu’ils investissent et qu’ils le fassent dans le respect, même si ce terme à une connotation quelque peu désuète aujourd’hui.”

Si une part importante de la tâche du régisseur réside dans l’organisation logistique de St-Eustache (commande de matériel, administration des biens immobiliers …) et dans la gestion des six personnes qui composent le personnel laïc, Louis Robiche est également le premier interlocuteur des porteurs de projets artistiques qui désirent être accueillis dans l’église. C’est ensuite en accord avec Georges Jacobson, le curé de St-Eustache, que les décisions sont prises d’accueillir tel ou tel spectacle.

En 2009, les concerts et locations de salles ont représenté 11% des produits de l’église. Une part non négligeable du budget qui ne conduit pourtant pas à accepter n’importe quelle proposition. “Biensûr que l’argent est un facteur important, mais nous nous autorisons souvent à dire non quand on sent que l’adéquation entre le projet et le lieu n’est pas cohérente.” Cela ne veut pas dire que Saint-Eustache accueille seulement des spectacles teintés de chrétienté. “Quand Paris quartier d’été nous propose de programmer Anass Habib qui chante des chants à la fois sacrés et profanes en langue arabe, on sait que ça ne fera pas l’unanimité chez les paroissiens. Mais on sent en lui un immense respect, une formidable capacité au don. Pour nous, ça fait réellement sens.”

La playlist de Jamie McDermott

Vendredi 6 août 2010

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Qu’écoute le chanteur de The Irrepressibles dans sa loge ? À peine une heure avant de monter sur la scène du Palais Royal, Jamie McDermott improvise une visite guidée de sa bibliothèque musicale tout en se maquillant, face-miroir.

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Grizzly Bear - He hit me

Grizzly Bears, c’est un groupe de rock folk expérimental qui vient de Brooklyn. En 2007, sur leur EP Friends, ils ont fait une reprise de He Hit Me (And It Felt Like A Kiss) (il m’a frappée et ce fut comme un baiser). Ce morceau des Crystals avait été retiré de la vente parce qu’il faisait allusion de manière assez ambiguë à la violence faite aux femmes. Le leader des Grizzly Bear est gay, ce qui donne un tout nouvel éclairage à cette chanson. Il en fait quelque chose de mélancolique. Il le recontextualise, parle de l’amour entre hommes et de la difficulté de la relation amoureuse masculine. C’est intelligent. J’aime aussi la qualité de sa voix, assez proche de celle des Beach Boys.

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Simon Bookish (Leo Chadburn) - Carbon

C’est un compositeur londonien dont la musique a une dimension cabaret assez proche de mon travail en terme d’orchestration. C’est un excentrique, un intellectuel. Il a quelque chose de très anglais.  C’est à la fois un musicien expérimental et un compositeur classique qui arrive avec brio à marier une musique électronique pour les clubs avec une musique d’orchestre. Dans ce morceau, il est question de son admiration pour un homme…


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XX Teens - Darlin’

J’aime beaucoup leur univers. Nous avons en commun une attention particulière pour le côté visuel de la musique. Ils ont beaucoup collaboré avec le réalisateur Simon Green, qui a notamment fait ce clip pour la chanson “Darlin’ “de l’album Welcome To Goon Island qui est tout simplement génial. Leur musique me fait penser à un autre groupe que j’aime aussi, Add N to (X).


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Broadcast - Illumination

Pour moi, ce sont les dieux de la musique expérimentale. Ce morceau est sorti en 2006 sur l’album Future Crayon. Ils viennent de Birmingham. Ils mélangent avec un  réel talent la pop mélancolique des années 60 à la musique psychédélique américaine. Ils ont beaucoup été influencé par des groupes comme The United States of America je pense. J’admire leur capacité à créer un univers à partir de la rencontre de sons folk et de nouveaux sons issus de la technologie actuelle. Je pense que nous avons un même désir de travailler autour de la confrontation entre des rythmes quasi-enfantins et un monde d’adulte. C’est une part importante de ma musique.


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The Knife - Silent Shout

Là encore, j’ai beaucoup d’affinité avec ce qu’ils font. Ce sont deux suédois, ils sont frère et sœur. Ils inventent un monde de sons en soi, à la fois musical et physique. Leur approche moderne et minimaliste des éléments sonores, leur rapport à la musique considérée comme un mouvement, les sons comme ayant leur propre personnalité… J’aime beaucoup ça. Ils placent tout dans une relation organique où chaque élément est essentiel. Ce qui m’intéresse également, c’est l’androgénie de leur musique, cette recherche, ce jeu sur le genre quand Karen manipule sa voix.  Lorsque je passe de ma voix de tête à ma voix de poitrine, je suis un peu dans une même approche.


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Je m’apprête à quitter Jamie. Avant d’offrir au public de Paris quartier d’été une dernière virée dans sa pop baroque et son univers visuel ultra-esthétique, il me montre cette vidéo. Découvert sur le net il y a peu, ce clip du réalisateur israélien Roy Raz met en image In this shirt, l’un des morceaux de Mirror, Mirror. “Je suis très enthousiaste. Son travail exemplifie la recherche de synergie entre la musique et le monde des images que je mène également.”

Bouche à oreille

Jeudi 5 août 2010

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Sommeille en moi la tendresse pour les histoires racontées. En Europe, elles ont le goût de l’enfance et des contes murmurés au coin de la nuit. Mais au Moyen-Orient et au Maghreb,  jusque dans les années 1970, c’est entre hommes et dans les cafés qu’on écoutait chaque jour un nouvel épisode des épopées auxquelles les conteurs donnaient vie. Dans le monde arabe, jusqu’à récemment, les histoires se passaient de voix en voix, tout comme la musique et les chants.

D’Alep à Damas en passant par le Caire, la transmission orale constitue le pilier de la culture arabe. Deux de ses incarnations saisissantes sont présentes cette année dans la programmation de Paris quartier d’été. Le premier, Anass Habib, est un chanteur marocain de musiques arabes soufis, maronites syriaques et séfarades andalouses qui a longuement appris son art auprès de grands maîtres en Syrie.

Le second, c’est le roman de Baïbars, un cycle narratif populaire que les conteurs arabes transmettaient oralement. Marcel Bozonnet, comédien et metteur en scène longtemps attaché à la Comédie Française, s’est attelé à l’adaptation scénique de cette épopée picaresque.

De cette correspondance des arts issus de la tradition orientale, le festival Paris quartier d’été a fait germer une rencontre. Jeudi dernier à la Maison Rouge. Anass Habib et Marcel Bozonnet étaient invités à venir parler de leur approche de la transmission orale au Moyen-Orient.

Alors que l’occident a très vite adopté un système de notation écrite, au Moyen-Orient et au Maghreb, l’enseignement musical a toujours été basé sur la transmission orale. C’est seulement à partir du 20e siècle que la musique orientale a adopté le système de notation occidental, tout en maintenant une tradition orale forte. Aujourd’hui, le Conservatoire de Damas en Syrie où a étudié Anass Habib utilise une méthode mixte, basée à la fois sur l’utilisation de partitions écrites et sur un rapport direct maitre/élève.

Masterclass d’Anass Habib à l’Institut du Monde Arabe

C’est cette persistance de la transmission non écrite qui permet à la musique orientale de garder ses caractéristiques principales, notamment parce que chaque maitre apporte une couleur liée à sa propre interprétation et que les variations, l’apport personnel, sont l’essence même du chant arabe.

Il en va de même pour le conte. Art de relation, où le conteur est un passeur qui ne peut exister sans son auditoire, il s’inscrit dans une mémoire collective, ouverte à la variation puisque sans propriétaire. Inlassablement transmis, le conte mue constamment et c’est dans cette interprétation démultipliée qu’il se forge, qu’il se sculpte, qu’il s’étoffe.

C’est ainsi que le Roman de Baïbars a pris forme, au fil des siècles et des soirées de récit dans les cafés. C’est seulement au XIXe siècle, que quelques érudits prirent l’initiative, avant que les conteurs ne disparaissent complètement, de recueillir par écrit ce conte de pas moins de 400 fascicules et 36 000 pages. C’est en découvrant la traduction faite par Georges Bohas et Jean-Patrick Guillaume parue aux éditions Sinbad – Actes Sud que Marcel Bozonnet a décidé de mettre en scène l’épopée de Baïbars.

Ainsi, jusqu’à samedi, vous pourrez découvrir ce conte, né de l’histoire bien réelle de Al-Zaher Baïbars, un esclave devenu sultan qui régna au XIIIème siècle sur la Syrie et l’Egypte et dont l’histoire a remonté le temps jusqu’à la scène du Monfort !

Quant à Anass Habib, si vous avez manqué son concert samedi dernier à St-Eustache, vous pouvez le retrouver dans cette courte vidéo, réalisée lors la masterclass qu’il a donné deux jours de suite à l’Institut du Monde Arabe. Où comment l’élève devient le maître…

Une vidéo réalisée en collaboration avec Julie Mouton et Alicia Sauze

Catering ? Vous avez dit catering ?

Mercredi 4 août 2010

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« Impossible de bien réfléchir, de bien aimer, de bien dormir si on n’a pas mangé. »

Virginia Woolf, Une chambre à soi.1929

Et Diego, le responsable du catering au festival de compléter « Impossible de bien danser, de bien chanter, de bien jouer si on n’a pas mangé. »

Mot incontournable du jargon festivalier, le “catering” est souvent peu connu du public. Ce mot anglais qui signifie « restauration, ravitaillement » est employé pour désigner la nourriture que l’on met à disposition d’un grand groupe de personnes, dans le cas de tournage de film ou de festivals par exemple. Dans certain cas, le catering a des airs de cantine géante. Au festival, les artistes sont défrayés pour leur repas. Mais avant ou après la représentation, on prévoit toujours de contenter les petits creux dans les loges. Et pour cela, il y a Diego, le responsable du catering depuis cinq ans à Paris quartier d’été.

Bien qu’il ne s’agisse que de légères collations, ce n’est pas une mince affaire de ravir les papilles des artistes !
Pour un mois de festival et pour les seules équipes artistiques, Diego dresse une liste de victuailles digne d’un village gallois :

5o kg de pêches

80 ananas

40 kg de pastèque

une centaine de melons

400 paquets de gâteaux

plus de 150 kg de jus de fruits et de sodas

30 kg de fromage

250 baguettes

3000 petites bouteilles d’eau

20 paquets de café

120 tablettes de chocolat…

Bako Dagnon et Diego dans la loge, avant le concert au Parc de Belleville

Autant dire que Diego est un habitué des marchés qu’il fréquente presque quotidiennement en période de festival. Ses bons plans ? Le marché de Belleville et le marché Richard Lenoir. Et puis le magasin Wing Seng, rue Rébeval, à côté du Métro Belleville, un must pour les fruits.

Cette année, trente lieux sont  investis par Paris quartier d’été, c’est donc presque autant de loges à ravitailler en eau, fruits, biscuits, fromage, etc… Diego passe une bonne partie de sa journée à  relayer les différents points d’ancrage du festival. En tout, à la fin de la manifestation, il aura parcouru près de 1500 km en camion dans les rues de la capitale pour assurer  aux 188 artistes accueillis lors de cette édition 2010 de quoi grignoter!

Quand je lui demande s’il ne souffre pas trop des caprices de certains artistes, il me lance : “C’est pas Iggy Pop qui vient à Paris quartier d’été !” Pas de folie des grandeurs donc, pour les artistes du festival, mais une réelle attention à satisfaire les goûts de chacun…

Dessins de spectateur - Romain Monfort au concert d’Oquestrada

Mardi 3 août 2010

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Se balader parmi les spectateurs du concert d’Oquestrada dimanche, c’était se sentir bien ! Les arbres du parc de la Butte du Chapeau Rouge déployaient leurs épaisses branches sur un public fasciné par la fraîcheur et la générosité de Miranda, la pétillante chanteuse du groupe. Quand les musiciens ont commencé à faire swinguer leur guitare portugaise, accordéon, trompette et autre contre-bassine bricolée et que la silhouette de Miranda s’est détachée du public, certains spectateurs étaient là depuis des heures et s’étalaient lascivement sur une nappe jonchée de victuailles. D’autres ne décollaient plus l’œil de l’objectif, trop soucieux de garder en souvenir ce pur moment de joie de vivre.

Oquestrada à la Butte du Chapeau rouge

Dans cette réunion de sourires et de mains qui claquent pour accompagner l’énergie contagieuse de la musique d’Oquestrada, mon regard indiscret a repéré Romain et Sylvie. Romain était en train de dessiner. Je me suis approchée et je lui ai demandé si je pouvais regarder.

©Romain Monfort

©Romain Monfort

« J’avais envie de dessiner. C’est pas forcément évident de trouver quelque chose qui vous inspire. Je suis sorti avec mes aquarelles, on avait d’abord prévu d’aller au concert à La Villette, et puis on a raté l’heure. On a le programme de Paris quartier d’été à la maison, on s’est dit qu’on allait venir ici finalement. C’est super cette musique ! Vous faites comment pour faire la programmation ? Parce que Oquestrada, ils ne sont pas connus en France !? »

Romain et Sylvie

Romain et Sylvie sont venus pour la première fois à la Butte du Chapeau Rouge grâce au festival. «Paris quartier d’été, on connaît depuis le concert d’Antibalas il y a deux ans. Cette année, on est allé voir Yom aussi. C’est génial de proposer ça gratuitement dans les parcs, c’est toujours de belles découvertes, à la fois de nouveaux lieux et des artistes vraiment brillants. »

Je laisse Romain à son inspiration. Après le concert, je les retrouve tous les deux près des loges, en train de se faire dédicacer l’album d’Oquestrada. Il montre son dessin à Miranda et aux musiciens, ravis.

Au moment où j’écris ce billet, je viens de rentrer chez moi après un deuxième concert d’Oquestrada, au jardin d’Éole cette fois-ci. Dans la rue qui mène du concert au métro, j’ai croisé une brasserie au nom évocateur. Et je me suis dit que décidément, Oquestrada me mettait vraiment en joie…

Il vous reste encore trois jours et trois lieux pour découvrir Oquestrada!

L’heure d’avant… au Palais Royal

Lundi 2 août 2010

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Avant que sur scène, la lumière se fasse, et que des loges, on entende le bruissement du public et l’annonce du début de la représentation, quelle est la vie en coulisses ?

Deux heures à peine avant le dernier concert de Sistema Tango, je me suis faufilée dans les loges du Palais Royal. J’y ai trouvé David, le responsable de l’accueil, entouré de Flore, Margaux, Marie, Olivier et Valentin, les agents d’accueil, qui bavardaient en fumant une dernière cigarette avant de s’attaquer au nettoyage des gradins. Pendant ce temps là, musiciens et danseurs se préparaient tranquillement. Le son des claquettes et de la guitare se mêlaient aux allers et venues des techniciens dans la loge. Quand certains artistes s’appliquaient encore à se raser, d’autres esquissaient quelques pas de danse tout en picorant les fruits laissés ça et là.

David, Margaux, Flore, Marie, Olivier et Valentin (de gauche à droite)

C’est armée de seaux et d’éponges que l’équipe des agents d’accueil a ensuite gagné le gradin du Palais Royal pour s’assurer que les sièges seraient propres et secs pour l’arrivée du public. Quelle rapidité dans l’exécution ! Quelle grâce dans l’effort ! Regardez un peu ce corps de ballet évoluer au rythme de la musique de Sistema Tango !

Alain, Munkhtur et Léo

Côté loge, on continuait de se préparer. Alain Menuau, l’ancien directeur technique, était passé dire bonjour. Quand la journée de certains commençait à peine, pour Léo, le régisseur d’accueil, c’était la fin du service ! Alain n’était en fait pas  passé par là par hasard : dans les jardins du Palais Royal, une réunion au sommet se préparait…

Diego, Léo, Fred et Isa

Isabelle et Patrice, en plein dans des considérations météorologiques

Une joyeuse équipe s’était donnée rendez-vous pour une pétanque ! Le comble du chic au Palais Royal ! Le tournoi en a  passionné plus d’un ! Le jeu nous a même valu le passage de Patrice Martinet, le directeur du festival, jamais bien loin de son Iphone pour vérifier les prévisions météo aux côtés d’Isabelle, la responsable du Palais Royal ce soir là.

C’était le 31 juillet dernier, une des journées les plus chargées du festival. Tout le monde commençait à sentir la fatigue des quinze derniers jours peser sur les yeux des uns et des autres. Chacun s’était démené à un moment ou à un autre de la journée et c’était loin d’être fini. Pourtant, nous goûtions à cette intervalle de détente, à l’ombre d’un Palais Royal devenu familier. Huit spectacles s’apprêtaient à être joués, dont six étaient donnés en même temps.  À 20h, la dernière des seize représentations de La Dame de chez Maxim au Monfort afficherait salle pleine, la performance Breaking 2 / Iran clôturerait l’exposition du collectif Ruban Vert commencée le 15 juillet à la Maison des Métallos et Sistema Tango et Rocio Molina concluraient le temps flamenco au Palais Royal.

En parallèle de toutes ces “dernières”, la Compagnie Acrobat continuait de donner son spectacle de « cirque bio » au Théâtre de la Cité internationale, pendant que Bartabas fêtait les 25 ans de Zingaro et que les sculptures dingues de Gilbert Peyre se donnaient à voir au 104.

L’Église Saint Eustache quant à elle, se préparait à célébrer quelques heures plus tard le deuxième concert des Sacrés Minuits de Paris quartier d’été avec Anass Habib.

Il était 18h, et des équipes artistiques et techniques étaient disséminées au quatre coins de Paris, toutes plongées dans une somme incommensurable de préparatifs, de trac, de petits ennuis et d’excitation…